Apoc, XVI], XVIII. B
3. Prise..., pillée, saccagée, détruite. Gradation plus oratoire que précise et surtout que rigoureusement exacte. Rome fut prise une première fois par Alaric et les Wisigoths, en 410; une seconde fois, en 455, par Genséric et ses Vandales qui se rendirent là tristement célèbres; enfin une dernière fois en 476 par Odoacre, roi des Hérules, (jui mit fin à ce qui restait de l'empire romain.
4. Qu'au.v C/iréticns. Bossuol fait allusion sans doute à l'influence personnelle et à l'intervention parfois efficace des évèques en face des rois barbares, Alaric, Attila. Alaric, il est vrai, respecta à la fin les temples cbrctieus; mais le pape, Léon le Grand, eut peu de succès auprès du roi des Vandales, Genséric. Pendant quatorze jours, Rome fut livrée au pillage, à la destruction, au vandalisme.
5. Vinondation des Barbares. Substituez à la métaphore inondation le mot invasion, vous sentirez la valeur de limage employée ici par Bossuet,lequel a déjà dit(I''' partie, X« ép.) :
s'achève entièrement la victoire de Jésus-Christ sur les dieux romains, qu'on voit non seulement détruits, mais encore oubliés.
C'est ainsi que les empires du monde ont servi à la religion, et à la conservation du peuple de Dieu : c'est pourquoi ce même Dieu, qui a fait prédire à ses prophètes les divers états de son peuple, leur a fait prédire aussi la succession des empires. Vous avez vu * les endroits où Nabuchodonosor * a été marqué comme celui qui devait venir pour
« C'est alors qu'on voit commencer l'inondation des Barbares »; et encore {ib., Ep. XI) : « L'Occident était troublé par l'inondation des Barbares. » Quant aux Barbares, M. Fustel de Coulanges a fort bien montré que l'invasion s'était faite sous trois formes différentes : 1» les grandes invasions, avec les chefs fameux qui les guidaient; 2" l'établissement, sur le territoire romain, de chefs militaires à la solde de l'empire, avec mission de barrer le passage aux frères barbares; 3" l'infiltration lente et individuelle à travers l'empire des éléments barbares, qui venaient se louer et s'établir comme colons, laboureurs, hommes de peine. Cette invasionlà, la moins apparente, mais la plus considérable de toutes, commence à la conquête des Gaules et s'est continuée sans relâche.
1. Vous avez vu. Bossuet a énuméré (11= partie, chap. vi) les passages où les prophètes, Jérémie, et surtout Isaïe, annoncent la ruine de Babylone : « Elle tombe, elle tombe, cette grande Babylone, et ses idoles sont brisées... Bel est l'enversé, et Nabo tombe par terre. »
2. Nabuchodonosor. De son vrai nom, Nabou-koudour-oussour, ce qui signifie « Nabo, protège la couronne ». 11 reprit les projets des rois asiatiques contre l'jigypte, aux dépens de Néko. Il prit deux fois Jérusalem, ruina la ville et le Temple, réduisit la population en esclavage, et fit crever les yeux au roi Zedckiah. Il assiégea Tyr, qui lui résista pendant treize ans, puis s'attaqua à l'Egypte, sans pouvoir toutefois la subjuguer. C'est le plus grand nom de l'histoire de Babylone. « Il n'y a pas, dit M. Maspero, autour de Babylone, un endroit où l'on ne trouve son nom et les Iraces de sa merveilleuse activité. •
12 DISCOURS SUR l'histoire umverselle
punir les peuples superbes, et surtout le peuple juif, ingrat envers son auteur. Vous avez entendu nommer Cyrus \ deux cents ans avant sa naissance, comme celui qui devait rétablir le peuple de Dieu et punir l'orgueil de Babylone -. La ruine de Ninive * n'a pas été prédite moins clairement. Daniel \ dans ses admirables visions, a fait passer
1. djrus. Kyros, Koiirous, véritable fondateur de l'empire des Perses, renverse l'empire IMède, conquiert la Lydie, l'extrême Orient, la Chaldée et forme de tout cela un vaste empire. Il trouva les Juifs captifs à Babylone, et leur permit, en 536, de retourner dans leur patrie.
2. Babylone. Bahel, Bab-ilou, signifie simplement « la porte du dieu Ilou », ce qui réduit à néant les légendes et les versions imaginaires, notamment celle de la Tour des Laûgues. Soumise à Nimrod vers 2680 avant Jésus-Christ, qui passe pour son fondateur, prise maintes fois par les rois assyriens de Ninive, réparée, agrandie, embellie par Sémiramis, par Nabou-pal-oussour, par Nabou-koudour-oussour, elle devint la Rei7ie de l'Orient. Ses murs d'enceinte hauts de 82 mètres, larges de 21, avec jardins et boulevards suspendus, avaient un développement de 80 kilomètres. Elle était traversée par l'Euphrate. Elle fut prise par Cyrus, par Alexandre qui en eût fait peut-être la capitale de son empire d'Asie. Les Sélencides la négligèrent, et élevèrent, en grande partie avec ses débris, leur nouvelle capitale, Séleucie.
