‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 4)Chapitre 148 sur 153 · PROVIDENCE · texte numérisé non relu

PROVIDENCE

Mais souvenez-YOus, Monseigneur, que ce long enchaînement des causes particulières *, qui font et défont les empires, dépend des ordres secrets de la divine Providence. Dieu tient du plus haut des cieux les rênes de tous les royaumes *; il a tous les cœurs en sa main : tantôt il retient les passions; tantôt il leur lâche la bride, et par là il remue tout le genre humain. Veut-il faire des conquérants? il fait marcher l'épouvante devant eux, et il inspire à eux

1. Ce long enchaincment des causes particulières résume bien les chapitres qui précèdent où Bossuet les a recherchées et exposées à sa manière. Il a consenti à descendre sur la terre, à examiner les choses au point de vue humain. 11 a hâte de quitter ce terrain pour remonter dans son atmosphère propre, la théologie et l'inspiration puisée directement atix sources de la Providence. Ici l'historien a fini sa tâche et disparaît; nous allons retrouver l'orateur pur des Sermons, des Oraiso7is funèbres et des deux premières parties du Discours sur Vhistoire universelle.

2. Les rênes de tous les royaumes. Comparez ici tout l'exorde de l'oraison funèbre de Henriette de France : Celui qui règne dans les cieux, etc. Tout cela, au point de vue humain et scientifique, est discutable. A ne considérer que le style, Bossuet n'a jamais été plus heureux, plus inspiré, plus dans l'effusion de sa grande manière oratoire.

€t à leurs soldats une hardiesse invincible. Yeutil faire des législateurs? il leur envoie son esprit de sagesse et de prévoyance; il leur fait prévenir les maux qui menacent les États, et poser les fondements de la tranquillité publique. Il connaît la sagesse humaine, toujours courte par quelque endroit ' : il l'éclairé, il étend ses vues, et puis il l'abandonne à ses ignorances ^ : il l'aveugle, il la précipite, il la confond par elle-même : elle s'enveloppe ^, elle s'embarrasse dans ses propres subtilités, et ses précautions lui sont un piège. Dieu exerce par ce moyen ses redoutables jugemçnts, selon les règles de sa justice toujours infaillible. C'est lui qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées, et qui frappe ces grands coups dont le contre-coup porte si loin. Quand il veut lâcher le dernier * et renverser les empires, tout est faible et irrégulier dans les conseils. L'Egypte, autrefois si sage, marche enivrée, étourdie et chancelante °, parce que le Seigneur a répandu l'esprit

1. Toujours courte par quelque endroit. Au lieu de courte, mettez insuffisante, qui a le même sens, et vous sentirez combien la métaphore est expressive dans sa.familiarité.

2. Ses if/norances. Pluriel rare, mais que Bossuet a employé plusieurs fois, considérant par là, non l'état de l'esprit qui ne sait pas, mais les objets multiples de cette ignorance : c'est une manière de Ihumilier un peu plus.

3. Elle s'enveloppe. S'envelopper, c'est simplement mettre autour de soi quelque chose qui entoure, ce n'est pas encore en être incommode; aussi Bossuet ajoute-t-il : elle s'embarrasse. On a alors l'image complète de quelqu'un qui peu à peu s'est engagé dans un réseau et s'y sent pris.

4. Lâcher le dernier . Quelle hardiesse imperturbable, quelle sûreté intrépide dans cette manière dinlerpréter les desseins de Dieu, de traduire la Providence absolument comme si elle avait fait de Bossuet son confident!

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