NOTICE SUR LES ÉDIT. DU DISCOURS. ETC
pu avnir les livres. En général , tout est exact. Mais pour faciliter la vériiication , si quelqu'un était curieux de la faire , nous avons ordinairement ajouté le chapitre, etc., quand Bossuet n'indiquait que le livre. Nous nous sommes servis, pour les Pères de l'Église, des éditions des Bénédictins; pour Flav. Josèphe, de l'édition d'Havercamp; et comme la division des livres et des chapitres n'est pas la même dans cette édition que dans les anciennes , nous avons cité les deux manières. Pour Eusèbe, on a suivi l'édition de Henri de Valois; pour Aristote, celle de Duval; pour Hérodote, celle de Larcher ; pour Denys d'Halicarnasse , celle de Bellanger ; pour Diodore de Sicile, celle deTerrasson ; pourPolybe, l'éditioLi Fariorum; pour Tacite, celle de Brotier : nous nous bornons à ces auteurs , qui sont ceux qui reviennent plus fréquemment.
Jacques-Bénigne Bossuet naquit à Dijon en 1G27 , d'une ancienne famille de robe. Après ses premières études , il vint à Paris en 1642, et prit le bonnet de docteur, dans la maison de Navarre, en 1652. Il fut fait chanoine de Metz, puis archidiacre, puis doyen du chapitre. Ce fut dans cette ville qu'il commença à njontrer son talent pour la controverse. 11 réfuta le catéchisme de Paul Ferri , ministre protestant, et fit à Metz des missions et des conférences ecclésiastiques. Étant venu à Paris en 1659, il commença à prêcher dans les chaires de la capitale, et ensuite à la cour. 11 y parut plusieurs fois, de 1661 à 1669. L'attention du clergé et du gouvernement paraissait se porter principalement vers la conversion des protestants. Bossuet, qui avait étudié la controverse, eut la gloire de rendre le maréchal de Turenne à la foi de ses pères.
En 1669, il fut nommé à l'évéché de Condom, et l'année suivante le roi le choisit pour être précepteur du Dauphin. Le nouveau prélat ne crut point que les fonctions de cette place importante fussent compatibles avec le soin de son diocèse, et il donna la démission de son évêché, montrant ainsi son attachement aux règles de l'Église et son respect pour la loi de la résidence. Dès lors il partagea son temps entre les soins de l'éducation du Dauphin et des travaux utiles à toute l'Église. Il tenait chez lui des conférences sur l'Écriture sainte. Il contribua à la retraite et à l'éclatante pénitence de madame de La Vallière, et parvint à rompre quelque temps les liaisons de Louis XIV avec madame de Montespan. En 1671 , parut V Exposition de la doctrine de f Église catholique^ composée, dès 166S, en faveur de l'abbé de Daugeau; ouvrage qui avait produit sa conversion et celle du maréchal de Turenne, et qui , rédigé avec simplicité, clarté et modération, revêtu des approbations les plus miposantes, devint comme un bouclier contre lequel les protestants épuisèrent vainement leurs traits. Le talent de Bossuet ne parut pas moins dans la célèbre conférence qu'il eut avec le ministre Claude
en 1678 , chez la comtesse de Roye: conférence qui fut suivie de la conversion de mademoiselle de Duras.
L'éducation du Dauphin étant finie , l'ancien évêque de Condom fut nommé évêque de Meaux en 1681 , et il garda ce siège jusqu'à sa mort. Chaque année de son épiscopat fut marquée par de grands travaux, des instructions, des services rendus à l'Église. On sait l'influence qu'il eut dans l'assemblée du clergé de 1682. Il rédigea les quatre articles arrêtés dans cette assemblée, et les défendit depuis par un ouvrage savant et étendu.
En 1682, Bossuet publia le Traité de la Communion sous les deux espèces; en 1688, V Histoire des P^ariations des Églises protestantes ; en 1689 , Y Explication de l'Jpocalijpse ; puis successivement les Juertissements aux protestants , contre les réponses de Jurieu à V Histoire des Variations. Cette histoire , où la solidité et l'éloquence marchent de pair, peut être regardée comme le triomphe de l'art de raisonner. Jamais la controverse ne fut plus victorieuse. L'auteur manie son sujet avec une vigueur et une supérioritéqui mettent dans le plus grand jour la bonté de sa cause. Il parut suscité pour montrer le vice de la réforme , et pour dessiller les yeux de ses partisans. Ses écrits devaient faire d'autant plus d'impression sur eux, qu'en même temps qu'il les réfutait avec tant de force , il en agissait envers eux avec indulgence et douceur. Ceux dt son diocèse éprouvèrentsa protection. Il les garantit des exécutions militaires. On lui attribue des Instructions envoyées aux intendants en 1698, qui modifiaient en plusieurs points les ordonnances antérieures, et qui défendaient toute contrainte ; et M . de Bausset a cité dans son Histoire une lettre d'un ministre protestant, Dubourdieu, qui rend hommage à la modération et à la sagesse du savant prélat envers ceux de sa communion.
Bossuet eut même quelque temps l'espérance de réunir à l'Eglise une partie du troupeau égaré par les hérésiarques du seizième siècle. L'évéque de Neustadt, en Allemagne, avait commencé les négociations, et le docteur Molanus, théologien luthérien, ne s'y montrait pas opposé. Bossuet lia une correspondance avec ce dernier, qui pa-
raissait y mettre de la droiture et de la bonne foi. Le célèbre Leibnitz entra aussi dans cette négociation, qui occupa beaucoup l'évêque de Meaux, et qui n'eut pas le succès que son zèle et ses talents en avaient fait espérer.
