Chancelante. Toutes les expressions concourent à l'har
284 DISCOLHS SUR L'hISTOIRE UNIVERSELLE
de vertige dans ses conseils; elle ne sait plus ce qu'elle fait, elle est perdue. Mais que les hommes ne s'y trompent pas : Dieu redresse quand il lui plaît le sens égaré, et celui qui insultait à l'aveuglement des autres tombe lui-même dans des ténèbres plus épaisses, sans qu'il faille souvent autre chose, pour lui renverser le sens, que ses longues prospérités.
C'est ainsi que Dieu règne sur tous les peuples. Ne parlons plus de hasard ni de fortune ' ; ou parlons-en seulement comme d'un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce qui est hasard à l'égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut, c'est-à-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre. De cette sorte tout concourt à la même fin ; et c'est faute d'entendre le tout, que nous trouvons du hasard ou de l'irrégularité dans les rencontres ^ particulières.
Par là se vérifie ce que dit l'Apôtre ^, que « Dieu est heureux, et le seul puissant, Roi des rois, et Seigneur des seigneurs. » Heureux *, dont le repos
mouie de la métaphore, tirée de l'ivresse; et le moindre mérite de Bossuet n'est pas de l'avoir poussée aussi loin, sans que la noblesse du style en soit altérée. Toutes ces images, du reste, sont le langage ordinaire de la Bible et des prophètes. i. De hasard, ni de fortune. Ces mots, à l'usage du commun des mortels, ont précisément pour but de désigner les causes inconnues; mais nul esprit sérieux n'en est dupe. Plus heureux que les autres, lui, Bossuet a des lumières spéciales qui lui permettent de tout expliquer, de répondre à tout : seulement, cela est affaire de foi, et non de raison.