VIII. CYRUS, OU LES JUIFS «ÉTABLIS
railles, comme Daniel l'avoit prédit1. Néhémias conduisit l'ouvrage avec beaucoup de prudence et de fermeté, au milieu de la résistance des Samaritains , des Arabes et des Ammonites. Le peuple fit un effort, et Eliasib , souverain pontife, l'anima par son exemple. Cependant les nouveaux magistrats qu'on avoit doimés au peuple romain augmentoient les divisions de la ville; et Rome, formée sous des rois, manquoit des lois nécessaires à la bonne constitution d'une république. La réputation de la Grèce, plus célèbre encore par son gouvernement que par ses victoires , excita les Romains à se régler sur son exemple. Ainsi ils envoyèrent des députés* pour rechercher les lois des villes de Grèce , et surtout celles d'Athènes , plus conformes à l'état de leur république2. Sur ce modèle, dix magistrats absolus , qu'on créa l'année d'après 6, sous le nom de décemvirs , rédigèrent les lois des Douze-Tables , qui sont le fondement du droit romain. Le peuple, ravi de l'équité avec laquelle ils les composèrent , leur laissa empiéter le pouvoir suprême", dont ils usèrent tyranniquement. Il se fit alors de grands mouvements par l'intempérance d' Appius Claudius 3, un des décemvirs , et par le meurtre de Virginie d, que son père aima mieux tuer de sa propre main que * de la laisser abandonnée à la passion d' Appius. Le sang de cette seconde Lucrèce réveilla le peuple romain, et les décemvirs furent chassés. Pendant que les lois romaines se formoient sous les décemvirs , Esdras, docteur de la loi, et Néhémias, gouverneur du peuple de Dieu nouvellement rétabli dans la Judée , réformoient les abus, et faisoient observer la loi de Moïse, qu'ils observoient les premiers5. Un des principaux articles de leur réformation fut d'obliger tout le peuple , et principalement les prêtres , à quitter les femmes étrangères qu'ils avoient épousées contre .a défense de la loi. Esdras mit en ordre les livres saints, dou. il fit une exacte révision , et ramassa les anciens mémoires du
« Av. J.-C. 452 ans. B. ou 453 ans.BÉsÊD. — b 451 ans. B. — c 450 ans. B. — d 449 ans. B.
1 Dan. , ix, 23. — 2 11 est au moins douteux que les lois des Xil Tables aient été imitées des lois athéniennes. L'esprit en est tout différent : le droit romain repose sur la puissance paternelle et les testaments; et à Athènes le droit de tester était une exception fort restreinte. — 3 Par les excès, les violences : le mot intempérance, à moins qu'il ne soit modifié par un complément, ne se dit aujourd'hui que des excès du boire et du manger ; ici, comme en latin, il est pris dans un sens beaucoup plus étendu, ei même tout autre, — 4 Construction négligée et incorrecte. — 5 I Esdr. , ix, x ; II Esdr., xm; Deut -, nui, 3. B,
peuple de Dieu pour en composer les deux livres des Paralipomènes ou Chroniques, auxquelles il ajouta l'histoire de son temps, qui fut achevée par Néhémias. C'est par leurs livres que se termine cette longue histoire que Moïse avoit commencée, et que les auteurs suivants continuèrent sans interruption jusqu'au rétablissement de Jérusalem. Le reste de l'histoire sainte n'est pas écrit dans la même suite. Pendant qu'Esdras et Néhémias faisoient la dernière partie de ce grand ouvrage, Hérodote, que les auteurs profanes appellent le père de l'histoire , commençoit à écrire. Ainsi les derniers auteurs de l'histoire sainte se rencontrent avec le premier auteur de l'histoire grecque; et quand elle commence, celle du peuple de Dieu, à la prendre seulement depuis Abraham, enfermoit déjà quinze siècles. Hérodote n'avoit garde de parler1 des Juifs dans l'histoire qu'il nous a laissée; et les Grecs n'avoient besoin d'être informés que des peuples que la guerre , le commerce , ou un grand éclat, leur faisoit connoître. La Judée, qui commençoit à peine à se relever de sa ruine, n'attiroit pas les regards. Ce fut dans des temps si malheureux que la langue hébraïque commença à se mêler de langage chaldaïque, qui étoit celui de Babylone durant le temps que ïe peuple y fut captif; mais elle étoit encore entendue, du temps d'Esdras, de la plus grande partie du peuple, comme il paroit par la lecture qu'il fit faire des livres de la loi ce hautement et intelligiblement en présence x de tout le peuple, nommes et femmes en grand nombre, et « de tous ceux qui pouvoient entendre; et tout le monde en- « tendon pendant la lecture 2. » Depuis ce temps, peu à peu elle cessa d'être vulgaire. Durant la captivité , et ensuite par le commerce qu'il fallut avoir avec les Chaldéens, les Juifs apprirent la langue chaldaïque, assez approchante de la leur, et qui avoit presque le même génie. Cette raison leur fit changer l'ancienne figure des lettres hébraïques, et ils écrivirent l'hébreu avec les lettres des Chaldéens, plus usitées parmi eux, et plus aisées à former. Ce changement fut aisé entre deux langues voisines dont les lettres étoient de même valeur, et ne différoient que dans la ligure. Depuis ce temps on ne trouve l'Ecriture sainte parmi les Juifs qu'en caractères chaldaïques.
J'ai dit que l'Ecriture ne se trouve parmi les Juifs qu'en ces caractères; mais on a trouvé de nos jours, entre les mains des
1 N'avoit garde ne signifie pas ici, se gardait biin de, mais était bien loin i# penier à. — * II Etdr. , vin, 3, 6, 8. B.