BiMux-arts. Par philosophie, Bossuet entend sans doute
guère de meilleurs soldats que les Chaldéens *. L'antiquité admire les riches moissons d'un pays que la négligence de ses habitants laisse maintenant sans culture ^; et son abondance le lit regarder, sous les anciens rois de Perse, comme la troisième partie d'un si grand empire ". Ainsi les rois d'Assyrie, enflés d'un accroissement qui ajoutait à leur monarchie une ville si opulente conçurent de nouveaux desseins. Nabuchodonosor l"' ^ crut son empire indigne de lui, s'il n'y joignait tout l'univers.
la haute culture en général, et surtout les sciences cosmologiques, en particulier l'astronomie dans laquelle les Chaldéens étaient en efTet très experts. Quant à l'art de la Chaldée, il était inférieur à celui de l'Egypte, pour la matière employée, pour les proportions, pour l'élégance. d. Xénoph., Cyrop., lib. III, IV. B.
2. Sans culture. La plaine de Babylone était jadis fertile lorsqu'on utilisait les immenses ressources de l'Euphrate pour l'irrigation des terres. Le fatalisme indolent des Turcs laisse tout dépérir.
3. Ilérod., lib. I, c. 192. B. — « Tout le territoire du grand roi, dit Hérodote, outre l'impôt, est partagé eu divers districts pour l'approvisionnement de sa maison et de son armée. Or, de douze mois dont l'année est composée, la Babylouie fait cette dépense pendant quatre mois, et celle des huit autres se répartit sur le reste de l'Asie. » Ses pâturages nourrissaient, sans compter les chevaux de guerre, huit cents étalons et seize mille cavales.
4. Nabuchodonosor !«■■. L'existence, et surtout la place de ce prétendu roi de Babylone ne sont rien moins que faciles à établir. Il y eut, du temps du premier empire assyrien, vers le xii« siècle, un roi de Babylone du nom de Nabou-koudouroussour l'^^, qui envahit deux fois r.\ssyrie; mais il ne peut être question de lui. Reste l'hypothèse, non pas d'un roi, mais d'un vice-roi de Babylone, deuxième fils de Assourakhè-idin (Assor-haddon) , qui se serait révolté contre son frère aine, Assour-han-habal (Sardarnapal) vers 667, et aurait été vaincu, pris et brûlé vif. .Mais ce prince s'appelait Saoulniassadd-youUin. Voy.Maspero, Hist. orac, p. 332, seq. Bossuet ici crée l'histoire.
Nabuchodonosor II ', superbe plus que tous les rois ses prédécesseurs, après des succès inouïs * et des conquêtes surprenantes, voulut plutôt se faire adorer comme un dieu que commander comme un roi. Quels ouvrages n'entreprit-il point dans Babyloneî Quelles murailles^, quelles tours, quelles portes, et quelle enceinte y vit-on paraître ! Il semblait que l'ancienne tour de Babel allait être renouvelée dans la hauteur prodigieuse du temple de Bel, et que Nabuchodonosor voulût de nouveau
1. Xabtichodonoso)' II. Eu chaldéen : Naboii-koudour-oussour, « Nabo, prolèpte la couronne ». Ce fut le héros de l'empire chaldéen. Il régna, d'après le canon de Ptolémée et les monuments, de 60i à 561. Celui-ci est un vrai roi de Babylone. Bossuet a l'air de l'ignorer et le confond avec les souverains assyriens de Ninive. Or, l'empire de Ninivc nexistait pltis. Déjà fort affaibli par une invasion de Scythes et de (Jimmériens, Nabou-bal-oussour , gouverneur de Babylone pour les Assyriens et le roi des Mèdes Kyaxarès, lui avaient porté le dernier coup.
2. Des succès inouïs. C'est peut-être beaucoup dire. On sait ■que Nabou-koudour-oussour fit des guerres nombreuses, mais •aucune inscription ne nous a révélé le détail et l'étendue de «es entreprises. Il détruisit le royaume de Juda, prit le roi iiedekiah, lit égorger ses fils et tons les magistrats de Juda «n sa présence,<lui fit crever les yeux et l'envoya à Babylone chargé de chaînes (.588). Il réduisit à l'obéissance les Arabes, les Phéniciens, les princes syriens. Il ne semble pas que ses <lernières entreprises contre rji,gypte aient réussi.