3. Ninive. Rivale longtemps heureuse de Babylone; capitale des deux empires d'Assyrie. Elle avait également des remparts fameux de 480 stades de circuit (89 kil.). Elle fut prise, vers 7u9, par Arbaces et Belesis; puis en 62,j par Nabou-pal-oussour, roi de Babylone, qui la détruisit, suivant la prédiction du prophète Jonas. Ses ruines ont été découvertes par M. Layard à Nimrod, et près de Khorsabad par M. Botta, consul français à Mossoul.
4. Daniel. De la race royale de David, l'un des quatre grands prophètes. Ses livres, écrits en hébreu ou en chaldéen, ont toujours passé pour canoniques. Emmené fort jeune à Babylone, comme otage (606), il fut élevé à la cour de Nabou-koudour-oussour et s'y initia à la science des Chaldéens. Son intelligence et surtout son talent pour interpréter les songes lui firent faire une brillante fortune à la
en un instant devant vos yeux l'empire de Babylone, celui des Mèdes et des Perses, celui d'Alexandre et des Grecs. Les blasphèmes et les cruautés d'un Antiochusl'Illuslre ' y ont été prophétisés, aussi bien que les victoires miraculeuses ^ du peuple de Dieu sur un si violent persécuteur. On y voit ces fameux empires tomber les uns après les autres, et le nouvel empire ^ que Jésus-Christ devait établir y est marcpié si expressément par ses propres caractères, qu'il n'y a pas moyen de le méconnaître. C'est l'empire des saints du Très-Haut; c'est l'empire du Fils
cour, S0113 les règnes d'Avil-Mardouk (Evilmerodach), de Nirgal-sar-oussoiir (Nériglissor), de Bel-labar-i.^koun ;Laborosoarchod), et de Nabou-nahid (Nabonid, ou Balthasar).
1. Antiochus l'Illustir. Antiochus IV, surnommé Epiphane (rillustre), par d'antres Epimane (le fou furieux), fils d'Antiochus le Grand et successeur de son frère Séleucus IV. Bossucl est sévère pour lui, parce qu'il se place au point de vue exclusivement juif et religieux. Au fond, voici la vérité. Antiochus, représentant la civilisation grecque, voulut en étendre les bienfaits à tout son empire, y compris les Juifs qui étaient ses sujets au même titre que les autres. Il éleva un autel de Jupiter dans le temple de Jérusalem, et écrasa les résistances. Tout dut plier devant lui. Mais tandis qu'il était occupé du coté de la Perse et de r.4rménie révoltées, Matliatias et Judas .Macchabée se révoltèrent et vengèrent le meurtre des sept .Macchabées et du sage Eleazar à Antioche.
2. Victoires miraculeuses. Les victoires des Macchabées. (Mathatias, Juda, Jonathas), qui firent triompher le culte national de Jehovah.
3. Nouvel ejnpire. Les premiers chrétiens parlaient en eiïet d'un empire nouveau, du règne du Christ. Ce sont précisément ces prétentions qui firent croire aux empereurs qu'if s'agissait de les renverser. Menacés, ils devinrent persécuteurs. Il s'agissait surtout de l'empire des âmes, et non pas, pour le moment du moins, d'une domination terrestre et matérielle. Seulement, comme on l'a bien vu au moyen âge,. l'un mène à l'autre, et la théocratie universelle a clé tentée par les papes, si tôt qu'ils ont cru la chose réalisable.
de l'homme : empire qui doit subsister au milieu de la ruine de tous les autres, et auquel seul l'éternité est promise ^
Les jugements de Dieu sur le plus grand de tous les empires de ce monde, c'est-à-dire sur l'empire romain ne nous ont pas été cachés. Vous les venez d'apprendre de la bouche de saint Jean *. Rome a senti elle-même la main de Dieu ^, et a été comme les autres un exemple de sa justice. Mais son sort était * plus heureux que celui des autres villes. Purgée ^ par ses désastres des restes de l'idolâ-
1. Uéternité est promise. C'est l'espérance, c'est la prétention de tous les empires, d'être éternels. Rome se l'était bien promis. Urbs in œternum condita! Les religions, elles aussi, se sont toujours flattées de posséder exclusivement la vérité et de durer à jamais. Nonobstant, beaucoup ont disparu. Ouelques-unes sont bien plus anciennes que le christianisme, et plus répandues. Au point de vue humain, philosophique et historique, rien ici-bas n'est éternel.
