Délicatesse. Susceptibilité ombrageuse, irritable
3. Tous les temps. Toutes les époques distinctes et caractérisées, royauté, république, empire, et les phases accessoires qu'a traversées le peuple romain dans sa longue évolution à travers l'histoire.
4. Ses lois primitives. La constitution royale, dont Bossuet a parlé plus haut, chapitre vi et chapitre ^^u; car le plan de son ouvrage le condamne souvent à des redites.
3. Dans sa liberté. Le régime qui succéda, en 300, à la période royale, et que Bossuet appelle si improprement liberté.
encore une fois au gouvernement monarchique, mais par force et par violence *.
Il est aisé de concevoir de quelle sorte s'est formé l'Etat populaire, ensuite des commencements * qu'il avait dès les temps de la royauté ; et vous ne voyez pas dans une moindre évidence comment, dans la liberté, s'établissaient peu à peu les fondements de la nouvelle monarchie.
Car, de même que vous avez vu le projet de république * dressé dans la monarchie par Servius Tullius, qui donna comme un premier goût de la liberté au peuple romain, vous avez aussi observé que la tyrannie de Sylla, quoique passagère, quoique courte, a fait voir que Rome, malgré sa fierté, était autant capable de porter le joug que les peuples qu'elle tenait asservis.
Pour connaître ce qu'a opéré successivement cette jalousie furieuse entre les ordres, vous n'avez qu'à distinguer les deux temps que je vous ai expressément marqués : l'un, où le peuple était retenu dans certaines bornes * par les périls qui l'environnaient de tous côtés ; et l'autre, où, n'ayant
1. Par force 'et par violence. Oui, si l'on s'en rapporte aux apparences, c'est-à-dire aux guerres civiles; mais, sauf une minorité infime d'aristocrates, tout le monde prit bien vite son parti du régime nouveau.
2. Ensuite des commencements. Ensuite était encore très, usité i. u xviie siècle comme locution prépositivé, dans le sens de : après, à la suite de.
3. Projet de république. Sur ce prétendu projet de Servius Tullius, voy. sup., page 162, note 1.
4. Dans certaines bornes. Tant qu'il eut des ennemis sérieux à redouter, le peuple romain conserva quelque chose des vertus des ancêtres : la sécurité engendra chez lui le relâchement et une corruption indéfinie.
plus rien à craindre au dehors, il s'est abandonné sans réserve à sa passion *.
Le caractère essentiel de chacun de ces deux temps est que dans l'un l'amour de la patrie et des lois retenait les esprits, et que dans l'autre tout se décidait par l'intérêt et par la force.
De là s'ensuivait * encore que, dans le premier de ces deux temps, les hommes de commandement, qui aspiraient aux honneurs par les moyens légitimes % tenaient les soldats en bride et attachés à la république ; au lieu que dans l'autre temps, où la violence emportait tout, ils ne songeaient qu'à les ménager, pour les faire entrer dans leurs desseins malgré l'autorité du sénat *.
Par ce dernier état, la guerre était nécessairement dans Rome, et par le génie de la guerre ^ le commandement venait naturellement entre les mains d'un seul chef : mais parce que dans la guerre, où les lois ne peuvent plus rien, la seule
1. Sa passion. Le côlé passionnel de la nature humaine, par opposition aux facultés intellectuelles et morales.
2. De là s'ensuivait. Il ne faut pas confondre l'ancien verbe réfléclii et unipersonuei s'ensuivre avec s'en suivre, en deux mots. S'ensuivre est formé comme s'enfuir, et il suit la même construction. De là, la plirase de Bossnet, et tant d'autres. Cf. Ketz, Mém., t. I, liv. II, page 197 : » On ne voulut pas quitter les armes, que l'effet ne s'en fut ensuivi. » Et Mol., Amph., II, 3 :
Vois, si mon cœur n'eût su de froideur se munir, Quels inconvénients auraient pu s'en ensuivre.
3. Les moyens légitimes. Ceux que la probité politique et les lois ne proscrivaient pas.
4. Mabjré l'autorité du sénat. Tout cela a déjà été dit et redit au chapitre précédent.
0. Par le génie de la guerre. Par les dispositions naturelles (sens du latin ingeniu)n, d'où est venu le mot français) qui se trouvaient chez les généraux de la fin de la république.
force décide, il fallait ' que le plus fort demeurât le maître; par conséquent, que l'empire ^ retournât en la puissance d'un seul.
