‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 3)Chapitre 6 sur 74 · ANALYSE DU DISCOURS · texte numérisé non relu

ANALYSE DU DISCOURS

Caiiibyse , le plus insensé de tous les princes. Nous voyons passer ensuite les Assyriens , et les Perses , leurs vainqueurs : les premiers périssent par un excès d'orgueil; les autres, malgré leur courage et beaucoup d'estimables qualités, périssent à leur tour, victimes d'un luxe qui ne connaissait plus de mesure. Les Grecs, qui vainquirent tant de fois les Perses, et Alexandre, qui détruisit leur empire, viennent figurer sur la scène du monde , d'où leur puissance a disparu depuis plus de vingt siècles, mais qui est encore tout rempli de leur gloire. Nos regards parcourent ces fameuses républiques de la Grèce, toutes passionnées pour leur liberté , mais animées chacune du désir de dominer sur les autres; se réunissant pour l'intérêt commun , mais se divisant quand le péril est passé, et finissant par subir le joug d'Alexandre , qui prélude par leur conquête à celle de l'univers. Enfin arrivent les Romains, les véritables maîtres du monde connu , ce peuple à qui l'amour de sa patrie et de sa liberté donna tant de vertus , et fit faire tant de prodiges. Ici Bossuet a trouvé une matière tout à fait digne de son génie. Il parle de la tactique et de la discipline des armées romaines en homme qui semble né pour le commandement, en homme qui, formé à l'art de la guerre, eût porté dans les combats le même coup d'œil, la même intrépidité que ce Condé dont il a peint si éloquemment les victoires sur son tombeau. Mais c'est surtout en développant l'esprit et les maximes de la politique du sénat romain, qu'il fait éclater cette vive et profonde pénétration pour laquelle il n'y a ni mystères ni incertitudes, cette sublimité naturelle de langage qui se trouve portée d'ellemême au niveau des plus grands objets. On est présent aux délibérations les plus secrètes de cette compagnie fameuse par qui fut gouverné , durant sept cents ans , le peuple qui subjugua l'univers. On la voit mêlant la prudence à la vigueur ; gardant un secret impénétrable sur les affaires dont la réussite en dépendait ; plaçant l'utilité publique au-dessus de tous les intérêts de fortune et de grandeur particulière; ajoutant à ses charges pour diminuer celles du peuple; prononçant contre Rome elle-même dans les procès qu'elle avait intentés injustement à des nations voisines ; punissant dans les étrangers la

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trahison qui pouvait être utile aux Romains ; obligeant ceuxci à tenir envers leurs ennemis les engagements les plus onéreux; sachant pardonner le malheur qui n'avait pas la désobéissance pour cause ^ et ne pardonnant point la victoire qui avait été achetée aux dépens de la discipline -, plus ferme, plus constante , moins traitable dans les grandes extrémités qu'au milieu des succès ; ne désespérant jamais du salut de TÉtat dans les situations qui semblaient désespérées; ne voulant alors ni recourir à l'artifice , de peur d'avouer que la force manquait au peuple romain,, ni accepter des conditions, pour ne pas reconnaître qu'il était vaincu, et, par cette conduite sagement intrépide , établissant dans l'âme des autres nations , et dans l'âme des Romains eux-mêmes, l'opinion que les Romains étaient invincibles. Ils l'étaient en effet, et leurs divisions seules pouvaient triompher d'eux. Rome portait dans son sein la cause de sa ruine : c'était la jalousie perpétuelle du peuple contre le sénat , ou plutôt des plébéiens contre les patriciens : cette jalousie qu'entretenait l'amour de la liberté, et qui devait détruire la liberté même, sommeillait dans les temps de guerre et de danger, mais se réveillait avec une nouvelle force aussitôt qu'ils avaient disparu. Lorsque la république , étendue jusqu'aux bornes du monde, n'eut presque plus d'ennemis à combattre, elle tourna ses forces contre elle-même, et les perdit dans cet odieux conflit. Sylla profita de son affaiblissement, et, après avoir prouvé que le peuple romain pouvait souffrir un maître, il dédaigna de l'être plus longtemps. Rientôt César s'empara de l'autorité qu'il avait déposée , et il en fut puni; mais Auguste, qui en recueillit le sanglant héritage, l'étendit par quelques victoires, et l'affermit par une longue possession. Alors l'univers fut vengé, et le peuple-roi devint un peuple esclave. Le principe de l'anéantissement de la république avait été l'amour de la liberté poussé jusqu'à l'excès par le peuple : le principe de la destruction de l'empire fut la licence des soldats , qui faisaient et défaisaient à leur gré les empereurs. A ce mode violent d'élection, qui engendrait les guerres civiles, succéda un système d'hérédité et d'association qui ne les prévint pas, et qui, surchargeant l'Etat

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