‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 4)Chapitre 139 sur 153 · Constamment : constanter, invariablement · texte numérisé non relu

Constamment : constanter, invariablement

lois ruineuses à l'État ', et voulait que le prix des terres fût adjugé au trésor public.

Le peuple se laissait conduire à * ses magistrats séditieux ^, et conservait néanmoins assez d'équité pour admirer la vertu des grands hommes qui lui résistaient.

Contre ces dissensions domestiques, le sénat ne trouvait point de meilleur remède que de faire naître continuellement des occasions de guerres étrangères *. Elles empêchaient les divisions d'être poussées à l'extrémité, et réunissaient les ordres dans la défense de la patrie.

Pendant que les guerres réussissent, et que 1er conquêtes s'augmentent, les jalousies se réveillent ^.

Les deux partis, fatigués de tant de divisions qui menaçaient l'État de sa ruine, conviennent de faire des lois pour donner le repos aux uns et aux autres.

1. Ruineuses à l'Etat. Api'ès la note qui précède, il est inutile de faire remarquer que tout cela est à côté des faits et de la vérité, comme de la justice.

2. Conduire à. Au lieu de conduire par. Les exemples de cette coustructiou abondent dans la langue du xvn^ siècle.

3. Magistrats séditieux. Il est certain que, dans le nombre,, il y eut des tribuns séditieux, violents, injustes même : mais le langage de Bossuct manque ici de mesure au moins autant que de compétence. Aveuglé par sa passion excessive pour le principe d'autorité, égaré par ses préjugés en faveur de la monarchie absolue, de l'inégalité des hommes, de l'esclavage même (Ilist. des variations), Bossuet avance ici, avec inconscience, unecnomiité.

4. Des f/urrrrs étrani/cres. C'était le grand moyen, et il réussit longtemps. Quand la plèbe devenait gênante, vite le sénat manigançait une guerre quelconque, prescrivait une levée qui éloignait les plus importuns. Dans l'intervalle, il avait la paix et gagnait du temps.

ii. Les jalousies se réveillent. C'est ici le présent historique, au lieu du parfait.

et établir l'égalité qui doit être dans une ville libre '.

Chacun des ordres prétend que c'est à lui qu'appartient l'établissement de ces lois.

La jalousie, augmentée par ces prétentions, fait qu'on résout d'un commun accord une ambassade en Grrèce * pour y rechercher les institutions des villes de ce pays, et surtout les lois de Selon, qui étaient les plus populaires ^ Les lois des Douze Tables sont établies *; mais les décemvirs, qui les

1. L'égalité qui doit être dans une ville libre. Très bien; mais alors, si l'égalité est une si belle chose, pourquoi avoir tant applaudi aux privilèges iniques des patriciens? Pourquoi avoir traité de séditieux et les plébéiens et leurs magistrats? Ce qu'ils fevendiquaient, en définilivi^, ce n'était pas même l'égalité complète, c'était un peu moins d'inégalité. On voit une fois de plus combien, sur certains points, les idées de Bossuet sont contradictoires et peu consistantes.

2. Une ambassade en Grèce. L'ambassade n'est qu'un détail, et lin détail postérieur. Ce que les plébéiens voulaient avant tout, c'était une législation fixe, régulière, et surtout connue de tous. Car, non seulement la procédure, mais la connaissance môme des lois étaient le monopole des patriciens. Une première commission de cinq membres {qiiinquevivi) fut nommée pour rédiger le code romain. Pendant dix ans, la loi fut en suspens. Enfin, en 4.54, l'ambassade part pour l'Italie méridionale et la Grèce propre.

3. Les plus populaires. Les plus favorables à la démocratie, Solon avait été, à Athènes, l'adversaire des Pisistratidcs, l'ami du peuple et de la liberté.