Et les choses s'y disposaient tellement par ellesmêmes que Polybe, qui a vécu dans le temps le plus florissant de la république, a prévu, par la seule disposition des affaires, que l'État de Rome, à la longue, reviendrait à la monarchie ^.
La raison de ce changement est que la division entre les ordres n'a pu cesser parmi les Ilomains que par l'autorité * d'un maître absolu, et que d'ailleurs la liberté ^ était trop aimée pour être abandonnée volontairement. 11 fallait donc peu à peu l'affaiblir " par des prétextes spécieux, et faire par ce
1. Il fallait. Pas nécessairement, et ce n'est point là la véritable cause. Si les Romains n'eussent été mûrs pour la monarchie, l'épée des généraux eût été impuissante à tuer la liberté. Les peuples ont, en général, le gouvernement qu'ils méritent.
2. L'empire. Sens du latin impei-iiim, mais à l'époque où il exprimait, non plus le pouvoir légal du magistrat investi de la puissance publique, mais déjà quelque chose de plus.
3. Polyb., lib VI, ch. i et sq. c. xli et seq. B. — Sur Polybe, historien et philosophe, voy. sup., page 217, notes 2 et 6.
4. Que par l'autorité. Les événements ont pris cette direction, mais il aurait pu en être autrement; sans quoi les hommes et les peuples ne seraient pas libres et le fatalisme serait le dernier mot de l'histoire.
o. La liberté. Nous avons dit et répété que la liberté n'était pour rien dans la lutte entre les deux ordres. Ce qui était en cause, c'étaient les avantages politiques, les revenus des provinces, les profits matériels de la domination romaine. Avec une àpreté égale, les plébéiens réclamaient un partage et raristocratic le refusait.
6. L'a/f'aibiir. C'est en effet ce que firent tous les tyrans qui dominèrent tour à tour, SyUa, César et surtout Auguste. La révolution se fit insensiblement. Tacite en fait la remarque (Ann., I, 3), à propos de l'avènement de Tibère : Domi i-es tranquillx, eadem viafjistratuum vocabula ; juniores post Actiacam victoriam, eliam senes plerique inter bella civium nuti : quotus-
moyen qu'elle pût être ruinée par la force ouverte.
La tromperie, selon Aristote ', devait commencer en flattant le peuple, et devait naturellement être suivie de la violence.
Mais de là on devait tomber dans un autre inconvénient par la puissance des gens de guerre, mal inévitable à cet état ^
En effet, cette monarchie que formèrent les Césars s'étant érigée par les armes, il fallait qu'elle fût toute militaire; et c'est pourquoi elle s'établit sous le nom d'empereur, titre propre ^ et naturel du commandement des armées.
Par là vous avez pu voir que, comme la république avait son faible inévitable , c'est-à-dire la jalousie entre le peuple et le sénat, la monarchie des Césars avait aussi le sien; et ce faible était la licence des soldats qui les avaient faits.
Car il n'était pas possible que les gens de guerre,
quisque reliquiix qui rem pubUcam vidisset? Tout cela s'éclaire quand on tient compte des dates. Auguste était né en 64 av. J.-C, la bataille d'Actium est de 31; il mourut l'an 13 ap. J.-C; il fallait avoir au moins 44 ans pour être né avant l'empire; il en fallait bien davantage pour avoir vu à Rome quelque chose qui ressemblât, même de loin, à la république.
1. Arist., Polit., lib. V, cap. iv. B. — Il est clair qu'Aristote, mort plus de trois siècles avant les événements sur lesquels raisonne Bossuet, parle d'une façon générale et en théorie. Il fait de la philosophie de l'histoire et indique comment les choses se passent d'ordinaire dans les démocraties.
2. Inévitable à cet état. Construction conforme à l'étymologie latine des adjectifs en lis : nec visu facilis, nec dictu aff'abilis ulli.
