Sur l'Asie. L'Iliade et YOdys.->ée étaient pour les Grecs
avec l'amour conjugal, Mercure avec l'éloquence, Jupiter et la sagesse politique *. Du côté de l'Asie était Mars impétueux et brutal, c'est-à-dire la guerre faite avec fureur; du côté de la Grèce était Pallas, c'est-à-dire l'art militaire et la valeur conduite par l'esprit. La Grèce, depuis ce temps, avait toujours cru que l'intelligence et le vrai courage était * son partage naturel. Elle ne pouvait souffrir que l'Asie pensât à la subjuguer; et, en subissant ce joug, elle eût cru assujettir la vertu à la volupté, l'esprit au corps, et le véritable courage à une force insensée qui consistait seulement dans la multitude.
La Grèce était pleine de ces sentiments, quand elle fut attaquée par Darius, fils d'Hystaspe, et par Xerxès, avec des armées dont la grandeur parait fabuleuse ^, tant elle est énorme. Aussitôt chacun se prépare à défendre sa liberté. Quoique toutes les villes de Grèce fissent autant de républiques, l'intérêt commun les réunit ^, et il ne s'agissait entre
des épopées éminemment nationales, et c'était un attrait de plus qui s'ajoutait aux charmes de la poésie.
1. La sagesse politique. 11 ne faudrait pas attacher trop d'importance à cette répartition des dieux entre les deux adversaires. Vénus, en réalité, partageait ses faveurs très libél'alement. Achille, Agamemnon, Paris y avaient grande part. Les Troyens avaient pour eux Phœbus Apollon, le dieu de la lumière, de la poésie, des arts, de l'éloquence. Ils résistèrent dix ans aux efTorts de toute la Grèce conjurée.
2. Était. Encore un accord par syllepse. Voy. sup., page 19, note 2.
3. Fahuleuse. 11 est impossible de déterminer, même approximativement, le chilïre de l'armée de Xerxès. Hérodole raconte que le défilé sur les deux ponts de bateaux dura sept jours et sept nuits.
4. L'intérêt commun les réunit. Grave inexactitude. Les Grecs, même en face du danger, ne purent s'entendre. D"abord, tous ceux d'Asie, soit de gré, soit de force, marché-
elles que de voir qui ferait le plus pour le bien public. 11 ne coûta rien aux Atbéniens ' d'abandonner leur ville au pillage et à l'incendie; et, après qu'ils eurent sauvé * leurs vieillards et leurs femmes avec leurs enfants, ils mirent sur des vaisseaux tout ce qui était capable de porter les armes. Pour arrêter quelques jours l'armée persienne à un passage difficile ^, et pour lui faire sentir ce que c'était que la Grèce, une poignée de Lacédémoniens courut avec son roi à une mort assurée \ contents en mou-
rent sous les drapeaux de Xerxès. En Grèce, les peuples de la Thessalie et de la Doride, les Locriens, Thèbes et toute la Béotie à l'exception de The^pies et de Platées, se soumirent à la première sommation. Dans le Péloponnèse même, les Arpiens et les Achéens inventèrent de mauvaises raisons pour se tenir à l'écart. La Crète, Corcyre refusèrent leur concours. Gélon de Syracuse promit le sien, à condition qu'il commanderait ou l'armée ou la flotte, ce qui équivalait à un refus. Que restait-il donc pour arrêter l'invasion? Sparte et surtout Athènes. Voilà comment « l'intérêt commun réunit » les Grecs.
1. Athéniens. A eux revient, en première ligne, l'honneur d'avoir sauvé la Grèce et en même temps la civilisation. Hérodote le reconnaît et le proclame. « Cette opinion, dit-il, pourra déplaire à beaucoup de monde; mais je ne puis la taire parce que je la crois vraie. »
2. Sauvé. Ils les firent passer dans la petite île de Salamine, où ils étaient relativement en sûreté, grâce à la flotte grecque qui devait quelques jours plus tard, dans ce détroit même, avoir raison des Asiatiques.
3. Un passar^e difficile. Les Thermopyles, aujourd'hui Lycostomos, défilé de la Grèce (Locride Epicnémidienne), entre l'extrémité abrupte de la chaîne de TŒta et la mer ou plutôt un marais qui s'étend jusqu'au golfe Maliaque. C'est le passage de Thessalie en Locride. 11 a de 6 à 7 kilomètres en longueur, et, en certains endroits, moins de 10 mètres de large. Sur le mot persienne. Voy. inf., page 137, note 2.
4. Courut avec son roi. Léonidas, roi de Sparte, avait été chargé d'arrêter, ou, tout au moins, de retarder l'invasion, et il s'était posté aux Thermopyles avec une petite armée com-
rant ' d'avoir immolé à leur patrie un nombre infini de ces Barbares, et d'avoir laissé à leurs compatriotes l'exemple d'une hardiesse inouïe *. Contre de telles armées et une telle conduite ^, la Perse se trouva faible, et éprouva plusieurs fois, à son dommage, ce que peut la discipline contre la multitude et la confusion, et ce que peut la valeur conduite avec art contre une impétuosité aveugle.
Il ne restait à la Perse, tant de fois vaincue, que de mettre la division parmi les Grecs ; et l'état même où ils se trouvaient par leurs victoires rendait cette entreprise facile ''. Comme la crainte les tenait unis, la victoire et la confiance rompit l'union ^ Accou-
posée, outre les 300 Spartiates, de 1000 Tégéates et Mantinéens, 120 Orchoméniens, 1000 hommes du reste de l'Arcadie, 400 de Coriûthe, 200 de Phlionte, 80 de Mycènes, 700 Thespiens, 400 Tliébains, 1000 Phocidiens, et toutes les forces des Locriens Opuntiens : le tout montait au moins à 6000 hommes. Les Perses n'eussent jamais passé, sans la trahison d'Ephialte qui leur indiqua un chemin de montagne par où ils purent tourner la petite armée grecque. C'est alors que Léonidas fit ou laissa partir tous les alliés, sauf les Thespiens et les Thébains, et s'apprêta à mourir avec eux en vendant chèrement sa vie.
1. Co?itents. Sens du latin contenti : il leur suffisait d'avoir immolé à leur patrie un nombre infini de Barbares.
2. Hardiesse inouïe. Le fait d'armes est en elTet héroïque, admirable, et la Grèce est excusable de l'avoir enveloppé dans une sorte de légende. Au grand roi qui lui demandait de livrer ses armes : « Viens les prendre », répondit le Spartiate. A un Grec qui, à l'approche de l'ennemi, accourut en s'écriant : <■ Les Perses sont près de nous », il répondit froidement : « Dis que nous sommes près d'eux. » Avant le dernier engagement, il fit prendre un léger repas à ses soldats : « Ce soir, leur dit-il, nous souperons chezPluton. »