Policés. Voy. siip., page 35, note
2. Se formèrent en répiiblit/ues. Le régime monarchique, ce que les Grecs appelaient TupavvEta, est la forme primitive de tous les gouvernements. C'est par là que les sociétés anciennes ont commencé; mais presque toutes, frappées des inconvénients immédiats du système, le supprimaient pour lui substituer soit l'arislocratie. soit la démocratie, quelquefois la démagogie; souvent, dans ces petites cités grecques, toutes ces formules politi([ues étaient en conflit, et il en résultait une pleine anarchie. Pour beaucoup, c'était l'état normal. Il faut savoir gré à Bossuet de la discrétion avec laquelle il expose, sans la condamner, explicitement la situation des républiques grecques. Évidemment, la forme républicaine n'est pas de son goût, lui, le théoricien de la monarchie absolue, le champion du droit divin des rois et de l'obéissance passive des peuples.
3. Un Thaïes. Un, ici, est emphatique, admiratif : un homme tel que Thaïes, de la valeur de Thaïes. On dirait en latin : Thaïes ille. — Thaïes, de IMilet, nn des sept sages de la Grèce, ainsi que Pittacus, de Mitylène, Solon, d'Athènes, que Bossuet nomme ici. Ils vivaient au vi^ siècle av. J.-G. Pythagore est le chef de l'école italique, bien qu'il fût né à Samos. Lycurgue est le législateur de Sparte, le sixième descendant du chef dorien Aristodème. Philolas, ou plutôt Philolaos, né à Crotone ou à Tarente, pythagoricien, résuma les doctrines du maître sur le monde, la nature et l'àme.
4. Sivipleinent écrites. Toutes ces législations primitives étaient rédigées en formules simples, concises et claires. On le voit par ce qui nous reste de la loi romaine des Douze Tables.
L'idée de liberté •, qu'une telle conduite inspirait, était admirable. Car la liberté que se figuraient les Grecs était une liberté soumise à la loi, c'est-à-dire à la raison même reconnue par tout le peuple ^ Ils ne voulaient pas que les hommes eussent du pouvoir ^ parmi eux. Les magistrats, redoutés durant le temps de leur ministère, redevenaient des particuliers qui ne gardaient d'autorité qu'autant que leur en donnait leur expérience. La loi était regardée comme la maîtresse : c'était elle qui établissait les magistrats, qui en réglait le pouvoir, et qui enfin châtiait leur mauvaise administration *.
Il n'est pas ici question d'examiner si ces idées sont aussi solides que spécieuses ^ Enfin la Grèce
1. L'idée de liberté. Sur la liberté et l'idée que les Grecs s'en faisaient. Yoy. sup., page 126, note 3.
2. La raison même reconnue par tout le peuple. 11 est difficile, même aujourd'hui, après 1189, de donner une dclinition plus haute et plus juste de la vraie liberté politique, de la loi, de la souveraineté nationale. Ce que la raison publique et la sagesse collective de la nation ont décidé, voilà la loi. La vraie liberté n'est pas amoindrie par son autorité, et le patriotisme éclairé n'en connaît pas d'autre.
3. Eiisse7it du pouvoir : par eux-mêmes, s'entend. Toute leur autorité devait tenir à la magistrature dont ils étaient revêtus, et nullement être attachée à leur personne. C'eût été alors la tyrannie.
4. Administration. La loi présidait à l'élection des magistrats, déterminait leurs attributions, limitait leur compétence, et les attendait à leur sortie de charge en cas de mauvaise administration.
