Dion. liai., lib. Mil, ch. vu. B
4. Comparez, dans Tile-Live (II, 40), l'admirable scène et le langage autrement élevé et pathétique que l'historien romain prête à la mère de Coriolan.
5. Sévère : dur, farouche, intraitable. Bossuet a dit déjà plus haut, en parlant de Brutus : ce consul sévère.
6. Dont... que. Construction surchargée, que le français actuel évite et doit éviter, mais dont s'accommodait fort bien la langue de Descartes et même de Bossuet.
1. Polybe, lib. VI, cap. lvi; Excerpt, de légat,, cap. lxix; Dion. Halic, lib. VIII, cap. o. B.
Parmi eux, dans les états les plus tristes \ jamais les faibles conseils * n'ont été seulement écoutés. Ils étaient toujours plus traitables victorieux que vaincus : tant le sénat savait maintenir les anciennes maximes de la république, et tant il y savait confirmer le reste des citoyens.
De ce même esprit ^ sont sorties les résolutions prises tant de fois dans le sénat, de vaincre les ennemis par la force ouverte, sans y employer les ruses ou les artifices, même ceux qui sont permis à la guerre * : ce que le sénat ne faisait ni par un faux point d'honneur ^, ni pour avoir ignoré les lois de la guerre, mais parce qu'il ne jugeait rien de plus efficace pour abattre un ennemi orgueilleux, que de lui ôter toute l'opinion cju'il pourrait avoir de ses forces ^, afin que, vaincu jusque dans le
1. Dans les états les plus tristes. Dans les circonstances les plus difficiles, les plus propres à inspirer la tristesse et les angoisses patriotiques.
2. Les faibles conseils. Les conseils inspirés parla faiblesse, par la lâcheté : ignava consilia.
3. Esprit. Manière de voir, de juger, d'agir. La définition complète du mot est dans la remarquable page qui précède. Cf. sup., page 188.
4. Permis à la guerre. Montesquieu, qui connaissait mieux les Romains que ne les connaissait Bossuet, y a regardé de plus près, et n'a pas eu de peine à découvrir dans leur histoire des preuves à pleines mains que, en fait « de ruses et d'artifices », les Romains n'out rien à reprocher à qui que ce soit. « C'est l'événement, dit-il, qui décida si on dirait la foi romaine, ou la foi punique. »
5. Faux point d'honneur. Par un sentiment erroné de ce en quoi consiste le véritable honneur. Bossuet a déjàditplus haut, dans un sens analogue : «^ Les maximes du faux honneur. »
6. L'opinion qu'il pourrait avoir de ses forces. Subtilité pure, indigne du sens pratique des Romains. Les Romains se gardaient bien de jouer ce jeu ingrat. Ils faisaient à leurs ennemis, dit Montesquieu, tout le méd possible. Leurs écrivains,
cœur ', il ne vît plus de salut que dans la clémence du vainqueur.
C'est ainsi que s'établit par toute la terre cette haute opinion des armes romaines. La créance répandue partout que rien ne leur résistait, faisait tomber les armes des mains à leurs ennemis, et donnait à leurs alliés - un invincible secours. Vous voyez ce que fait dans toute l'Europe une semblable opinion des armes françaises ; et le monde, étonné ' des exploits du Roi, confesse qu'il n'appartenait qu'à lui seul de donner des bornes à ses conquêtes *.
il est vrai, sont venus après coup broder sur tout cela, et ont essayé d'ajouter aux profits réels le bénéfice de la générosité et de la grandeur d'âme. Prétentions inadmissibles. Le jugement de Montesiiuieu en a fait justice, ainsi que des illusions trop naïves de Bossuet.
\. Jusque dans le cœur. C'est la défaite morale, la pire des défaites : ils étaient vaincus, et comme paralysés d'avance, par la magnanimité du peuple romain. Cette belle image semble d'ailleurs empruntée à Titc-Live, à moins que ces deux grands écrivains ne l'aient trouvée chacun de son coté, commeilarrivesouvent. Voy.Tite-Liv.,XLII,XLVii: I<:jits{de Philippe de .Macédoine) animum in perpetum vinci (disaient dans le sénat les anciens et les partisans des maximes antiques), cui confessio e.rpressa sit, se neque arte, neque casu, sed collatis comminus virions, justo ac pio bello esse superatian.
A l'appui des réserves formelles que nous avons dû faire plus haut au jugement trop élogieux de Bossuet sur la politique romaine, Titc-Live fournit un argument de plus : « L'opinion qui prévalut fut celle qui se souciait plus de l'utile que de l'iionnète. »
2. Leurs alliés. Outre la supériorité des armes, les Romains avaient celle de la politique, de la diplomatie. En Afrique, sur le continent hellénique, =en Asie, dès qu'ils y eurent mis le pied, ils s'arrangèrent pour avoir des alliés : contre Garlhage, Massinissa; contre la Macédoine, les Étolieus, et autres ligues; contre les Sélcucides, Rhodes et les rois de Pergame. C'est ce que Bossuet appelle ici leurs alliés.