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L'ancien ordre. La règle ancienne

5. La fureur des soldats. C'est ce qui était arrivé à Galba, puis à Pertinax. La vile soldatesque, dont était composée la garde impériale, ne songeait qu'à la débauche, à l'indisci-

Dans les changements d'empereur, chaque armée entreprenant de faire le sien, il arrive des guerres civiles et des massacres effroyables '.

Ainsi, l'empire s'énerve par le relâchement de la discipline, et tout ensemble, il s'épuise par tant de guerres intestines.

Au milieu de tant de désordres, la crainte et la majesté du nom romain ^ diminue ^ Les Parthes, souvent vaincus, deviennent redoutables du côté de l'Orient, sous l'ancien nom de Perses * qu'ils reprennent. Les nations septentrionales % qui habi-

pline : les empereurs économes, fermes sur le devoir, ne l'accommodaient pas.

1. Massacres effroyables. A partir de la mort de .Marc-Aurèle, 180, l'empire entre en pleine décomposition. Les Barbares, à peu près contenus jusque-là, vont être de plus en plus hardis et heureux dans leurs offensives. A l'intérieur, l'anarchie est complète, et la guerre civile, à l'état permanent. Sous Gallien, 260-268, pas une légion, pas un corps d'occupation qui ne crée son empereur : c'est l'époque des trente tyrans, appelée anarchie militaire.

2. Du nom romain. De cette crainte et de celte majesté du nom romain, noinen romanum, il ne reste qu'un souvenir, et les rappeler ici est même un anachronisme.

3. Diminue. Le verbe au singulier, comme si le nom romain était le vrai sujet, avec crainte et majesté pour attribut. Sur l'accord du sujet et du verbe, V. sup., page 19, note 2.

4. Sous l'ancien nom de Perses. Les Parthes, repoussés toutes les fois qu'ils avaient voulu franchir la limite de l'Euphrate que la nature semble leur avoir imposée, avaient toujours, eux aussi, refoulé les invasions romaines. En 226, une révolution s'accomplit en Orient. Aux Arsacides, qui régnaient depuis 255 av. J.-C, succède la dynastie des Sassanides, «lui régnera jusqu'à In conquête arabe, 652. Mais c'est la même population. Le nom seul de Perses remplace celui de Parthes.

5. Les 7iations septentrionales. Tous les Barbares au nord du Rhin et du Danube. L'invasion, du reste, avait déjà commencé depuis longtemps. Les Germains, individuellement, affluaient dans l'empire, soldats dans la garde et les milices impériales, ouvriers et colons dans les villes et les campagnes. C'est la

talent des terres froides et incultes, attirées par la beauté et la richesse de celles de l'empire, en tentent l'entrée de toutes parts.

Un seul homme ne suffit plus à soutenir le fardeau d'un empire si vaste et si fortement attaqué.

La prodigieuse multitude des guerres et l'humeur des soldats, qui voulaient voir à leur tête des empereurs et des césars, oblige * à les multiplier.

L'empire même étant regardé comme un bien héréditaire % les empereurs se multiphent naturellement par la multitude des enfants des princes.

Marc-Aurèle associe son frère ^ à l'empire. Sévère

première forme de l'invasion. Puis, ils passeront en corps de nation armée; et, quand il ne pourra les exterminer, l'empire les prendra à sa solde et les répartira sur son territoire : tels furent les Francs, les Goths, etc. Enfin viendront les grandes invasions : elles feront plus de bruit, mais auront moins d'effets que les deux précédentes.

1. Oblige. Encore un verbe au singulier avec deux sujets, Voy. sup., page 19, note 2.

2. Hcréditaire. 11 le fut souvent, en fait; mais il ne l'était pas en droit. Les six premiers Césars, les Flaviens, les Antonins arrivent par l'hérédité. .Mais le mode de transmission du pouvoir n'était point réglé par une constitution. A chaque décès d'empereur (or les empereurs, de 30 av. J.-G. à 476, régnèrent eu moyenne trois ans), tout était remis en question. Ce système, qui présente l'avantage de réserver l'avenir, de respecter la souveraineté nationale, produisit à Rome, grâce à l'élément militaire, son plein inconvénient, qui est l'instabilité de l'autorité, et ses suites.