4. Sont établies. Au retour de l'ambassade, 451, dix nobles furent nommés décemvirs , avec mission de rédiger les lois romaines. Tout alla bien. Les décemvirs apportèrent leur projet de loi devant le peuple, qui le vota et voulut qu'il fût gravé sur dix tables d'airain, puis attaché dans le Forum., à la tribune aux harangues, devant la curie. Toutefois, des additions parurent nécessaires, et dix autres décemvirs furent élus pour l'an 450, avec mission de compléter la loi par deux tables supplémentaires. Ce sont ces seconds décemvirs qui se rendirent odieux (assassinat de Lucius Dentatus, de Virginia) et furent emportés dans une sédition populaire.

rédigèrent, furent privés du pouvoir dont ils abusaient.

Pendant que tout est tranquille, et que des lois si équitables semblent établir pour jamais le repos public, les dissensions se réchauffent par les nouvelles prétentions du peuple, qui aspire aux honneurs ^ et au consulat, réservé jusqu'alors au premier ordre.

La loi pour les y admettre est proposée. Plutôt que de rabaisser le consulat, les Pères consentent à la création de trois nouveaux magistrats, qui auraient l'autorité des consuls sous le nom de tribuns militaires, et le peuple est admis à cet honneur ^

Content d'établir son droit, il use modérément de sa victoire, et continue quelque temps à donner le commandement aux seuls patriciens \

Après de longues disputes, on revient au con-

1. Aux honneurs. Aux charges et magistratures. Il s'agit do la fameuse loi Canideia, 443, laquelle disposait que l'alliance entre patriciens et plébéiens pouvait constituer de Justes noces, justes nuplix, et que les enfants qui en naîtraient suivraient la condition du père. De plus^, aux lieu et place des consuls, il serait nommé des tribuns militaires [trihuni militum ciim consulari potestate), qui pourraient être pris indistinctement dans les deux ordres.

2. Qui auraient^ et non pas qui auront, parce que dans la pensée des Pères, qui consentent, la chose n'est encore qu'à l'état de projet.

3. Admis à cet honneur. Ainsi, forcée de consentir au partage de son privilège, la noblesse concède la chose, mais non pas le nom; elle préfère abolir le consulat, tel qu'il est, sauf aie transformer, que d'y faire participer les plébéiens.

4. Aux seuls patriciens. Rien de curieux et d'instructif comme les fastes consulaires, à partir de cette daté. Le consulat alterne avec le tribunal militaire. Il reparaît toutes les fois que les circonstances lo permettent. Sitôt que la plèbe montre les dents, c'est-à-dire produit des candidats, on nomme des tribuns.

sulat *, et peu à peu les honneurs deviennent communs entre les deux ordres, quoique les patriciens soient toujours plus considérés dans les élections.

Les guerres continuent, et les Romains soumettent, après cinq cents ans % les Gaulois cisalpins, leurs principaux ennemis, et toute l'Italie ^

Là commencent les guerres puniques; et les choses en viennent si avant % que chacun de ces deux peuples ° jaloux croit ne pouvoir subsister que par la ruine de l'autre.

Rome, prête à succomber ^, se soutient principalement, durant ses malheurs, par la constance et par la sagesse du sénat.

A la fin, la patience romaine l'emporte : Annibal

1. On revient au consulat. En 366, les consuls reparaissent définitivemeut, par suite d'un compromis. Les lois des tribuns Caius Licinius et Lucius Sextius abolissent les tribuns consulaires; l'un des deux consuls sera plébéien.

2. Après cinq cents aiis. A partir de la fondation de Rome. Bossuet n'a rien dit des f,'uerres du Samuium, ni de la contjuèle de toute rilalie méridionale. Quant aux Gaulois cisalpins, Rome avait eu déjà sans aucun doute avec eux des démêlés sanglants, mais la grande guerre contre eux ne commeuce qu'après la première guerre punique, en 236. Avant l'arrivée d'Annibal, leur extermination sera à peu près un fait accompli.

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