ANALYSE DU DISCOURS
causes divines et humaines. C'est Tunivers entier, c'est la durée de tous les siècles, c'est l'ensemble de tous les événements qui ont rempli l'un et l'autre, que Bossuet va parcourir. La Religion et la Politique sont les deux grands objets de son livre, qu'il divise en trois parties : la Suite des Temps , la Suite de la Religion, et les Empires.
Dans la première partie , chronologiste savant et abréviateur sublime , il partage en un petit nombre d'époques les temps qui se sont écoulés depuis la naissance du monde jusqu'à l'établissement de l'empire de Charlemagne; et, dans ce tableau ainsi divisé , il place les principaux événements par lesquels furent marqués l'origine , le progrès , et la chute des principaux empires.
Dans la seconde partie , Bossuet, historien et apologiste éloquent de la religion, la prend au berceau du monde, nous la montre fondée par le Dieu même qui venait de créer l'univers, et traversant les. siècles sans être jamais interrompue ni altérée , malgré l'idolâtrie , l'impiété , la persécution , les hérésies, les défections, le faux zèle, les crimes commis en son nom ; enfin malgré les efforts des temps, auxquels nulle institution humaine n'a pu résister. Le peuple hébreu , nommé le peuple de Dieu, avait reçu le dépôt de cette religion , qui, perfectionnée par Jésus-Christ, devait un jour s'étendre sur toute la terre : Bossuet, pénétrant dans les desseins de la Providence, au conseil de laquelle il semble avoir assisté , nous fait voir, dans les erreurs criminelles , dans les châtiments, dans la dispersion même de ce peuple, autant de marques éclatantes de sa vocation divine; de même que, dans les rois, les conquérants étrangers qui furent ses vengeurs, ou plus souvent ses fléaux, il nous montre d'aveugles instruments dont Dieu s'est servi, tantôt pour le châtier, tantôt pour le préserver de sa ruine. Ainsi , selon Bossuet , la rehgion est la fin pour laquelle toutes choses ont été créées; et, dans l'histoire de l'univers, la nation dépositaire de cette religion forme un centre unique auquel viennent aboutir et se rattacher les révolutions de tous les empires , même de ceux que les circonstances locales et politiques rendent le plus étrangers en apparence à la destinée du peuple
israélite. L'auteur se propose encore un autre objet : réunissant toutes les prédictions éparses dans les écrits des prophètes, il en compose Thistoire mystérieuse de la venue du Christ et de la conversion des Gentils 3 puis, écartant le voile symbolique dont elle est couverte , il nous fait admirer l'entier et manifeste accomplissement de ces anciens oracles, dans les faits miraculeux sur lesquels fut fondée la loi nouvelle.
Dans la troisième partie de son discours , V aigle de Meaiix descend des hauteurs du ciel , et vient s'abattre majestueusement sur la terre. L'historien de la Providence divine consent à devenir celui de la sagesse et de la folie humaine : convaincu que les révolutions des empires ont été réglées d'avance par les décrets éternels, et qu'elles sont entrées nécessairement dans les desseins de Dieu sur son peuple choisi, il n'en reconnaît pas moins que ces grands changements ont eu des causes naturelles dans les inclinations, les mœurs , en un mot le caractère des peuples, et celui des hommes extraordinaires qui ont été les auteurs de leur élévation , de leur abaissement ou de leur destruction.
Pour nous faire suivre Tenchaînement de ces causes, Bossuet va passer en revue les nations puissantes qui se sont disputé, qui se sont enlevé, qui ont obtenu les hommages ou l'empire de la terre. L'Egypte paraît la première : nous admirons la haute sagesse et l'immuable stabilité de ses lois , qui régnaient également sur le monarque et sur le sujet, de ses institutions qui commandaient à tous la vertu et le bonheur : nous admirons la douceur, la constance de ses penchants et de ses mœurs , fruit de l'heureuse uniformité de sa température ; ce frein qu'elle imposait aux vivants pour l'incorruptible équité des jugements qu'elle faisait subir aux morts; la pieuse magnificence de ses sépultures et de ses monuments funèbres; les merveilles de sa civilisation en tout genre ; enfin son amour éclairé pour les sciences et les arts qu'elle avait créés ou perfectionnés , et qu'elle a transmis à tout le reste de la terre. Mais la loi de la mort existe pour les empires comme pour les hommes : affaiblie par des divisions intestines et par des attaques extérieures , la plus sage des nations devint la proie de