Hérod., Hb. II, c. lo3, 148, etc., B
qui remplit l'esprit *. De longues galeries y étalaient des sculptures que la Grèce prenait pour modèles ^ Thèbes le pouvait disputer aux plus belles villes de l'univers ^. Ses cent portes, chantées par Homère *, sont connues de tout le monde. Elle n'était pas moins peuplée qu'elle était vaste ; et on a dit qu'elle pouvait faire sortir ensemble dix mille combattants par chacune de ses portes ^ Qu'il y ait, si Ton veut,
1. Qui remplit l'esprit. Sur ce singulier, voy. sup., page 19, note 2.
2. Prenait pour modèles. Dès l'ancien empire, l'Kirypte était en possession d'un art merveilleux pour la sculpture et l'architecture. La statue de Khawrâ, retrouvée en 1860 par Mariette, eu est la preuve. Or Khawrâ, ou Khephrèn, appartient à la ive dynastie. Les portiques des temples de cette époque sont décorés de colonnes doriques du style le plus pur, et antérieures de deux mille ans pour le moins aux plus anciennes colonnes de cet ordre qui aient été élevées en Grèce. Les Grecs ont plus tard perfectionné leurs modèles, il est vrai ; au fini des lignes et de l'imitation matérielle, ils ont ajouté la contribution de l'idéal, et réalisé le type de la beauté. Toutefois ce que dit Bossuet reste vrai.
3. Diod., lib. I, sect. 2, n. 4. B. — Voy. sup., page 19, note 2.
4. Chantées par Homère. Voy. Hom, 7//«(/e, IX, 381 : » Thèbes d'Egypte, dont les palais regorgent de richesses: elle possède 100 portes, par chacune desquelles sortent 200 guerriers avec leurs chevaux et leurs chars. »
o. Pompon. .Mêla, lib. \, cap. ix. B. — Le fait a l'air de dire (jnelque chose, mais en réalité il ne dit rien. Il ne peut être question de 10 000 guerriers sortant de front par la même porte, ce qui nécessiterait des portes de 6 à 1 kilomètres de large au moins. S'ils n'étaient pas de front, comment étaientils? En files successives, apparemment. — Sur combien de front? — Bossuet ne le dit point, pas plus que son auteur. Du reste, la force d'une ville n'a jamais été en raison directe de la largeur de ses portes. Cela ue peut donc signifier qu'une chose : c'est que des corps de 10 000 hommes en colonnes sortaient par chacune de ses portes; et, comme il y en avait 100, Thèbes aurait eu 1 000 000 de soldats. Donc Bossuet, par amour du merveilleux, a répété légèrement un propos pour le moins exagéré.
de l'exagération dans ce nombre, toujours est-il assuré que son peuple était innombrable. Les Grecs et les Romains ont célébré sa magnificence et sa grandeur S encore qu'ils n'en eussent vu que les ruines : tant les restes en étaient augustes - !
Si nos voyageurs avaient pénétré ^ jusqu'au lieu où cette ville était bâtie, ils auraient sans doute encore trouvé quelque chose d'incomparable dans ses ruines, car les ouvrages des Égyptiens étaient faits pour tenir contre le temps. Leurs statues étaient des colosses *. Leurs colonnes étaient immenses ^ L'Egypte visait au grand, et voulait
i. Strab., lib. XVII; Tac, Arin. lib. II, c. lx. B. — Tacite dit : «... Thebarum magna vestigia. Et manebant slruclis molibus littetw JEgyptiœ,priorem opulentia^n coynplexx ; jussusque e senioribits sacerdotinn patrium serinonem interpretari, referebat habitasse quondam septingcnta milia .-etate militari. « Tacite semble confirmer, à 300 000 près toutefois, le témoignage de Pomponius. Mais le vieux prêtre égyptien peut très bien, pour ébahir Germanicus, avoir embelli la vérité.