3. Titre propre. Bossuet a vu très bien que, si la chose est nouvelle, les mots imperalor, imperium étaient les termes propres et naturels pour désigner ce que nous appelons le pouvoir exécutif.
qui avaient changé le gouvernement et établi les empereurs , fussent longtemps sans s'apercevoir que c'étaient eux en effet qui disposaient de l'empire. Vous pouvez maintenant ajouter aux temps que vous venez d'observer \ ceux qui vous marquent l'état et le changement de la milice; celui où elle est soumise et attachée au sénat et au peuple romain ^; celui où elle s'attache à ses généraux '; celui où elle les élève à la puissance absolue, sous le titre militaire d'empereurs ; celui où, maîtresse en quelque façon de ses propres empereurs, qu'elle créait, elle les fait et les défait à sa fantaisie *. De là le relâchement, de là les séditions et les guerres que vous avez vues ; de là enfin la ruine de la milice avec celle de l'empire ^.
1. Que vous venez d'observer. Les considérations politiques et morales que Bossuet vient d'indiquer.
2. Attacltée au sénat et au peuple romain. C'est le preniier état : tous les citoyens sont soldats à leur tour, et constituent les armées nationales.
3. Elle s'attache à ses rjénéraux. Seconde période, qu'on peut faire commencer à Sylla et conduire à la rigueur jusqu'à Galba, qui le premier fut acclamé par ses soldats.
4. A sa fantaisie. Ces diverses périodes ne sont pas très distinctes, ni tranchées : elles se confondent parfois. Néanmoins, elles marquent assez bien les diverses phases de l'évolution accomplie par les armées romaines.
y. Avec celle de l'empire. A ces raisons, justes d'ailleurs et fondées, il faut en ajouter dautres, d'ordre économique, dont Bossuet ne se doute pas et ne pouvait se douter, l'économie politique n'étant pas inventée de son temps. L'empire romain est mort en grande partie do faim et de misère. La population et la richesse diminuaient, les impôts et les charges augmentaient. Les derniers travailleurs libres disparaissaient par la mort ou la fuite. Une loi de Constantin interdit aux colons de quitter leur domaine et même d'en changer : c'était transformer le colonat en servage. En effet, du temps de Théodose, le colon change de maître avec la ti'rre vendue; et enfin, sous Justinien, le Code renferme ce
LES EMPIIŒS 277
Tels sont les temps remarquables qui nous marquent les changements de l'état de Rome considérée en elle-même. Ceux qui nous la font connaître par rapport aux autres peuples ne sont pas moins'aisés à discerner.
Il y a le temps où elle combat contre ses égaux, et oîi elle est en péril. Il dure un peu plus de cinq cents ans, et finit à la ruine des Gaulois en Italie \ et de l'empire des Carthaginois.
Celui où elle combat, toujours plus forte et sans péril -, quelque grandes que soient les guerres qu'elle entreprenne. Il dure deux cents ans, et va jusqu'à l'établissement de l'empire des Césars.
Celui où elle conserve son empire et sa majesté. Il dure quatre cents ans, et finit au règne de Théodose le Grand ^.
(jui suit : « Que les colons soient liés par le droit de leur origine, et, bien que par leur condition ils paraissent («,17enus, qu'ils soient tenus pour serfs de la terre sur la(iuelle ils sont nés. » Cf. E. Maréchal, Hist. rom., ch. xxxni.
\. La ruine des Gaulois en Italie et celle de l'empire des Carthaginois sont à cent ans près. Rome en a réellement fini avec les premiers avant la descente d'Annibal en Italie. C'est en 146 que Carthage fut détruite ; mais, depuis Zama, elle n'inspirait plus à Rome d'inquiétude sérieuse.
2. Plus forte et sa?is péril. Sans péril, oui ; plus forte, non. Rome, en effet, dans les cinq premiers siècles de son existence, fit des guerres longues, difficiles, et sans beaucoup de fruit. De la seconde guerre punique à l'établissement de l'empire, au contraire, avec une puissance militaire fort relâchée, elle fait des guerres courtes, faciles et fructueuses. Pydna lui donne la Macédoine, en quelques heures (168); Scarphces et Leucopétra, toute l'Achaïe (146). De courtes campagnes, ou même des héritages lui rapportent des royaumes entiers en Asie.