2. Saint Jean. Oui, mais lorsqu'il s'agit de l'Apocalypse, la foi est nécessaire, et une foi robuste, pour y lire avec certitude les destinées de l'empire romain. L'auteur, du reste, disait et annonçait des événements prochains, imminents. Il s'est trompé de plus de quatre siècles. Voy. E. Renan, VAntéchrist.
3. La main de Dieu. Expression biblique. Dans les livres sacrés des Hébreux, rien de plus fréquent que ces emprunts métaphoriques. Il y est question à chaque instant des yeux, des mains, des bras, de la colère de Dieu.
4. Son sort était. Au passé, au lieu du futur, parce que Bossuet se place au moment où les destins ont été fixés, pour Rome et pour les empires. L'action est donc imparfaitement passée.
o. Purgée. Sens étymologique du latin purgare, nettoyer, purifier. Le mot s'employait couramment, au xvn" siècle, dans le sens propre et dans le sens figuré. Cf. Corn., Met., 11,2:
Eraste, voyez-vous, trêve de jalousie !
Purgez votre cerveau de celte frénésie.
trie, elle ne subsiste plus que par le christianisme ' qu'elle annonce à tout l'univers.
Ainsi tous les grands empires que nous avons Aais sur la terre ont concouru par divers moyens au bien de la religion et à la gloire de Dieu, comme Dieu même l'a déclaré par ses prophètes.
Quand vous lisez si souvent dans leurs écrits que les rois entreront en foule dans l'Église, et qu'ils en seront les protecteurs et les nourriciers ^, vous reconnaissez à ces paroles les empereurs et les autres princes chrétiens ; • et comme les rois vos ancêtres se sont signalés plus que tous les autres en protégeant et en étendant l'Église de Dieu, je ne craindrai point de vous assurer que c'est eux ^ qui,
1. Que par le christianisme. Bossuet ne pouvait prévoir que, quelque deux siècles plus tard, la puissance temporelle des papes disparaîtrait, et que Rome redeviendrait la capitale d'un État moderne, de l'Italie, dans des conditions vraisemblables de durée et de prospérité.
2. Les nourriciers. Expression ici littéralement biblique, comme une foule d'autres qui nous paraissent à chaque instant, chez Bossuet, hardies et quelquefois risquées. Bossuet, nourri et saturé de la lecture des livres sacrés, en a tiré d'innombrables éléments et effets de style. Cf. Isaïe, LX, 16 : Lac gentium suyes, et mamiila reçium lactaberis. Bossuet a dit ailleurs (S. sur l'unité de l'Égl., I'" p.) : « Mais quoi! je ne vois pas encore les rois et les empereurs. Où sont-ils, ces illustres nourriciers, tant de fois promis à l'Église par les prophètes? »
3. C'est eux. Très correct du temps de Bossuet. Au xvi" siècle, on ne mettait pas le pronom ce, et le verbe être, mis également au commencement de la phrase, s'accordait naturellement avec son sujet. Ex. : « Et toutefois sont ceux-là qui mettent incontinent la main à la plume. » (H. Estienne.)
La distinction entre c'est, ce sont, est postérieure au xvn« siècle, où le plus souvent on faisait dépendre le verbe du pronom ce. Ex. : « On pensait que ce fût des bohèmes. » — « C'est eux qui en demeurent d'accord. » (Mme de Sévi-
de tous les rois, sont prédits le plus clairement dans ces illustres * prophéties.
Dieu donc, qui avait dessein de se servir des divers empires pour châtier, ou pour exercer *, ou pour étendre, ou pour protéger son peuple, voulant se faire connaître pour l'auteur d'un si admirable conseil, en a découvert le secret à ses prophètes, et leur a fait prédire ce qu'il avait résolu ^ d'exécuter. C'est pourquoi, comme les empires entraient dans l'ordre des desseins de Dieu sur le peuple qu'il avait choisi, la fortune de ces empires se trouve annoncée par les mêmes oracles du Saint-Esprit qui prédisent la succession * du peuple fidèle.
gné.) Toutefois Vaugelas ne regarde déjà comme « beau et tout à fait français » que l'usage du pluriel, dans les cas où nous l'employons aujourd'hui. Voy. A. Chassang, Gramm. franc, Cours sup., § 273, rem. 2.
1. Illustres. Sens étymologique du latin illustris : éclatant de lumière. Dans ce sens, illustre se dit naturellement des choses. Cf. Boss., 2''- Instr. pasl. sur les prom. de J.-C. : « Voilà des faits, et des faits illustres. » Id., Or. fiin. Henr. d'An(jl. : « Que ce soit donc (la clémence) l'illustre défaut de Charles (Charles P"*, roi d'Angleterre) aussi bien que de César. » — Pour le fond, il .j a là des éloges hyperboliques, des compliments outrés, tranchons le mot, des flatteries qui nous choquent, mais dont les mœurs d'alors s'accommodaient fort bien : signe des temps. Tout ce qu'on peut dire, c'est que Bossuet n'a fait ni pis, ni autrement que les autres.