2. Étaient augustes. Tous les voyageurs qui ont visité Karnak, depuis les soldats de Desaix jusqu'à Ampère, ont éprouvé le même sentiment : ils sont restés confondus. « Le spectacle que j'ai devant les yeux, dit Ampère [Voyage en Egypte et en Nubie, p. 361), surpasse tout ce que j'ai vu sur la terre. » — « Les Égyptiens, écrivait ChampoUion, concevaient eu hommes de 100 pieds de haut; et l'imagination, qui, en Europe, s'élance bien au-dessus de nos portiques, tombe impuissante au pied des 140 colonnes de la salle de Karnak, »
3. Si... avaient pénétré. La chose est faite aujourd'hui et les suppositions de Bossuet sont pleinement justifiées.
4. Des colosses. Par exemple, le grand sphinx qu'on voit dans la plaine de Gizeh, près des deux grandes pyramides, mesure, selon Ampère, 29 mètres de long, 25 mètres de haut. La tête seule, du menton au sommet, a 8 mètres.
5. Colonnes... immenses. Les colonnes de la grande salle de Karnak sont égales en grosseur à la colonne Vendôme, 3 m. 50, et au nombre de 134. Les plus hautes ont 23 mètres
frapper les yeux de loin, mais toujours en les contentant par la justesse des proportions *. On a découvert dans le Sayd (vous savez bien que c'est le nom de la Thébaïde) des temples et des palais presque encore entiers, où ces colonnes et ces statues sont innombrables *. On y admire surtout un palais® dont les restes semblent n'avoir subsisté que pour effacer la gloire de tous les plus grands ouvrages. Quatre allées ^ à perte de vue, et bornées de part et d'autre
d'élévation; les chapiteaux, 21 mètres de circonférence. La salle elle-même est longue de 103 mètres, large de ol. Elle est exactement ce qu'elle était il y a trois mille ans, à l'époque florissante des Rhamsès, sauf trois colonnes renversées dans un tremblement de terre par la chute d'un pylône voisin.
1. Des proportions. Depuis que nous connaissons l'Egypte, que tout a été relevé, dessiné, ce que Bossuet dit là de la justesse des proportions a été pleinement confirmé. L'art égyptien se recommande non seulement par la grandeur, mais encore par la science tinc et délicate des proportions.
2. Voyage imp., par M. Théveuot, B. — 11 s'agit ici du savant Melchisédech ïhévenot, qui publia (1663-1672) la relation d'un Voyage dans le Sayd, par deux missionnaires, les pères Protais et Ch.-Fr. d'Orléans. Ces religieux remontèrent jusqu'à l'endroit où fut Thèbes, visitèrent ses ruines, surtout celles de Louksor et de Karnak, et en firent une description, dont Bossuet s'est inspiré pour tout ce qu'il n'a pas trouvé dans les anciens. C'est sans doute le seul ouvrage moderne qu'il ait eu à sa disposition.
3. Un palais. La grande salle de Karnak, dont nous donnons plus haut les dimensions. Était-ce un palais? Etait-ce un temple? Ampère y voit un vaste lieu de réunion destiné sans doute à ces assemblées solennelles qu'on appelait panégyries.
4. Quatre allées. Palais ou temple, ce monument, agrandi par des constructions successives, œuvres d'une série de rois, finit par former avec elles un tout immense dont les diverses parties étaient rattachées entre elles, soit par de longues avenues de sphinx, soit par des portiques, soit par des temples.
