Plat., De leg., lib. III. B
5. Rompit l'union. Sur le verbe au singulier avec deux ou plusieurs sujets, voy. sup., page 19, note 2.
tumés à combattre et h vaincre, quand ils crurent n'avoir plus à craindre la puissance des Perses, ils se tournèrent les uns contre les autres. Mais il faut expliquer un peu davantage cet état des Grecs * et ce secret de la politique persienne ^.
Parmi toutes les républiques ' dont la Grèce était composée, Athènes et Lacédémone étaient sans comparaison les principales. On ne peut avoir plus d'esprit * qu'on en avait à Athènes, ni plus de force qu'on en avait à Lacédémone. Athènes voulait le
1. Cet état des Grecs. C'est-à-dire la constitution même de ce qu'on ai)pelait la Grèce, en général, morcelée en une foule de cité3 particulières, jalouses, rivales, et souvent ennemies l'une de l'antre. Les Perses ont vu bien vite par où la Grèce était vulnérable; vaincus sur les champs de bataille, ils ont pris une revanche complète sur le terrain diplomatique : diviser leurs ennemis par l'appàt de l'ambition et par l'or, puis exploiter ces divisions, tel fut le secret de cette politique du grand roi, dont les Grecs furent victimes.
2. Persienîie. Au lieu de perse, ou persan. Le latin, ne possédant en se sens que persa et persiciis, ne pouvait donner persien, persienne, qui sont des mots mal formés, dérivés avec barbarisme.
3. Républiques. Le mot cités serait plus juste : il n'y avait pas autre chose en Grèce que des cités, tout au plus des ligues ou confédérations de cités, indépendantes, groupées et rattachées par une sorte de lien fédéral toujours très lâche, en vue d'un intérêt commun. Quant au terme dont se sert Bossuet, tes républiques, c'est la traduction du latin res ptiblica, qui signifie société politique et ne préjuge rien sur la forme du gouvernement qui pourra, comme cela se passait en Grèce, être monarchique, aristocratique, démocratique, sans compter les nuances intermédiaires.
4. Plus d'esprit. Il s'agit de l'intelligence en général; c'est par là, en effet, que se recommandaient les Athéniens, et ce trait forme une antithèse très juste avec la force, physique et morale, qui caractérise également bien Lacédémone. Le . commentaire de ces paroles se trouve admirablement exposé dans le discours funèbre que Thucydide met dans la bouche de Périclès, liv. II, ch. xxxv et suiv.
plaisir ; la vie de Lacédémone était dure et laborieuse. L'une et l'autre aimaient la gloire et la liberté ; mais à Athènes la liberté tendait naturellement à la licence ' ; et contrainte par des lois sévères, à Lacédémone, plus elle était réprimée au dedans, plus elle cherchait à s'étendre en dominant au dehors. Athènes voulait aussi dominer, mais par un autre principe. L'intérêt se mêlait à la gloire. Ses citoyens excellaient dans l'art de naviger ^; et la mer, où elle régnait, l'avait enrichie. Pour demeurer seule maîtresse de tout le commerce, il n'y avait rien qu'elle ne voulût assujettir ^; et ses richesses, qui lui inspiraient ce désir, lui fournissaient le moyen de le satisfaire. Au contraire, à Lacédémone, l'argent était méprisé "*. Comme toutes ses lois tendaient à
1. La licence. Fort juste. Passionné pour l'égalité, inca- . pable de supporter la supériorité du talent, le peuple athénien confondit trop souvent la démocratie avec la démagogie. Miltiade, Thémistocle, Aristide, Périclès, Socrate, tous les plus grands citoyens d'Athènes furent plus ou moins victimes des jalousies d'en bas. La fibre populaire prenait ombrage du génie même, du mérite, de la vertu.
2. Navit^e?; au lieu de naviguer, était la forme préférée au xvu« siècle. « Tous les gens de mer disent naviguer; mais à la Cour on dit naviger, et tous les bons auteurs récrivent ainsi. « (Vaugelas.) Voy. La Font., Fiancée :
Fa(;on de naviger nouvelle.
— Montesquieu [Grand, et Décad., iv) écrit encore : « Les anciens, n'ayant pas de boussole, ne pouvaient guère naviger que sur les côtes. »
3. Assujettir. Athènes, où le chiffre des citoyens ne dépassait guère vingt mille, avait un empire colonial considérable, de plusieurs millions de sujets.
4. L'argent était méprisé. Les lois de Lycurgue ne proscrivaient pas plus la pauvreté que la richesse . Lycurgue voulait qu'il n'y eût dans sa cité ni riches ni pauvres, mais que tous fussent à l'aise. Pour étabhr l'égalité complète
en ' faire une république guerrière, la gloire des armes était le seul charme dont les esprits de ses citoyens lussent possédés '. Dès là ^ naturellement elle voulait dominer; et plus elle était au-dessus de l'intérêt, plus elle s'abandonnait à l'ambition.
Lacédémone, par sa vie réglée, était ferme dans ses maximes et dans ses desseins. Athènes était plus vive, et le peuple y était trop maître \ La philosophie et les lois faisaient, à la vérité, de beaux effets
entre tous les Spartiates, il partagea toutes les terres en 9.000 lots, juste autant qu'il y avait de citoyens et interdit que ces lots fussent jamais vendus. Ea défendant l'or et l'argeut, ce n'était pas la richesse qu'il prohibait, mais le signe de la richesse, à cause de l'abus qu'on en pourrait faire pour le luxe et les arts, qu'il proscrivait également, ainsi que les lettres et le commerce. Du reste, dans un pareil État, essentiellement agricole, l'or et l'argent monnayés étaient à peu près inutiles.