‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 4)Chapitre 2 sur 153 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

et vivifiant de leurs proi'esseurs. Nous nous bornerons donc à présenter à nos collègues cette édition, à leur expliquer et à leur soumettre brièvement les raisons de notre travail.

z^" Si YHistoire universelle se bornait aujourd'hui à faire partie des OEiarcs complètes de liossuet, le rôle et le devoir d'un éditeur seraient bien simples. Il n'aurait qu'à laisser ce livre remarquable dans son milieu naturel, et à n'oublier jamais qu'il a été écrit au xviie siècle, par un évèque, et pour l'instruction d'un prince. Mais cet ouvrage, ou du moins la III^ partie, ligure depuis longtemps et persiste à figurer dans nos programmes ; il a une prétention classique. Dès lors, le grand nom de Bossuet ne saurait plus le protéger contre la critique. 11 s'agit de savoir, non pas si le livre a été remarquable et même prodigieux pour son époque, mais s'il est conforme à l'esprit de notre temps et surtout s'il est à la hauteur de la science moderne.

Eh bien, au risque d'étonner, de scandaliser peut-être les admirateurs enthousiastes, les dévots de Bossuet, nous avouerons très sincèrement toute notre pensée à ce sujet. S'il s'agissait d'apprécier ici les mérites de la forme , l'entreprise serait facile et n'aurait rien que d'agréable. Mais le côté littéraire n'est pas ce qui nous touche et nous le considérons à dessein comme secondaire. Reste le fond : or, sous ce rapport, c'est une tâche ingrate aujourd'hui, d'éditer et surtout d'accompagner d'un commentaire critique la IIl^ partie du Discours sur l'histoire universelle.

Encore une fois, entendons-nous. Le style, la forme littéraire, la langue de Bossuet ne sont pas ici en cause. Nous tombons d'accord, et avec conviction, de tous les éloges que les Nisard, les Sainte-Beuve, les Saint-Marc Girardin et tous les grands critiques ont unanimement décernés au beau génie de Bossuet. Au point de vue littéraire pur, que l'Histoire universelle reste le chef-d'œuvre de la prose française, comme le veut M. Nisard; nous n'en disconvenons pas, à condition toutefois qu'il reste bien entendu qu'il est ici question de la prose oratoiie, laquelle n'est, selon nous, ni la meilleure ni surtout la

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seule, el qu'à coté de celle-là il y on a d'autres, celle de Voltaire par exemple, do Montesquieu, d'une foule d'écrivains, qui ont bien leur prix.

Mais dans une édition classique, dans un commentaire classique, tel que nous l'entendons plus que jamais, le côté Jittérâij:e iist- accessairÊ. Nous avons été, systématiquement et à dessein, plus que sobre d'appréciations purement littéraires; et cela par la raison bien simple qûé"nôus respectons trop le jugement de nos collègues pour empiéter ainsi sur leur domaine propre, déflorer leur commentaire, en un mot nous mêler de ce qui les regarde. Notre travail ne porte pas sur la forme, mais sur le fond : il est réel, et scientifique. Or, sous ce rapport, nous sommes oldigé d'avouer que le livre de Bossuct^st prodigieusement en retaid, pour ne pas dire en contradiction 7e plus ordinaîrement avec la science mo-, derne.

Et pourtant, hàtons-nous de le dire : ce n'est pas la faute de Bossuet. 11 a même le mérite d'avoir trouvé et suivi la vraie méthode. Déjà il travaille, non pas sur des ouvrages de seconde main, mais sur les sources mêmes de l'histoire, sur les monuments de l'antiquité, et il cite toujours consciencieusement ses auteurs.

Mais, suivant une remarque fort judicieuse de Pascal (Fragmpnt d'un tmiti'- sur le vide), les anciens ne sont les anciens que pour ce qui est du ressort de l'art pur. Au contraire, lorsqu'il s'agit des sciences, comme leur progrès résulte du travail collectif et sans cesse accumulé de l'humanité savante, et que par conséquent le temps est un des plus puissants facteurs de l'évolution scientifique, la proportion se trouve renversée, et, les vrais anciens, en réalité ce sont les modernes : « Toutes les sciences qui sont soumises à l'expérience et au raisonnement doivent être augmentées pour devenir parfaites. Les anciens les ont trouvées seulement ébauchées par ceux qui les ont précédés ; et nous les laisserons à ceux qui viendront après nous en un état plus accompli que nous ne les avons reçues... Car qu'y a-t-il de plus injuste que de traiter nos anciens avec plus de retenue qu'ils n'ont fait ceux qui les ont précédés et d'avoir pour eux ce respect

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