Consumait tout en peu de temps. Cf. Juvén., X
Credinius altos Di'feeisse amnes cpotaque flumina, Medo Prandente.
3. Étonnaient. Encore un de ces nombreux mots, qui ont beaucoup perdu de leur force primitive. 11 avait encore, au xvnc siècle, toute sa vigueur étj-mologique, du latin ex, tonare, ébranler comme par un coup de tonnerre. Cf. Bossuet, Louis de Bourbon : « On le vit étonner de ses regards étincelants ceux qui échappaient à ses coups. » — Montesquieu, Grand, etdécad., v : « La Grèce avait été bien étonnée par le premier Philippe. » — Et Corn., Théod., Il, \ti :
Va la voir de ma part, et tâche à rétODner.
4. Son Sésostris. Le pronom, ici, n'exprime pas seulement la possession. Il implique une ironie dédaigneuse à l'endroit de l'Egypte qui comptait sur son Sésostris, en était toute « superbe », et malgré cela est devenue sujette des Perses. Bossuet, avec ce simple pronom, a produit maintes fois des effets d'ironie, ou d'emphase oratoire. Cf. llist. univ., 1" partie, vi* ép. : « Jéroboam érigeant ses veaux. » — Ibidem, ix* ép. : « Tous ses amis l'abandonnent (Antoine) et même sa
Perses. Il ne leur fut pas malaisé de dompter l'Asie Mineure et même les colonies grecques, que la mollesse de l'Asie avait corrompues. Mais quand ils vinrent à la Grèce même, ils trouvèrent ce qu'ils n'avaient jamais vu, une milice réglée ', des chefs entendus *, des soldats accoutumés à vivre de peu, des corps endurcis au travail, que la lutte et les autres exercices ordinaires dans ce pays rendaient adroits, des armées médiocres ^ à la vérité, mais semblables à ces corps vigoureux où il semble que tout soit nerf *, et où tout est plein d'es-
Cléopâtre. » — Ibid., xi'' ép. : « Les Français, dégoûtes de leurs fainéants... • — Ibid., 11" partie, ch. vi : « Ses astrologues (de Babylone), eu qui elle croyait, et qui lui promettaient un empire éternel, ne purent la sauver de son vainqueur. ')
1. Une milice réglée. Ce que les Romains appelaient y«.?<M5 exercitua. une armée où rien u'est laissé au hasard, où tout est réglé scientifiquement, le recrutement, les armes, la tactique, par opposition aux bandes improvisées des Barbares, ou encore à ces cohues des rois de l'Orient.
2. Etifendus. Qui avaient l'intelligence de l'art militaire. Le mot entendement, au xvu"= siècle, désignait cette faculté de l'âme que les philosophes appellent aujourd'hui plus communément intelligence : de là le sens de l'adjectif entendu. Cf. La Bruy., XI : • Des hommes fins ou entendus. » — Fléchier, llist. de Théod., II, 16 : « Fort entendu au métier de la guerre. »
3. Médiocres. Sens du latin mediocris, lequel a pour racine médius, e\. signifie en elTet une sorte de juste milieu, ni trop, ni trop peu, sans qu'il s'y attache jamais de nuance défavorable, comme en français. Lidéal du bonheur, pour Horace, c'était Vaiirea mediocritas. Cf. Sévigné,18 mars 1671 : « Tachez, mon enfant, de vous accommoder un peu de ce qui n'est pas mauvais; ne vous dégoûtez point de ce qui n'est que médiocre. » — Fénel., Téléni., XII : « Une bonne terre, quoique médiocre en étendue. »
4. Oii il semble que tout soit nerf. Avec le sens du latin nervus. Dans l'ancienne anatomie, et alors que l'un n'avait pas fait la distinction des nerfs proprement dits, et déterminé le
prits ' ; au reste, si bien commandées et si souples * aux ordres de leurs généraux, qu'on eût cru que les soldats n'avaient tous qu'une même âme, tant on voyait de concert ^ dans leurs mouvements.
Mais * ce que la Grèce avait de plus grand était une politique ^ ferme et prévoyante, qui savait
rôle vrai de la matière nerveuse, on donnait le nom de nerfs aux liij;amenls et aux tendons. Le nerf, par conséquent, c'était la force. Cette illusion, venue du latin, a passé dans le langage populaire. Cf. Sévigné, "3 août 1676 : « Ils (les ennemis) ont été tellement frappés de la frayeur que leur a donnée le canon, que les nerfs du dos qui servent à se tourner, et ceux qui font remuer les jambes pour s'enfuir, n'ont pu être arrêtés par la volonté d'acquérir de la gloire. »
d. Esprits. Corps légers et subtils qu'une certaine physiologie a longtemps considérés comme les principes de la vie animale et de la transmission des mouvements dans le corps. Cf. .Sévigné, 201 : » M. de Turenne reçut le coup au travers du corps : vous pouvez penser s'il tomba et s'il mourut; cependant le reste des esprits fit qu'il se traîna la longueur d'un pas, et que même il serra la main par convulsion, et puis on jeta un manteau sur son corps. »
2. Souples. Dociles aux ordres dirait la même chose; l'expression de Bossuet, par le moyen de l'image, l'exprime, la peint, la fait voir aux yeux.