3. Son frère, Lucius Yerus. L'empire alors n'était pas une sinécure. A son avènement, Marc-Aurèle avait trouvé les Marcomans, les Narisques, les Hermondures, les Quades, les Suèves, les Sarmatcs, les Latringes, les Buriens, les Sosibes, les Sicobotes, les Roxolans, les Bastarnes, les Alains, les Peucins, les Costoboces, ligués pour envahir l'empire, brûlant, massacrant, et parvenus jusqu'à Aquilée. Il lui fallut les repousser, puis leur reporter la guerre; tout son règne se passa dans les camps.

268 DISCOURS SLR l'histoire universelle

fait ses deux enfants empereurs *. La nécessité des affaires ^ oblige Dioclétien à partager l'Orient et rOccident entre lui et Maximien : chacun d'eux, surchargé, se soulage en élisant deux césars *,

Par cette multitude d'empereurs et de césars, l'État est accablé d'une dépense excessive *, le corps de l'empire est désuni, et les guerres civiles se multiplient.

Constantin,Tils de l'empereur Constantius Chlorus, partage l'empire comme un héritage entre ses enfants ^ : la postérité suit ces exemples, et on ne voit presque plus un seul empereur *.

1. Empereurs. Caracalla et Géta. Le premier poignarda son frère de sa propre maiu.

2. La nécessité des affaires. Expression toute latine, et déjà rencontrée : rerum nécessitas.

3. Deux césars. Cela ferait quatre. En réalité, l'empire était devenu tellement lourd, que Dioclétien et Maximien furent obligés de dédoubler chacun leur part. Dès lors, il y a deux empereurs en titre, et deux Césars, leurs lieutenants et leurs héritiers présomptifs. Dioclétien Auguste conserve le gouvernement de l'Orient, de l'Asie et de l'Egypte; son César, Galerius, administre l'illyrie, la Thrace, la Macédoine, l'Achaïe el réside à Sirmium, sur le Danube. Maximien garde l'Italie, la Sicile et l'Afrique, avec Milan pour capitale; Constance Chlore, proclamé César, gouverne, de sa résidence de Trêves, la Bretagne, la Gaule, l'Espagne et la Mauritanie.

•i. Dépense excessive. C'étaient, eu effet, quatre cours à défrayer au lieu d'une. Les mêmes pays, aujourd'hui, en défrayent bien d'autres ; mais alors les populations étaient pauvres. Aussi elles appelaient les Barbares comme des libérateurs.

5. Entre ses enfants. En vertu de l'usage établi depuis Dioclétien, ses trois fils se partagent l'empire. L'ainé, sous le nom de Constanlin II, eut la préfecture des Gaules (diocèses de Bretagne, des Gaules, d'Espagne); le second, Constance, gou- Aerna l'Orient (diocèses d'Egypte, d'Orient, d'Asie, de Pont); Constant, le troisième, eut la préfecture d'Italie (diocèses d'Illyrie occidentale, d'Italie, de Rome, d'Afrique).

6. Un seul empereur. Nous dirions aujourd'hui en ce sens un empereur seul.

La mollesse d'Honorius et celle de Valentinien III, empereur d'Occident, foit tout périr *.

L'Italie et Rome même sont saccagées à diverses fois *, et deviennent la proie des Barbares.

Tout l'Occident est à l'abandon '. L'Afrique est occupée par les Vandales, l'Espagne par les Visigoths, la Gaule par les Francs, la Grande-Bretagne par les Saxons, Rome et l'Italie même par les Hérules, et ensuite par les Ostrogoths. Les empereurs romains se renferment dans l'Orient, et abandonnent le reste, même Rome et l'Italie *.

L'empire ^ reprend quelque force sous Justinien, par la valeur de Bélisaire et de Narsès. Rome, souvent prise et reprise, demeure enfin aux empereurs ®.

1. Fait tout périr. Comme si les deux sujets formaient un tout collectif. Voy. sup., page 19, note 2.

2. A diverses fois. En 410, d'abord, par Alaric; puis, en 443, par les Vandales. Elle avait échappé à Attila.

3. Est à l'abandon. A la mort de Théodose (39'J), l'empire fut divisé, et pour toujours. Ilonorius et ses faibles successeurs ne comptent plus. Les Barbares arrivent de tous côtés : Francs, Visigoths, Ostrogoths, Burgondes, Vandales, s'établissent partout dans l'empire et fondent des royaumes à leur profil.