3. Théodose le Grand. II y a ici exagération manifeste. Théodose (379-395) arrêta peut-être un instant l'empire sur le penchant de sa ruine; mais il y a plus de deux siècles, de-
Celui enfin où son empire, entamé de toutes parts, tombe peu à peu. Cet état, qui dure aussi quatre cents ans, commence aux enfants de Théodose,'et se termine enfin à Gharlemagne *.
Je n'ignore pas, Monseigneur, qu'on pourrait ajouter aux causes de la ruine de Rome beaucoup d'incidents particuliers. Les rigueurs des créanciers sur leurs débiteurs ont excité de grandes et de fréquentes révoltes ^ La prodigieuse quantité de gladiateurs ' et d'esclaves *, dont Rome et l'Ralie était
puis les Anlonins, que, pour tout esprit clairvoyant, la dissolution de l'empire romain n'est qu'une question de temps. Les Claude II, les Dioclétien, les Constantin, les Julien n'y pourront rien.
1. A Charlemaqne. Il y a là une confusion grave et une méconnaissance des faits. On a vu plus haut que, à la mort de Tliéodose (393), l'empire romain fut définitivement divisé entre ses deux fils Honorius et Arcadius. L'empire d'Occident, sous les faibles successeurs d'Honorius, végéta à travers les invasions d'AIaric, d'Attila, etc., jusqu'en 476, où le chef des Recules, Odoacre, lui porta le coup de grâce dans la personne de Romulus Augustulus. De 476 à 800, époque où Gharlemagne rétablit à son profit l'empire d'Occident, fempire romain n'existe plus, même de nom.
2. De fréquentes révoltes. Sur la rigueur de la loi romaine envers les débiteurs insolvables et sur la servitude des nexi, prisonniers pour dettes, voy. sup., page 248, note 2.
3. Gladiateurs. C'est d'Étrurie que vint à Rome et se répandit peu à peu dans toute l'Italie cette habitude vraiment barbare de faire combattre et égorger des hommes pour le plaisir de spectateurs. De bonne heure (vers 264) ces exhibitions devinrent un moyen de corruption électorale, et l'électeur mesurait à la splendeur des fêtes les capacités du candidat : or une belle montre de gladiateurs coûtait déjà dans les 720 000 sesterces (1S7 300 fr.). En 103, les lions et les panthères viennent ajouter à la variété des joutes. En 93, Sylla, préteur, expose cent lions dans le même jour. Vers la fin de la république, et sous l'empire, la magnificence des jeux prit des proportions insensées.
4. D'esclaves. Autre plaie de la société romaine. L'esclavage
surchargée, ont causé d'effroyables violences et même des guerres sanglantes '. Rome, épuisée par tant de guerres civiles et étrangères, se lit tant de nouveaux citoyens, ou par brigue ou par raison ^, qu'à peine pouvait-elle se reconnaître elle-même parmi tant d'étrangers qu'elle avait naturalisés. Le sénat se remplissait de Barbares ; le sang romain se mêlait ^ ; l'amour de la patrie, par lequel Rome s'était
était dans les lois et dans les mœurs de l'antiquité: mais, dans le principe, à Rome, il était limité aux besoins du travail. Bientôt il suivit les progrès du luxe. Les guerres, le commerce, le croit naturel l'alimentaient. Rien ne se faisait plus que par les esclaves. C'est par centaines qu'un les trouvait dans la maison des riches. Voy. Tac, Ann., XIV, i2, seq.
1. Des guerres sanglantes . La Sicile, alors province frumentaire par excellence, exploitée en grande culture par les capitalistes romains, vit deux révoltes terribles d'esclaves : la première, sous la conduite du Syrien Eunus (qu'ils appelaient leur roi Antiochus , dura quatre ans (136-132): la seconde, sous les chefs Salvius et Athénien, se prolongea de dOo à 100. Enfin, en Italie, les gladiateurs de Capoue se soulevèrent sous la conduite duThrace Spartacus, battirent plusieurs préteurs, plusieurs consuls, et ne furent réduits qu'après deux ans de guerre (73-71).