o. Spécieuses. Le tableau qui précède, de la cité antique, de la cité grecque surtout, est vrai de tout point. Bossuet l'a peint avec une sorte d'all'ection admiratrice; mais c'était une surprise; l'admiration lui a échappé. Il se repent bien vite, et fait amende honorable à son temps et à la monarchie de droit divin, surtout à Louis XIV qui a dit, aux applaudissements de Bossuet : « L'État, c'est moi. »
on était charmée ', et préférait les inconvénients de la liberté à ceux de la sujétion légitime ^, quoiqu'en effet beaucoup moindres. Mais comme chaque forme (le gouvernement a ses avantages, celui que la Grèce tirait du sien était que les citoyens s'affectionnaient d'autant plus à leur pays qu'ils le conduisaient en commun, et que chaque particulier pouvait parvenir aux premiers honneurs ^
Ce que fit la philosophie * pour conserver l'État de la Grèce n'est pas croyable. Plus ces peuples étaient libres, plus il était nécessaire d'y établir par de bonnes raisons ^ les règles des mœurs et celles de la société. Pythagore , Thaïes , Anaxagore, Socrate, Archytas, Platon, Xénophon, Aristote et une infinité d'autres remplirent la Grèce de ces beaux préceptes. Il y eut des extrava-
1. Charmée, semble plutôt pris ici dans le sens propre de subir une sorte d'action magiciue par le moyen d'un charme.
2. Sujétion légitime. Bossuet semble vouloir désigner ici la condition des Français de son temps sous la monarchie; mais légitime, de sa part, ne saurait vouloir dire que la monarchie était réglée par les lois, puisqu'elle l'était en réalité par le bon plaisir d'un monarque absolu, et irresponsable, sauf devant sa conscience, devant son confesseur et devant Dieu.
3. Aux premiers honneurs. C'est cet état d'égalité devant la loi que les Grecs appelaient '.7ovo[j.{a. Toutefois, s'il existait à .Athènes, au moins depuis Sidon, les autres cités grecques étaient pour la plupart beaucoup plus aristocratiques.
■i. La philosophie. Dans le sens largement compréhensif (ju'avait le mot dans l'antiquité, oii il désignait tous ceux qui aimaient et cultivaient la science sous toutes ses formes. Le gouvernement, disait Platon {Rép., VU" liv.), doit être aux mains de ceu.x qui excellent dans la philosophie : Sa^déa;.... Toù; èv cî'.Aoao'JÎa ysyovÔTa; àpiTTOvi;.
5. Par de bonnes raisons. La morale de Platon, comme de Socrate son maître, reposait sur cette idée que l'homme est mauvais, non par nature, mais par ignorance. De là, la vertu érigée en science et en art.
ioU DISCOURS SUR l'histoire UNIVERSELLE
gants * qui prirent le nom de philosophes, mais ceux qui étaient suivis étaient ceux qui enseignaient à sacrifier l'intérêt particulier, et même la vie, à l'intérêt général et au salut de l'État; et c'était la maxime la plus commune des philosophes, qu'il fallait ou se retirer des affaires publiques, ou n'y regarder que le bien public ^
Pourquoi parler des philosophes? Les poètes mêmes, qui étaient dans les mains de tout le peuple, les instruisaient ^ plus encore qu'ils ne les divertissaient. Le plus renommé des conquérants * regardait Homère comme un maître qui lui apprenait à bien régner. Ce grand poète n'apprenait pas moins à bien obéir, et à être bon citoyen ^ Lui et tant d'autres
1. Des extravagants. Les sophistes, entre autres, dont le tort fut de professer que tous les procédés sont bons, qui mènent au succès, et que la fin justifie les moyens, lis n'élaicnt pas les moins suivis, quoi qu'en dise Bossuet, comme lo prouvent et leurs succès prodigieux devant l'opinion publique, et la condamnation qui frappa Socrale, leur courageux adversaire.
2. Publiques,... public. Bossuet ici, a oublié de prendre Toreillc pour guide.
3. Les instruisaient. Sans parler des poètes de l'époque légendaire, Orphée, Musée, Linus, qui tous furent des civilisateurs du genre humain, il est à remarquer que Homère, Hésiode, Solou, Tyrtée, Pindare, Eschyle sont des maîtres de vertu plus encore que de poésie. Horace a consacré une de ses plus belles épîtres {Ep. H, 2) à démontrer l'excellence morale de Vlliade et de VOdyssée. Selon lui, Homère enseigne ce qui est bien, ce qui est mal, mieux que les plus graves philosophes du Portique.
4. Le plus renommé des conquérants. Il s'agit d'Alexandre, qui avait fait exécuter par Aristote une édition d'Homère à sou usage, réditiou de la cassette, qu'il portait partout avec lui, véritable livre de chevet, livre inséparable, qui le suivit dans ses plus lointaines expéditions.