‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 4)Chapitre 10 sur 153 · Exercer. Voy. sup., page 3, note · texte numérisé non relu

Exercer. Voy. sup., page 3, note

3. Ce qu'il avait résolu. Déjà dit, et redit à satiété. Mais c'est là la pensée maîtresse de tout le livre, c'est le système même de l'auteur: la main de la Providence est partout; Dieu a tout fait, et les prophètes avaient tout annoncé.

4. La succession du peuple fidèle. L'expression n'est rien moins que claire. Le peuple fidèle ne peut être que celui dont il est question deux lignes plus haut, le peuple qu'il avait choisi. Mais est-il ([ueslion des Juifs, ou des Chrétiens, le peuple nouveau? Peut-être de tous les deux, le christianisme n'étant que la continuation du judaïsme amendé; et la « suc-

Plus VOUS VOUS accoutumerez ù suivre les grandes choses et à les rappeler à leurs principes \ plus vous serez en admiration de * ces conseils de la I^rovidence. Il importe que vous en preniez de bonne heure les idées 3, qui s'éclairciront tous les jours de plus en plus dans votre esprit, et que vous appreniez à rapporter les choses humaines aux ordres de cette sagesse éternelle dont elles dépendent.

Dieu ne déclare pas tous les jours ses volontés par ses prophètes, touchant les rois et les monarchies qu'il élève ou qu'il détruit. Mais, l'ayant fait tant de fois dans ces grands empires dont nous venons déparier, il nous montre, par ces exemples fameux, ce qu'il fait dans tous les autres; et il apprend aux rois * ces deux vérités fondamentales :

cession du peuple fidèle », signifierait alors la substitution du peuple de Dieu aux anciens empires et son triomphe universel.

1. Leurs principes. Pour Bossuet, les principes signifient ici le plan général de la Providence, qu'il connaît à fond, lui, comme s'il avait assisté au conseil d'en haut. Rien ne prouve mieux que Bossuet n'écrit pas une histoire, mais <iu'il use et abuse des faits historiques pour les asservir arbitrairement à un système tout fait, à un véritable fatalisme religieux et théologique. L'histoire, aujourd'hui, est une science, avec sa méthode, son but, ses résultats; elle n'a rien de commun avec le livre hybride de Bossuet.

2. En admiration de. Très français et très légitime, tout aussi bien que l'expression voisine et peu différente : être dans l'admiration de. Cf. Boss., Hist.ic7iiv., II, xn : « Ils n'étaient pas moins en admiration de leur rétablissement. »

3. Les idées. Les premières formes, les grandes ligues, les principes généraux, sur lesquels Bossuet bâtira peu à peu l'édifice d'une instruction plus complète et plus détaillée.

4. Il apprend aux ?-ois. C'est ici, et dans les passages semblables, qu'on aperçoit nettement le vrai point de vue auquel Bossuet s'est placé. Pour nous, son livre prête à chaque ins-

premièrement, que c'est lui qui forme les royaumes pour les donner à qui il lui plait; et, secondement, qu'il sait les faire servir, dans les temps et dans l'ordre qu'il a résolu, aux desseins qu'il a sur son peuple '.

C'est ce qui doit tenir tous les princes dans une entière dépendance % et les rendre toujours attentifs aux ordres de Dieu, afin de prêter la main à ce qu'il médite pour sa gloire dans toutes les occasions qu'il leur en présente.

Mais cette suite des empires, même à la considérer plus humainement, a de grandes utilités ^, prin-

tant à la critique et provoque des réserves formelles : c'est que nous l'avons détourné sensiblement de sa destination, en le faisant servir à l'instruction de la jeunesse française du xix'= siècle. Bossuet voulait instruire et former, scientifiquement, et surtout moralement et religieusement, un fils de roi destiné à régner despotiquement sur un grand royaume. Une dépouillejamais le théologien, ni le prédicateur. On le retrouve là tel qu'il est dans les Sermons, dans les Oraisons funèbres. Tout se tient chez lui. Perpétuelles variations sur ce thème : Celui qui régne dans les cieux, et de qui relèvent tous les empires... soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les abaisse, etc.

1. Aux desseins qu'il a sur son peuple. Celte philosophie de l'histoire, combinée de quelques éléments historiques et de beaucoup de théologie, n'est pas de l'invention de Bossuet, encore qu'il l'ait poussée plus loin qu'aucun autre. On peut la voir exposée déjà dans les Pères de l'Eglise, grecs et latins. Saint Augustin dit, par exemple [De civil. Dei, IV, xxxni) ; « Quod judicio et potestaie Dei vert omnium regum atque regnorum ordinata sunt tempora. »

2. Tenir tous les princes dans une entière dépendance. Il faut savoir gré à Bossuet du courage avec lequel il rappelle aux rois que leur grandeur n'est que relative, et qu'ils sont infiniment plus inférieurs à Dieu qu'ils ne sont supérieurs à leurs sujets. A l'époque, il n'élait pas inopportun de mettre un frein à leur infatualion et à leur orgueil.

3. De grandes utilités. Ce pluriel a un peu vieilli; nous dirions de préférence de grands avantages. Mais il est très légitime, conforme au latin.

cipalement pour les princes; puisque l'arrogance, compagne ordinaire d'une condition si éminente, est si fortement rabattue par ce spectacle. Car, si les hommes apprennent à se modérer * en voyant mourir les rois, combien plus seront-ils frappés en voyant mourir les royaumes mêmes! Et oîi peut- on recevoir une plus belle leçon de la vanité des grandeurs humaines?

Ainsi, quand vous voyez passer comme en un instant devant vos yeux, je ne dis pas les rois et les empereurs, mais ces grands empires qui ont fait trembler tout l'univers ; quand vous voyez les Assyriens anciens et nouveaux, les Mèdes, les Perses, les Grecs, les Romains se présenter devant vous successivement et tomber, pour ainsi dire, les uns sur les autres, ce fracas effroyable vous fait sentir qu'il n'y a rien de solide parmi les hommes, et que l'inconstance et l'agitation est ^ le propre partage des choses humaines.

i.Se modérer. Être modeste, user de mesure, de modération dans leur jugement et dans leur conduite.

2. L'inconstance et Vagilation est. Peut-être moins grammatical, mais certainement aussi logique que si Bossuet eût mis le verbe au pluriel; les deux substantifs sont les deux faces d'une même idée. Au lieu d'être séparée, leur action est commune. On allait jusqu'à dire, au xvu« siècle : « Les délices et la paresse lui oie le mouvement. » (Malherbe.) — « Votre mère et toute la petite famille vous fait ses compliments. » (Racine.) — «De si sensibles obligations et une si longue habitude/»// souffrir une cruelle peine. » ^Sévigné.) Voy. A. Chassang, Gramm. franc. Cours sup., § 271.

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