‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 3)Chapitre 4 sur 74 · ANALYSE · texte numérisé non relu

ANALYSE

Bossuet composa le Discours sur l'Histoire universelle pour le Dauphin , fils de Louis XIV , dont l'éducation lui avait été confiée. Ce prince faible, inappliqué, en qui la double soumission de fils et de sujet eut le caractère d'une obéissance craintive , vécut et mourut au pied du trône, où il eût porté les qualités d'un honnête homme, et non celles d'un roi. Mais si Bossuet ne put rendre son élève digne du rang suprême, du moins ses efforts pour y réussir furent attestés par un chefd'œuvre. — Fénelon fut doublement heureux. Instituteur du duc de Bourgogne, du fils même de l'élève de Bossuet, et chargé aussi de former en lui l'héritier du trône , il produisit aussi un ouvrage immortel , un ouvrage qui honore à jamais la France et lui-même; mais il avait travaillé bien plus efficacement encore pour la gloire et pour le bonheur de son pays, en faisant passer toutes ses vertus dans l'âme de son disciple . la nation , qui eût été trop heureuse d'avoir ce jeune prince pour maître , répandit sur son tombeau des larmes dont Fénelon partageait avec lui l'honneur douloureux. Le résultat des doux éducations fut différent; le caractère des deux ouvrages qu'elles firent naître ne l'est guère moins. Le génie fier de Bossuet éclate dans le Discours sur r Histoire universelle ; l'àme tendre de Fénelon respire dans le Télémaque.

L'aigle à l'œil perçant, au vol rapide et sublime, est l'emblème ordinaire du génie de Bossuet; mais, de tous les ouvrages de ce grand homme, le Discours sur V Histoire universelle est peut-être celui qui donne lieu à l'application la plus juste de cette comparaison. Aucun autre, en effet, n'offre un sujet si étendu ; dans aucun autre , l'auteur ne s'est placé à un point de vue si élevé , n'a embrassé de ses regards un si vaste horizon , enfin n'a pénétré si avant dans la profondeur des

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