Les peuples. Toutes les légions étaient échelonnées sur
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que de leur montrer seulement dans le voisinage cette milice invincible.
Mais rien ne maintenait tant la paix de l'empire que l'ordre de la justice '. L'ancienne république l'avait établi -, les empereurs et les sages ' l'ont expliqué sur les mêmes fondements; tous les peuples, jusqu'aux plus barbares, le regardaient avec admiration, et c'est par là principalement que les Romains étaient jugés dignes d'être les maîtres du monde. Au reste, si les lois romaines ont paru si saintes *, que leur majesté subsiste encore malgré la ruine de l'empire, c'est que le bon sens, qui est le maitre ^ de la vie humaine, y règne partout et qu'on ne voit nulle part une plus belle application des principes de l'équité naturelle ^.
les frontières. A l'intérieur, les gouverneurs n'avaient sous la main que les forces de police indispensables au bon ordre. Jamais administration ne fut plus simple.
1. L'ordre de la justice. L'administration régulière et intègre de la justice, par les gouverneurs ou sous leur contrôle, par les autorités locales.
2. L'avait établi. Il s'agit du droit romain, vieux en elTet comme la république elle-même, et qui, défini et formulé par les décemvirs dans la loi dite des Douze Tables (4ol-4o2), plus tard développé et amendé par les cdits des préteurs, par les lois nouvelles, par les travaux de tous les savants jurisconsultes de la période impériale, est devenu le corpus juris de Juslinien, monument sans exemple, d'où sont sortis tous les codes aujourd'hui en vigueur chez les nations civilisées.
3. Les sages. C'est ce que les Romains appelaient prudentes on juris prudentes, autrement dit, les jurisconsultes.
4. Saintes. Dignes de respect, à cause de leur caractère en quelque sorte religieux. Voy. sup., page 222, note 2.
5. Le maitre. Avec tous les sens du mot. Non seulement il éclaire et instruit, mais encore il s'impose. Sa domination est absolue, il finit tôt ou tard par l'emporter.
6. De l'équité naturelle. Ce qui fait la force et l'autorité du droit romain, c'est qu'il découle précisément du droit naturel,
Malgré cette grandeur du nom romain, malgré la politique profonde et toutes les belles institutions de cette fameuse république, elle portait en son sein la cause de sa ruine, dans la jalousie perpétuelle du peuple contre le sénat, ou plutôt des plébéiens contre les patriciens. Romulus avait établi cette distinction ' , Il fallait bien que les rois eussent des gens distingués qu'ils attachassent à leur personne par des liens particuliers, et par lesquels ils gouvernassent le reste du peuple. C'est pour cela que Romulus choisit les Pères, dont il forma le corps du sénat *. On les appelait ainsi à cause de leur
dont il n'est que la définition formulée par des hommes pratiques et sensés. Les nations modernes lui ont rendu justice en lui décernant le beau nom de raison écrite.
i. Dion. Halic, lib. II, c. iv. B. — Romulus n'a pas eu à établir cette distinction, qui était dans la nature des choses, dans la constitution même de la cité. A l'origine, la vraie société romaine se compose des anciennes associations familiales, gentes, Romiliens, Voltiniens, Fabiens, etc. Le territoire romain se compose de leurs domaines réunis. Tout mariatfe contracté suivant les formes voulues est un juste mariage, justse nuptiœ. Les enfants qui en sortiront seront également des citoyens, s'appelleront emphatiquemeut pères, patriciens ou enfants de pères, patres, patricii. — Bien audessous de celte classe supérieure et privilégiée, végète la tourbe des incol^e, des clientes, autrement dit la multitude, la plèbe, classe intermédiaire entre les hommes libres et les non libres. Privés d'abord de tous les droits, exclus de toutes les fonctions civiles et surtout religieuses, ils vont lutter pendant sept siècles pour la conquête de l'égalité. Mais alors ils ne jouiront pas de leur victoire. L'empire, jouant le rôle du troisième larron de la fable, les mettra tous deux d'accord.
2. Le corps du sénat. A côté de la puissance royale, se plaçait avec un pouvoir purement consultatif en droit, auctoritas, le conseil des amis du roi, conseil des Anciens, le sénat [senatiis). Dans l'origine, le roi ne choisit pas ses conseillers : corps politique, institué pour durer toujours, le sénat se composait de droit de tous les chefs des gentes, de même que
dignité et de leur âge *, et c'est d'eux que sont sorties les familles patriciennes 2. Au reste, quelque autorité que Romulus eût réservée au peuple ', il avait mis les plébéiens en plusieurs manières dans la dépendance des patriciens *, et cette subordination nécessaire à la royauté avait été conservée non seulement sous les rois, mais encore dans la république. C'était parmi les patriciens qu'on prenait toujours les sénateurs °. Aux patriciens appartenaient les emplois, les commandements, les dignités, même celle du sacerdoce ® ; et les Pères,
l'Étal était, lui-même, la réunion de toutes les qentus. Par la suite, cet état de choses se modifia, ruais tel est le point de départ.
1. De leur âge. Senatus, eu effet, a la même racine que senex, vieillard.
2. Les familles patriciennes ne sont nullement sorties de la dignité sénatoriale, iilles préexistaient à la fondation même de Rome : tout au contraire, ce sont elles qui ont fourni les premiers sénateurs.