3. Quelles murailles. .Nabou-koudour-oussour fut en effet le roi constructeur, par excellence, ce que Ramsès II avait été pour lÉgypte. A ses gigantesques et innombrables travaux il employa les milliers de captifs syriens, juifs, é.;yptiens, arabes qu'il s'était procurés dans ses guerres. Il lit ou répara les canaux. Le grand mur de Babylone fut édifié à nouveau. On a retrouvé il y a quelques années, et déchiffré des inscriptions prodigieuses où sont éuumérés les travaux accomplis sous ce règne à Borsippa, à Larsam, à Our, à Babylone <;nfin. Les récits d'Hérodote sont confirmés, et son admiration justifiée.
menacer le ciel '. Son orgueil, quoique abattu par la main de Dieu -, ne laissa pas de revivre dans ses successeurs ^. Ils ne pouvaient souffrir autour d'eux aucune domination; et voulant tout mettre sous le joug, ils devinrent insupportables aux peuples voisins. Cette jalousie réunit contre eux. avec les rois de Médie et les rois de Perse, une grande partie des peuples de l'Orient. L'orgueil se tourne aisément en cruauté '. Gomme les rois de Babylone traitaient inhumainement leurs sujets, des peuples entiers,
J. Menacer le ciel. Bossuel traduit ici la Genèse (Gén., xi) avec son élégance et sa liberté ordinaires : Faciamus turrim fUjus cidmen pertingat ad cielum.
2. La main de Dieu. Allusion à une légende grotesque rapportée par Daniel. Après avoir déchaîné Nabou-koudour-oussour sur Jérusalem pour punir les Juil's de leurs infidélités, Jéhovah punit à son tour son serviteur le roi d'Assyrie : pendant sept ans, il fut changé en bête, avec grilles, poils, cornes, etc., brouta l'herbe des champs; puis, sa pénitence accomplie, il reprit forme humaine. Bossuet accepte les yeux fermés toutes ces billevesées orientales.
3. Ses successeurs sont au nombre de quatre : Avil-mardouk (Evilmérodach) .j61-oo9: Nirgal-sar-oussour (Nériglissor) 550- 566; Bel-labar-iskoun (Laborosoarchodj 3o6-5o:J; Nabou-nahid (Nabonid, ou Balthasar) 3oo-o38. Avec ce dernier finit la dynastie chaldéenne, par la prise de Babylq/ie, dont Cyrus s'empara, d'abord en détournant le cours de l'Euphrate, puis en profitant d'une fête que célébraient les assiégés.
4. En cruauté. Rien n'égale la férocité de ces souverains asiatiques : ils s'en vantent eux-mêmes, sur leurs inscriptions. « Les harnais, les armes, les trophées de ma victoire nageaient dans le sang des ennemis, comme dans une rivière, dit Sinakhé-irib, victorieux des Chaldéens. J'ai élevé comme un trophée des monceaux de cadavres dont j'ai coupé les extrémités des membres. J'ai mutilé tous ceux qui sont tombés vivants en mon pouvoir. Je leur ai coupé les mains. » Ailleurs, c'est Assour-ban-habal, qui fait brûler vif son frère, arracher la langue aux vaincus, les mutile, les jetle palpitants et par milliers dans les fossés où ils deviennent la proie des chiens, bêtes et oiseaux de proie.
aussi bien que des • principaux seigneurs de leur empire se joignirent à Cyrus et aux Mèdes ^ Babylone, tnip accoutumée à commander et à vaincre pour craindre tant d'ennemis ligués contre elle, pendant qu'elle se croit invincible, devient captive des Mèdes qu'elle prétendait subjuguer, et périt enfin par son orgueil.
La destinée de cette ville fut étrange, puisqu'elle périt par ses propres inventions. L'Eupbrate faisait à peu près dans ses vastes plaines le même effet que le Nil dans celles d'Egypte : mais, pour le rendre commode ^, il fallait encore plus d'art et plus de travail que l'Egypte n'en employait pour le Nil. L'Eupbrate était droit dans son cours, et jamais ne débordait *. Il lui fallut faire dans tout le
1. Des, pour de, ne s'emploie plus aujourd'hui devant un nom précédé d'un adjectif, à moins que l'adjectif ne fasse corps en quelque sorte avec le nom. Mais cette règle subtile n'existait pas pour les écrivains du xvn'^ siècle, et aujourd'hui encore l'instinct populaire est loin de s'y plier. Bossuet luimême, qui ne l'observe pas ici, en tient compte ailleurs : « Les doctes font de différentes supputations pour faire cadrer ce temps au juste. <> Voy. A. Chassang, Gramm. franc., cours complet, § 197.
2. Xcnoph., Cijrop., lib. III, IV. B. — Cyrus est proprement un roi des Perses. Les Mèdes, dont il est ici question, ont été vaincus et subjugués par lui. Maître du pays jusqu'à la mer Caspienne, il se tourne alors contre la Lydie et la Chaldée. 11 n'y a plus de roi des Mèdes en u38, et ce n'est pas des Mèdes que Babylone >< devient captive », mais de Cyrus, roi des Perses, des Mèdes, et du grand empire qu'il vient de fonder.