Ses soins contre le quiétisme furent plus heureux. Il triompha de son illustre adversaire, et publia dans cette dispute un grand nombre d'écrits où Ton trouve cette sagacité , cette force et cette exactitude de doctrine qui font le caractère de son génie.
Bossuet fut membre de l'assemblée du clergé de 1700. Il contribua plus que personne à faire condamner un grand nombre de propositions de morale relâchée, et de plus quatre autres propositions qui tendaient à favoriser et à renouveler le jansénisme. Sur la fin de ses jours, il commença un ouvrage sur V Autorité des jugements ecclésiastiques et sur la soumission qui leur est due. Il n'a pu le terminer. Il écrivit aussi contre Dupin, et surtout contre Richard Simon , et contre sa version du Nouveau Testament.
Ces grands travaux ne l'empêchaient pas de vaquer aux soins de son diocèse. Il y résidait habituellement, et ne s'en éloignait qu'à regret. Ses prédications, ses règlements , ses ordonnances, les catéchismes et les livres de prières et de piété qu'il a composés pour son troupeau, marquent combien il était attaché à ses devoirs. Il faisait de fréquentes visites pastorales , tenait des synodes annuels avec exactitude , prêchait dans les campagnes , et savait se mettre à la portée des esprits les plus faibles; et ce prélat, qui avait étonné la cour de Louis XIV par la beauté de ses discoiirs , et qui avait loué dignement les plus grands personnages de son temps dans ses Oraisons funèbres^ ne dédaignait pas d'enseigner le catéchisme à des paysans, 11 se relevait toutes les nuits pour prier.
A la lin, tant de travaux affaiblirent sa santé. 11 était atteint de la pierre, et une maladie grave vint s'y joindre sur la fin de l'été de 1703. Le danger diminua au bout de quelques jours. Mais, depuis ce temps , Bossuet ne fit plus que mener une vie languissante. Il souffrit avec patience ses infirmités, et il les adoucissait par la lecture et l'étude des saintes Écritures, qu'il avait toujours pris plaisir
à méditer. Il mit même à profit les intervalles que lui laissaient ses douleurs pour faire paraître trois lettres sur la prophétie d'isaïe , chapitre yii, Ecce Firgo concipiet, etc., et une explication du psaume xxi , que le P. de La Rue appelle le dernier soupir de son éloquence mourante. Une dernière crise l'enleva à Paris, où il s'était fait transporter pour être 5 portée des médecins. Il mourut le 12 avril 1704 , dans les sentiments de résignation et de piété auxquels il s'était si bien préparé par une vie consacrée à la gloire de Dieu et au service de l'Église. Le récit de ses derniers moments est un des morceaux les plus intéressants de son Histoire, par M. de Bausset. C'est sans aucun fondement, ou plutôt c'est contre toute vraisemblance , que des écrivains , empressés d'ôter à la religion ses plus illustres défenseurs, ont jeté quelques nuages sur les sentiments ou la conduite de Bossuet. Voltaire parle d'un prétendu contrat de mariage de ce grand évéque, et, content d'avoir mis en avant cette anecdote, il veut bien avoir l'air de douter du mariage. Depuis, on a été moins difficile, et on l'a donné comme un fait incontestable. L'académicien Burigny en avait montré la fausseté dans sa Fie de Bossuet. a Ce conte, dit-il , n'a ni vérité ni vraisemblance. Bossuet, « dès sa plus tendre jeunesse, mena une vie vraiment ecclésiasti- « que... Quant à ce qu'on a osé dire que Saint-Hyacinthe était son « fils , c'est une des plus grandes extravagances qu'on ait jamais pu « avancer. Saint-Hyacinthe était né à Orléans en 1684, d'un légitime « mariage. Les registres de l'église de Saint-Victor en font foi. » j\L de Bausset a pris la peine de réfuter encore mieux cette absurdité dans son Histoire. Il a rassemblé, dans une longue note, tout ce qui a rapport à ce bruit semé par la malignité, et prouve que Bossuet était déjà prêtre lorsqu'il vit pour la première fois la demoiselle Desvieux, qui n'avait alors que dix à onze ans; que lorsqu'elle fut en âge d'être mariée, Bossuet était déjà évêque , et que le contrat où il intervint était un contrat public de cautionnement revêtu des formes légales, et non un contrat de mariage. Bossuet s'est peint dans ses écrits : on ne combat point avec tant d'ardeur et de persévérance pour des objets qui n'intéresseraient que mé-
(iiocrement ; et sa vie tout entière fut celle d'un prélat zélé pour la religion.
On peut juger à quel point ses contemporains apprécièrent son mérite de son vivant même, par ce témoignage éclatant qu3 lui rendit La Bruyère, dans son discours de réception à l'Académie française : « Que dirai-je de ce personnage qui a fait parler si long- « temps une envieuse critique , et qui l'a fait taire; qu'on admire « malgré soi , qui accable par le grand nombre et par i'éminence de « ses talents ; orateur, historien, théologien , philosophe ; d'une rare a érudition, d'une plus rare éloquence , soit dans ses entretiens , « soit dans ses écrits, soit dans la chaire; un défenseur de la reli» « gion, une lumière de l'ÉgUse : parlons d'avance le langage de la « postérité, un Père de l'Église? »