‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 4)Chapitre 5 sur 153 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

Les doux chapitres consacrés aux Romains sont ceux qui laissent le moins à désirer. Mais (ju'ils sont loin encore de la vérité, et qu'ils satisfont mal ceux qui sont un peu au courant des résultats de la critique et de l'histoire modernes! Ce n'est pas il'ailleurs une étude historique que Bossuet a voulu faire, comme l'indique consciencieusement son titre; c'est un Discours sur l'histoire. Jamais titre ne fut plus justillé; Jamais auteur ne s'est mieux rendu justice. Pour toute la période royale, par exemple, Bossuet s'en rapporte aveuglément aux traditions suspectes dont se sont payés l'amour-propre et la vanité des écrivains du siècle d'Auguste. Les légendes les plus étranges trouvent grâce à ses yeux. Au lieu de pénétrer cette société à la lumière du droit romain, des institutions, des monuments authentiques, comme on procède aujourd'hui, il s'est tenu à la surface des choses, s'est arrangé de tous les lieux communs historiques, de toutes les légendes déclamatoires inventées dans les écoles par les rhéteurs et leurs élèves. Puis, avec ces matériaux suspects, oubliant que le peuple romain a accompli une évolution de douze siècles pendant laquelle il s'est plusieurs fois complètement transformé, supprimant la chronologie qui est comme la perspective de l'histoire, il brode sur le tout, il couvre tout des fleurs de sa rhétorique enchanteresse, et il crée de toutes pièces un peuple romain imaginaire, très idéal, mais parfaitement artificiel et qui n'a jamais existé. La période dite improprement républicaine, il la traite avec tous les préjugés et les erreurs de son temps. Sur le rôle constitutionnel du peuple, de la plèbe, des tribuns, des magistrats, du sénat, sur le sens des termes constitutionnels , sur Yimperiutn, la majestns, VaudorUas, ses idées sont à chaque instant ou inexactes, ou superficielles. Autre illusion. Pour Bossuet dans l'empire romain, il n'y a que des Romains, même à l'époque- où il n'y en a réellement plus. La population de Rome, quelques centaines de mille de citoyens, résume et absorbe seule son attention. Quant au reste du monde, les provinces et les soixante ou quatre -vingt millions d'individus qu'elles renferment, cela n'existe pas pour lui.

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