par des sphinx* d'une matière aussi rare que leur grandeur est remarquable ,' servent d'avenues à quatre portiques dont la hauteur étonne les yeux. Quelle magnificence et quelle étendue ! Encore ceux qui nous ont décrit ce prodigieux édifice n'ont-ils pas eu le temps d'en faire le tour, et ne sont pas même assurés d'en avoir vu la moitié; mais tout ce qu'ils y ont vu était surprenant. Une salle, qui apparemment faisait le milieu de ce superbe palais, était soutenue de six-vingt colonnes de six brassées de grosseur, grandes à proportion, et entremêlées d'obélisques que tarit de siècles n'ont pu abattre *. Les couleurs mêmes, c'est-à-dire ce qui éprouve le plus tôt le pouvoir du temps, se soutiennent encore parmi les ruines de cet admirable édifice, et y conservent leur vivacité ^ : tant l'Egypte savait imprimei' le caractère d'immortalité à tous ses ouvrages ! Maintenant que le nom du Roi pénètre aux parties du monde les plus inconnues ^, et que ce prince
1. X'o7it pu abattre. Ce que Bossuet ne dit pas, ee qui n'a poiat frappé les missionnaires, ce sont les hiéroglyphes dont sont revêtus les murs et les colonnes de l'édifice et qui ont enfin livré leurs secrets. Ce sont les exploits des rois, des Rhamsès, des Thoutmosis, des Sethos : véritables épopées en bas-reliefs, en peintures admirablement conservées après trois mille ans ; de sorte que, aujourd'hui, on ne voit plus seulement Karnak, on le lit.
2. Leur vivacité. Grâce à la composition des couleurs, connue des Égyptiens, et aussi sans doute à l'influence d'un climat conservateur, les peintures des monuments égyptiens, après trois ou quatre mille ans, conservent une vivacité qui frappe tous les voyageurs.
3. Les plus inconnues. Publiées en 1681, ces lignes ont été écrites un an ou deux peut-être auparavant, c'est-à-dire au lendemain du traité de Nimègue, 1678, qui marque l'apogée du règne de Louis XIV. Le roi de France est à peu près l'arijitre de l'Europe. En 1680, le corps de ville de Paris décerne
étend aussi loin les recherches qu'il fait faire des plus heaux ouvrages de la nature et de l'art, ne serait-ce pas un digne objet de cette noble curiosité de découvrir les beautés que la Thébaïde * renferme dans ses déserts, et d'enrichir notre architecture des inventions de l'Egypte? Quelle puissance et quel art a pu * faire d'un tel pays la merveille de l'univers ? Et quelles beautés ne trouverait-on pas si on pouvait aborder la ville royale, puisque, si loin d'elle , on découvre des choses si merveilleuses ^? Il n'appartenait qu'à l'Egypte de dresser des monuments pour la postérité. Ses obélisques * font encore
solennellement au roi le titre de Louis le Grand, qui, déjà employé parfois sur les médailles, devient désormais de rigueur dans la langue officielle. A l'e.xtérieur, la prestige du roi s'étend dans le monde entier, grâce aux grandes Compagnies coloniales fondées par Colbert, pour l'Amérique, le Sénégal, Madagascar, les Indes orientales. Le roi de Siam envoie une ambassade en France, avec ses hommages et ses présents pour le roi.
1. La Thébaïde. Ce vœu de Bossuet a été depuis largement réalisé. L'Egypte est retrouvée, et à la France revient l'honneur principal de la découverte. C'est d'abord Bonaparte qui crée, en 1798, l'Institut d'Egypte et commence l'exploration. Quelque vingt ans plus tard, Champollion déchiffrait l'inscription trilingue du marbre de Rosette, un monument trouvé par la pioche de nos soldats, que les Anglais avaient transféré en Angleterre, mais sur lequel la perspicacité de leurs savants s'était exercée en pure perle. L'égyptologie était forulée. Puis sont venus les travaux des Letronne, des Ampère, des de Rougé. Mariette fonde le musée de Boulacq, attache son nom aux plus belles découvertes. Aujourd'hui, l'Egypte a son école française, comme Athènes et Rome.
2. Quelle puissance et i/wl art a pu. Sur le verbe au singulier malgré deux sujets apparents, voy. sup., page 19, note 2.
3. Si loiti d'elle. La ville royale n'était pas si loin que croyait Bossuet des ruines dont il a parlé : Karnak, Louqsor étaient jadis dans l'enceinte même de Thèbes.