‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 32 sur 110 · VIII. CYRUS, OU LES JUIFS RÉTABLIS · texte numérisé non relu

VIII. CYRUS, OU LES JUIFS RÉTABLIS

douze cents vaisseaux. Léonidas , roi de Sparte, qui n'avoit que trois cents hommes, lui en tua vingt mille au passage des Thermopyles, et périt avec les siens ai. Par les conseils de Thémistocle, athénien, l'armée navale de Xerxès est défaite la même année, près de Salamine. Ce prince repasse FHellespont avec frayeur; et, un an après6, son armée de terre, que Mardonius commandoit, est taiMée en pièces auprès de Platée, par Pausanias, roi de Lacédémone, et par Aristide, athénien, appelé le Juste. La bataille se donna le matin; et le soir de cette fameuse journée, les Grecs Ioniens, qui avoient secoué le joug des Perses, leur tuèrent trente mille hommes dans la bataille de Mycale, sous la conduite de Léotychides. Ce général, pour encourager ses soldats, leur dit que Mardonius venoit d'être défait dans la Grèce. La nouvelle se trouva véritable , ou par un effet prodigieux de la renommée, ou plutôt par une heureuse rencontre; et tous les Grecs de l'Asie mineure se mirent en liberté. Cette nation remportait partout de grands avantages; et un peu auparavant, les Carthaginois, puissants alors, furent battus dans la Sicile, où ils vouloient étendre leur domination, à la sollicitation des Perses. Malgré ce mauvais succès, ils ne cessèrent depuis de faire de nouveaux desseins sur une île si commode à leur assurer l'empire de la mer, que leur république affectoit. La Grèce le tenoit alors; mais elle ne regardoit que l'Orient et les Perses. Pausanias venoit d'affranchir i'ile de Chypre de leur joug c, quand il conçut le dessein d'asservir son paysd. Tousses projets furent vains, quoique Xerxès lui promît tout : le traître fut trahi par celui qu'il aimoit le plus, et son infâme amour lui coûta la viee. La même année Xerxès fut tué par Artaban, son capitaine des gardes5, soit que ce perfide voulût occuper le trône de son maître, ou qu'il craignît les rigueurs d'un prince dont il n'avoit pas exécuté assez promptement les ordres cruels. Artaxerxe, à la longue main, son fils, commença son règne, et reçut, peu de temps après, une lettre de Thémistocle, qui, proscrit par ses citoyens, lui oifroit ses services contre les Grecs K 11 sut estimer, autant qu'il devoit, un capitaine si renommé, et lui fit un grand établisse-

a Av. J.-C. 480 ans. R. — b 479 ans. B. — c 477 ans.B. — d 47G ans. B. ou 477 ans. Bénéd. — e 474 ans. B. ou 477 ans. Bé.néd. — f 473 ans. B. ou 471 ans. Bénéd.

1 On peut regretter que Bossuet n'ait pas caractérisé par un des traits familiers à son génie le dévouement sublime de Léonidas. Voy. le Voyagé d'Anacharsis, introduction, art. il, g 2. — * Arist., Polit, lib. v, c. t B-

ment, maigre la jalousie des satrapes. Ce roi magnanime protégea le peuple juif a 1 ; et dans sa vingtième année, que ses suites rendent mémorable , il permit à Néhémias de rétablir Jérusalem avec ses murailles62. Ce décret d'Artaxerxe diffère de celui de Cyrus, en ce que celui de Cyrus regardoit le temple, et celui-ci est fait pour la ville. A ce décret, prévu par Daniel , et marqué dans sa prophétie3, les quatre cent quatre-vingt-dix ans de ses semaines commencent. Cette importante date a de solides fondements. Le bannissement de Thémistocle est placé , dans la chronique d'Eusèbe , à la dernière année de la soixante-seizième olympiade, qui revient à Tan 280 de Ptome. Les autres chronoîogistes le mettent un peu au-dessous : la différence est petite, et les circonstances du temps assurent la date d'Eusèbe. Elles se tirent de Thucydide, historien très-exact ; et ce grave auteur, contemporain presque aussi bien que concitoyen de Thémistocle, lui fait écrire sa lettre au commencement du règne d'Artaïerxe*. Cornélius Népos, auteur ancien et judicieux autant qu'élégant , ne veut pas qu'on doute de celte date après l'autorité de Thucydide6 : raisonnement d'autant plus solide, qu'un autre auteur plus ancien encore que Thucydide s'accorde avec lui. C'est Charon de Lampsaque, cité par Plutarque6; et Plutarque ajoute lui-même que les annales, c'est-à-dire celles de Perse, sont conformes à ces deux auteurs. Il ne les suit pourtant pas, mais il n'en dit aucune raison ; et les historiens qui commencent huit ou neuf ans plus tard le règne d'Àrtaxerxe, ne sont ni du temps ni d'une si grande autorité. Il paroît donc indubitable qu'il en faut placer le commencement vers la fin de la soixante-seizième olympiade , et approchant de l'année 280 de Rome , par où la vingtième année de ce prince doit arriver vers la fin de la quatrevingt-unième olympiade , et environ l'an 500 de Rome. Au reste, ceux qui rejettent plus bas le commencement d'Artaxerxe, pour concilier les auteurs, sont réduits à conjecturer que son père l'avoit du moins associé au royaume quand Thémistocle écrivit sa lettre; et, en quelque façon que ce soit, notre date est assurée. Ce fondement étant posé, le reste du compte est aisé à faire, et la suite le rendra sensible. Après le décret d'Ataxerxe , les Juifs travaillèrent à rétablir leur viDo et ses mu-

° Av. i.-C. 467 ans. B. — » 454 ans. 15.

1 / Esdr., vu, vm. — 2 Ma.., i, l,vi, 5; II Fsdr., u, 1, 2. — 3 Dan., 13,25.— * Thucyd., )il>. i. — 5 Corn. Nep., in Themist.,c. ix. — • Plat., in T terni s t.

Page 1