Commode. Voy. sup., page 32, note
4. Jamais ne débordait. L'Eupbrate et le Tigre, au contraire, sont des fleuves éminemment travailleurs. Au moment de la foQte des neiges, vers le commencement ou le milieu d'avril, ils grossissent outre mesure, débordent, inondent les plaines voisines et ne rentrent dans leur lit qu'en juin, au temps des plus fortes chaleurs.
pays un nombre infini de canaux, afin qu'il en pût arroser les terres, dont la fertilité devenait incomparable par ce secours. Pour rompre la violence ' de ses eaux trop impétueuses, il fallut le faire couler par mille détours, et lui creuser de grands lacs qu'une sage reine revêtit ^ avec une magnificence incroyable. Nitocris % mère de Labynilhe, autrement nommé Nabonide * ou Baltasar, dernier roi de Babylone, fit ces grands ouvrages. Mais cette reine entreprit un travail bien plus merveilleux : ce fut d'élever sur l'Euphrate un pont de pierre, afin ■que les deux côtés de la ville, que l'immense largeur de ce fleuve séparait trop, pussent communiquer ensemble. Il fallut donc mettre à sec une rivière si rapide et si profonde, en détournant ses eaux dans un lac immense que la reine avait fait •creuser. En même temps on bâtit le pont, dont les
1. Pour rompre la violence. Et surtout pour utiliser l'eau de l'Euphrate, en la retenant le plus longtemps possible dans la plaine au moyen de canaux d'irrigation multipliés à l'infini.
2. ReviUit. Terme d'architecture. Revêtir c'est recouvrir, comme d'un vêtement, un fossé, un parapet, soit avec des dalles, soit avec du gazon. Cf. Pcllisson, Lett. hist., t. I, p. 28 : « Vauban était d'avis de le raser; mais M. le prince sauva la vie à ce pauvre fort, et l'on résolut qu'au lieu de le raser, on le ferait revêtir. » Hérodote dit que Nitocris fit revêtir de belles pierres ces lacs et ces canaux.
3. Nitocris. Une des femmes de Nabou-ijal-oussour, laquelle, par un hasard étrange, porte dans la tradition classique le nom égyptien de Nitocris. C'est sous ses auspices que commença l'œuvre de réparation de la Chaldée, selon la légende populaire.
•4. Nu/jonide. Dernier roi de Babylone. Son nom véritable, dans la chronologie chaldécnne, est Nabou-nahid. 11 régna de u5o à 538. Malgré le concours de son fils, Bel-sar-oussour, il fut vaincu et pris par Cyrus, mais sut se concilier les bonnes grâces du vainqueur et devint même gouverneur de province au service de ses maîtres.
LES EMPIRES iOo
solides matériaux étaient préparés; et on revêtit lie briques les deux bords du fleuve jusqu'à une hauteur étonnante, en y laissant des descentes revêtues de même, et d'un aussi bel ouvrage que les murailles de la ville. La diligence du travail en égala la grandeur '. Mais une reine si prévoyante ne songea pas qu'elle apprenait à ses ennemis à prendre sa ville. Ce lut dans le même lac qu'elle avait creusé que Cyrus détourna l'Euphrate, quand, désespérant de réduire Babylone ni par force ni par famine, il s'y ouvrit des deux côtés de la ville le passage que nous avons vu tant marqué par les prophètes ^
Si Babylone eût pu croire qu'elle eût été ^ périssable comme toutes les choses humaines, et qu'une confiance insensée ne l'eût pas jetée dans l'aveuglement, non seulement elle eût pu prévoir ce que
1. Hérod., lib. I., c. 183, seq. B. — Celte description du pont de l'Euphrate est prise presque textuellement dans Hérodote.
2. AV..., ni. Sur cet emploi de la conjonction ni, Voy. sitp., page 79, note 1. Du reste, ici, à cause du verbe désespérant, dont elles dépendent, les deux conjonctions sont parfaitement négatives. C'est comme s'il y avait : Cyrus, convaincu qu'il ne réduirait Babylone ni par la force, ni par la ruse.
3. Des prophètes. Voir II« partie, le chap, iv, intitulé : Juf/ements de Dieu sur Nahiichodonosor, sur les l'ois ses successeurs et sur tout Vempire de Babylone. Bossuet y étale avec complaisance les prophéties d'Isa'ie et de Jérémie sur Babylone et sa chute prochaine.
4. Quelle eût été. On dirait aujourd'hui qu'elle fût. La concordance des temps et des modes est un des points de la syntaxe française qui se sont fixés le plus tard, et les règles aujourd'hui en vigueur n'ont guère été définitivement établies qu'au commencement du xix» siècle. Ou disait : « Elle n'a jamais voulu qu'il ait été saigné. » (Sévigné.) — « Ils n'ont pas voulu que nous soyons partis si tôt. » (M.) — Voy. A. Chassang, Gramm. franc., p. 330.
106 DISCOURS SLR l'iIISTOIRE UNIVERSELLE
iit Cyrus, puisque la mémoire d'un travail semblable était récente, mais encore, en gardant toutes les descentes, elle eût accablé les Perses dans le lit de la rivière où ils passaient. Mais on ne songeait qu'aux plaisirs et aux festins * : il n'y avait ni ordre ni commandement réglé. Ainsi périssent non seulement les plus fortes places, mais encore les plus grands empires. L'épouvante se mit partout : le roi impie fut tué ^ ; et Xénophon, qui donne ce titre ^ au dernier roi de Babylone *, semble désigner par ce mot les sacrilèges de Baltasar, que Daniel nous fait voir puni par une chute si surprenante ^. Les Mèdes '', qui avaient détruit le premier
1. Alix plaisirs et aux festins. Les Babyloniens, en effet, furent -victimes d'une surprise, au dire d'Hérodote (I, 191 ; mais Bossuel a tort de généraliser, et son accusation de mollesse à rencontre des assiégés n'est pas fondée. Ce qui est vrai, c'est qu'on célébrait une fête dans la ville; de là un relâchement dans la surveillance.
2. Le roi impie fut tué. Bossuet a l'air de croire que le roi de Bab-ilou était dans la ville. C'est son fils, Bel-sar-oussour qui défendait la capitale et qui péril elTectivement dans la bagarre. Quand à A'abou-nahid nous avons dit plus haut quel fut son sort. Il ne mérite nullement, d'ailleurs, les dédains que lui prodigue Bossuet. Depuis la défaite de Crésus, il avait prévu le danger et préparé énergiquement la résistance. Il essaya d'arrêter l'invasion à quelques kilomètres en avant de Bab-ilou. Vaincu, il courut s'établir à Barsip et laissa à son fils la défense de la capitale. Cette tactique était habile et digne d'un meilleur sorl. Voy. Maspero, Hist. anc, p. ;J20.