3. Au peuple. Terme équivoque. Si Bossuet entend par là l'élément démocratique, il se trompe : la plèbe, comme ordre dans l'État, n'existait pas encore , n'avait aucune part à la politique. Le peuple romain, populus romanus, existait bien, lui, mais il se composait exclusivement des ingenui, ou membres des génies.
4. Dans la dépendance des patriciens. Encore une fois, cette subordination s'était opérée par la nature des choses : les plébéiens, faibles et misérables, ayant besoin de protection, entraient naturellement dans la clientèle des grandes familles : Romulus n'est pour rien dans tout cela.
5. Toujours les sénateurs. Inexact. Dès l'époque de la royauté, lors de la fusion en une seule des trois cités primitives, déjà des chefs de génies nouvelles entrèrent dans le sénat, patres rainorum gentium. Sous la république, l'entrée au sénat sera conquise, comme tout le reste, par les plébéiens, et même par des étrangers d'oriifine, Espagnols, Gaulois, etc.
6. Mrme celle du sacerdoce. Il faudrait dire : surtout celle du sacerdoce. Car, tandis que toutes les fonctions profanes devinrent accessibles l'une après l'autre aux nouveaux patri-
236 DISCOURS SLR l'histoire universelle
qui avaient été les auteurs de la liberté *, n'abandonnèrent pas leurs prérogatives. Mais la jalousie se mit bientôt entre les deux ordres *, car je n'ai pas besoin de parler ici des chevaliers romains ', troisième ordre comme mitoyen * entre les patriciens et le simple peuple, qui prenait tantôt un parti et tantôt l'autre. Ce fut donc entre ces deux
ciens, les fonctions sacerdotales leur furent perpétuellement fermées. Les citoyens, et môme les chevaliers n'y purent atteindre. Il resta admis que, seuls, les Romains, issus du mariage appelé confarreatio, étaient aptes aux dignités religieuses; or, ce mariage, d'origine étrusque, était exclusivement réservé aux patriciens.
i.Les auteurs de la liberté. Nous avons eu plus haut (page 162, note 3) l'occasion de dire ce que fut la révolution politique de 509, par qui elle fut faite, et qui en profita.
2. Ent7'e les deux ordres. C'est-à-dire que les plébéiens, fatigués à la fin de l'inégalité révoltante qui pesait sur eux, poussés à bout par l'usure qui les menait souvent à la servitude, se révoltèrent et firent bien. La lutte fut fort habilement menée. Ils commencèrent yjar créer les tribuns : dès lors, les soldats auront des chefs, et la grande guerre va commencer.
3. Des chevaliers romains. Et pourquoi donc Bossuet n'en parlera-t-il pas? Leur importance, surtout sous la république, méritait bien quelque attention. Jusqu'à Servius Tullius, chevalier et cavalier, c'est tout un; mais alors, le cens déterminant l'inscription dans l'armée à cheval, les plébéiens riches s'y introduisent, et finissent par y dominer. Dès lors, un ordre nouveau existe, la bourgeoisie, l'aristocratie de l'argent, dont la puissance va s'accroître avec la fortune privée et publique. Les Crassus, les Pompée, les Cicéron, les Hortensius ne sont que des chevaliers. Ils sont partout. Négociants, armateurs, fermiers de l'État, collecteurs d'impôts, toute la ortuae du monde est ou passe dans leurs mains.
4. Mitoyen, au propre, se dit de ce qui tient le milieu entre deux choses. Par extension et au figuré, il s'employait dans des acceptions multiples. Cf. Boss., Tar., 9 : « Calvin cherche une voie mitoyenne. » Volt., Lettre à d'Argental, 27 nov. 1764 : « Je me sers d'une drogue, qui me rendra ou qui m'ôlera la vue tout à fait; je n'aime pas les partis mitoyens. »
ordres que se mit la jalousie : elle se réveillait en diverses occasions; mais la cause profonde qui l'entretenait était l'amour de la liberté *.
La maxime fondamentale de la république était de regarder la liberté comme une chose inséparable du nom romain. Un peuple nourri dans cet esprit, disons plus, un peuple qui se croyait né pour commander aux autres peuples, et que Virgile, pour cette raison, appelle si noblement un peuple-roi % ne voulait recevoir de loi que de lui-même.
L'autorité du sénat était jugée nécessaire pour modérer les conseils publics ^, qui, sans ce tempé-
1. V amour de la liberté. Un trop beau nom pour désigner les mobiles auxquels obéissaient les deux ordres. En réalité, les patriciens possédaient tous les privilèges, tous les honneurs, et, plus tard, tous les profils qu'on retirait de l'administration des provinces, et ils entendaient tout garder pour eux. Les plébéiens réclamaient une part qu'on leur refusait. C'est l'éternelle querelle entre les riches et les pauvres, ce qu'on appelle aujourd'hui : la question sociale. Catilina se fait l'exact interprète des griefs et des revendications de la classe déshéritée, quand il dit (Sali., CatiL, 20) : « ... semper illis (les nobles) 7-eges, tetrarchœ vectigales esse; populi, nationes stipendia pendere; ceteri omnes, strenui, boni, nobiies atqite ignobiles, vulgus fuimus , siîie gratia, sine auctoritate, ils obnoxii, quibus, si respublica valeret, formidini essemus. Itaqiie omnis gratia, potentia, konos, divitix apud illos sunt aut ubi illi volunt; nobis reliquere pericula, repuisas, judicia, egestatem. »