4. Même Rome et l'Italie. Les empei'eurs de Constantinople, mieux abrités contre les invasions, se maintinrent. En 476, ils se considérèrent même comme les héritiers des empereurs de Rome, et se donnèrent le ridicule d'envoyer aux chefs barbares les dignités, ornements et insignes, comme si ceux-ci eussent été, comme autrefois, leurs lieutenants.

5. L'empire. Ce n'est plus l'empire romain, c'est un empire grec, justement appelé Bas-Empire. Justinien y tint le sceptre, de 527 à o63. Son règne est remarquable bien plus par les monuments législatifs, Pandectes, Digeste, Institiites, qu'il fit rédiger à ses cminenls jurisconsultes, que par le succès de ses armes.

6. Enfin aux empereurs. Retombée nominalement sous la suzeraineté des empereurs d'Orient, Rome devint le chef-lieu d'un duché particulier (le duché de Rome), qui n'était qu'une

Les Sarrasins ', devenus puissants par la division de leurs voisins et par la nonchalance des empereurs, leur enlèvent la plus grande partie de l'Orient et les tourmentent tellement de ce côté-là, qu'ils ne songent plus à l'Italie. Les Lombards ^ y occupent les plus belles et les plus riches provinces. Rome, réduite à l'extrémité par leurs entreprises continuelles, et demeurée sans défense du côté de ses empereurs, est contrainte de se jeter entre les bras des Français ^. Pépin, roi de France, passe les monts, et réduit les Lombards. Ghaiiemagne, après en ^ avoir éteint la domination, se fait couronner roi d'Italie, où sa seule modération conserve quelques petits restes aux successeurs des Césars ^ ; et en l'an 800 de Notre-Seigneur, élu

des provinces de la Pentapole, soumis à l'exarque, en attendant les donations de Pépin au pape.

1. Les Sai-rasins. Nom d'une tribu particulière de l'Arabie Déserte, qui faisait la force principale des armées arabes, et qui servit souvent à désigner en général tous les musulmans.

2. Les Lombards, d'origine germanique, peut-être Scandinave, après avoir erré longtemps en Germanie, passent en Italie en u68 et y fondent un royaume assez prospère pour inquiéter les évêques de Rome.

3. Des Français. Les Français d'Austrasie, ou plutôt la famille d'Héristal, sous qui lAustrasie était devenue peu à peu une sorte de république féodale. Un de ces maires du palais, Pépin le Bref, appelé en Italie par le pape Zacharie, conclut avec lui un pacte aux termes duquel, pour le payer du concours qu'il lui prêterait contre les Lombards, Zacharie autoriserait Pépin à déposer le souverain légitime, Childéric 111, et à s'empp.rer de la couronne pour lui et ses descendants. Ce marché, très politique, mais honteux, s'accomplit (752); ainsi commence chez nous la dynastie des Carlovingiens.

•4. En. Voy. siip., page 39, note 6.

lî. Successeurs des Césars, Charlemagne se contenta de l'Italie du Nord, et de restaurer en sa faveur l'empire d'Occident. 11 laissa à son « excellent frère » de Constantinopie les pro-

empereur par les Romains, il fonde le nouvel empire.

Il est maintenant aisé de connaître les causes de l'élévation et de la chute de Rome.

Vous voyez que cet État fondé sur la guerre, et par là naturellement disposé à empiéter sur ses voisins, a mis tout l'univers sous le joug, pour avoir porté ' au plus haut point la politique et l'art militaire.

Vous voyez les causes des divisions de la répu- . blique, et iinalement de sa chute, dans les jalousies de ses citoyens, et dans l'amour de la liberté poussé jusqu'à un excès et une délicatesse ^ insupportables.

Vous n'avez plus de peine à distinguer tous les temps 3 de Rome, soit que vous vouliez la considérer en elle-même, soit que vous la regardiez par rapport aux autres peuples; et vous voyez les changements qui devaient suivre la disposition des afiaires en chaque temps.

En elle-même, vous la voyez au commencement dans un état monarchique établi selon ses lois primitives *, ensuite dans sa liberté ^, et enfin soumise

vinces du sud, qui vont du reste devenir avant peu la proie des Normands.

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