3. Concert. Accord harmonieux des parties, qui se sentent solidaires et se dévouent à l'ensemble. Il est difficile de peindre mieux que ne fait ici Bossuet l'organisation savante des armées qui ont vaincu à Marathon, à Platées, ou qui ont opéré la retraite des Dix Mille.
4. Mais. Bossuet vient de décrire successivement la milice des Perses et celle des Grecs. Il pourrait les mettre immédiatement aux prises; mais il sait que les revers et les succès, à la guerre, tiennent aussi beaucoup à l'état des esprits, des mœurs, en un mot de la civilisation tout entière des peuples. Voilà pourquoi il va d'abord insister sur les mœurs et les institutions nationales de la Grèce. Rien de plus logique que ce plan.
5. Une politique. Dans le sens du grec îto).iTÉ!a : science et art de l'administration des sociétés. — Le tort de cette expression, la Grèce, est d'être trop générale et de faire croire à quelque chose de réel, tandis que c'est bien plutôt une
abandonner, hasarder et défendre ce qu'il fallait; et, ce qui est plus grand encore, un courage que l'amour de la liberté et celui de la patrie rendait invincible '.
Les Grecs, naturellement pleins d'esprit et de courage, avaient été cultivés * de bonne heure par des rois et des colonies venues d'Egypte ^ qui, s'étant établies dès les premiers temps en divers endroits du pays, avaient répandu partout cette excellente police * des Égyptiens. C'est de là qu'ils avaient appris ^ les exercices du corps, la lutte, la course
liclion. 11 y a Ijiea des Grecs, ilans l'histoire; il y a les Athéniens, les Spartiates, les Thébains, les Macédoniens; il n'y a pas la Grèce. Les races dorieunes, pclasgiques, ioniennes étaient divisées, hostiles entre elles, n'ont jamais dans aucun cas agi de concert. Les invasions mêmes de Darius et de Xerxès n'ont pas été capables de provoquer un soulèvement collectif, un elTort unanime. Les Ioniens, les Thessaliens, les Béotiens, ou restèrent neutres, ou combattirent sous les drapeaux du grand roi.
1. Rendait invincible. Sur le verbe au singulier avec plusieurs sujets, voy. sup., page 19, note 2.
2. Ciillicc's. Rien de plus fréquent, ni de plus conforme à l'étymologie, colère, cultus, cultura,' que l'emploi métaphorique des mots culture, cultiver, dans le sens moral, tf. Bossuet, Ilist., m, 3 : « Il n'y a rien de suivi dans les conseils de ces nations sauvages et mal cultivées. »
3. Venues iVÉgypte. Bossuet interprète ici avec beaucoup trop de confiance les légendes absolument fabuleuses d'après lesquelles les Égyptiens Danaiis et Cécrops seraient venus de Ghemmis et de Sais coloniser la Grèce. Rien n'est moins historique, rien n'est plus contredit par les faits, qu'une influence quelconque exercée par la civilisation égyptienne sur le génie hellénique. Religion, mœurs, institutions civiles et politiques, tout est dilTérent. L'Egypte et la Grèce sont deux mondes tout à fait distincts.
4. Police. Sur le sens de ce mot, voy. sup., page 33, note 4.
5. C'est de là qu'ils avaient appris. Bossuet semble dire le contraire plus haut, d'après Hérodote (voy. sup., page 75, note 6) ; et il était alors dans le vrai. Les exercices du corps
à pied, la course à cheval et sur des chariots, et les autres exercices qu'ils mirent dans leur perfection par les glorieuses couronnes des Jeux Olympiques ' . Mais ce que les Égyptiens leur avaient appris de meilleur, était à se rendre dociles -, et à se laisser former par les lois pour le bien public. Ce n'était pas des particuliers qui ne songent qu'à leurs affaires, et ne sentent les maux de l'État qu'autant qu'ils en souffrent eux-mêmes, ou que le repos de leur famille en est troublé : les Grecs étaient instruits à se regarder , et à regarder leur famille comme partie d'un plus grand corps qui était le corps de l'État ^. Les pères nourrissaient * leurs enfants dans cet esprit; et les enfants apprenaient
ont été en honneur chez tous les peuples connus de l'antiquité, mais chacun avait ses exercices préférés et pour ainsi dire nationaux. Xénophon pendant la retraite des Dix Mille assiste à des jeux exécutés par les Barbares chez qui il passait, Éniens, Mysiens, Magnètes, Thraces. Les Égyptiens, loin de pouvoir revendiquer le monopole et la découverte, sont loin d'avoir eu pour ces exercices la même passion que les Grecs,