2. Par brigue ou par raison. Dans le premier cas, c'étaient des Romains en fonctions qui, pour se rendre populaires, aidaient aux étrangers à forcer les portes de la cité. Par )'aison, il faut entendre les motifs politiques et sérieux que le sénat eut d'admettre de plus en plus les Italiens à la participation de la civilas; par exemple, dans la guerre sociale (90-88 , où, pour désarmer les alliés soulevés, elle conféra en masse le droit de cité, et du coup porta au double le chiffre des citoyens.
3. Se mêlait : s'altérait par l'infusion d'éléments étrangers. En effet, par l'admission de 400 000 Italiens, la composition <le la cité fut bien modifiée; si Ion défalque en outre la masse des affranchis, la proportion des vrais citoyens romains diminue encore. Enfin quand, après l'extension du droit de cité aux Cisalpins, aux Espagnols, aux Gaulois, le cens marqua, comme sous Auguste, près de cinq millions de citoyens.
280 DISCOURS SLR l'hisïoire universelle
élevée au-dessus de tous les peuples du monde, n'était pas naturel à ces citoyens venus de dehors ; et les autres se gâtaient par le mélange. Les partialités ' se multipliaient avec cette prodigieuse multiplicité de citoyens nouveaux; et les esprits turbulents y trouvaient de nouveaux moyens de brouiller et d'entreprendre ^
Cependant le nombre des pauvres ^ s'augmentait sans fin par le luxe, par les débauches et par la fainéantise qui s'introduisait ^. Ceux qui se voyaient ruinés n'avaient de ressource que dans les séditions, et en tout cas, se souciaient peu que tout pérît après eux ". On sait que c'est ce qui fit la conjuration
on paut dire que clans le peuple romain il y avait de tout, excepté des Romains.
1. Les parlialités. Les divisions, les factions. — Cela n'eut guère le temps d'être vrai; car, jusqu'à 90 av. J.-C, la cité était fermée. C'est à partir de J . César et sous l'empire qu'elle s'ouvrit si libéralement; et, à cette époque, il n'y a plus de guerres civiles.
2. De brouiller et d'entreprendre. Deux verbes qui s'employaient alors dans le sens absolu : faire du désordre, commencer des entreprises séditieuses. Cf. La Font., Fab., V, 5 :
Elles filaient si bien que les sœurs filandières Ne faisaient que brouiller auprès de celles-ci.
Corn., Cinna, "V, i :
Et si sa liberté te faisait entreprendre.
3. Des pauvres. A part deux ou trois milliers de capitalistes, entre les mains de qui était concentrée la fortune du monde entier, le reste de la population de Rome était composé d'indigents vivant des distributions de l'annone, de fainéants et de voleurs.
4. Qui s'introduisait. Sur ce singulier, voy. sup., page 19, note 2.
'ô. Après eux. Dans une société pareille, la sédition était à l'état permanent; des faits sociaux tels que la conjuration de Gatilina allaient de soi.
de Catilina '. Les grands ambitieux, et les misérables qui n'ont rien à perdre, aiment toujours le changement *. Ces deux genres de citoyens prévalaient dans Rome; et l'état mitoyen ', qui seul tient tout en balance dans les États populaires, étant le plus faible, il fallait que la république tombât.
On peut joindre encore à ceci l'humeur et le génie * particulier de ceux qui ont causé les grands mouvements, je veux dire des Gracques, de Marius, de Sylla, de Pompée, de Jules César, d'Antoine et d'Auguste. J'en ai marqué quelque chose; mais je me suis attaché principalement à vous découvrir les causes universelles et la racine du mal, c'est-à-dire cette jalousie entre les deux ordres, dont il vous était important de considérer toutes les suites.
1. Catilina ne se proposait rien moins que de renverser l'ordre de choses établi, égorger tous les riches et s'emparer de leurs biens pour mener ensuite une vie inimitable. Grâce à la complicité des uns, à l'incurie des autres, en un mot à la gangrène qui rongeait la société romaine, il faillit réussir.
2 Aiment toujours le changement. Quoi qu'il arrive, ils n'ont rien à perdre, tout à gagner.
3. L'état mitoyen. La classe moyenne, qui fait la force des sociétés, n'existait pas à Rome. Cf. Arist., Polit., IV, 9.
4. Le génie : dispositions naturelles qui constituent l'originalilé propre des individus, ingeniiim.