VIII. CYRUS, OU LES JUIFS RÉTABLIS
Samaritains, un Pentateuque en anciens caractères hébraïques, tels qu'on les voit dans les me'dailles et dans tous les monuments des siècles passés. Ce Pentateuque ne diffère en rien de celui des Juifs, si ce n'est qu'il y a un endroit falsifié en faveur du culte public que les Samaritains soutenoient que Dieu avoit établi sur la montagne de Garizim, près de Samarie, comme les Juifs soutenoient que c'étoit dans Jérusalem. Il y a encore quelques différences, mais légères. Il est constant que les anciens Pères, et entre autres Eusèbe et saint Jérôme, ont vu cet ancien Pentateuque samaritain; et qu'on trouve dans celui que nous avons tous les caractères de celui dont ils ont parlé.
Pour entendre parfaitement les antiquités du peuple de Dieu, il faut ici en peu de mots faire l'histoire des Samaritains et de leur Pentateuque. Il faut pour cela se souvenir qu'après Sa!omon°, et en punition de ses excès, sous Pioboam son fils, Jéroboam sépara dix tribus du royaume de Juda, et forma le royaume d'Israël, dont la capitale fut Samarie6.
Ce royaume, ainsi séparé, ne sacrifia plus dans le temple de Jérusalem, et rejeta toutes les Ecritures faites depuis David et Salornon, sans se soucier non plus des ordonnances de ces deux rois, dont l'un avoit préparé le temple, et l'autre l'avoit construit et dédié.
Rome fut fondée Tan du monde 5250 c ; et trente-trois ans après, c'est-à-dire l'an du monde 5285d, les dix tribus schismatiques furent transportées à Ninive, et dispersées parmi les Gentils.
Sous Asaraddon, roi d'Assyrie, les Cuthéens furent envoyés pour habiter Samarieel. C'étoient des peuples d'Assyrie, qui furent depuis appelés Samaritains. Ceux-ci joignirent le culte de Dieu avec celui des idoles, et obtinrent d' Asaraddon un prêtre israélitc qui leur apprît le service du dieu du pays, c'està-dire les observances de la loi de Moïse; mais leur prêtre ne leur donna que les livres de Moïse dont les dix tribus révoltées avoient conservé la vénération, sans y joindre d'autres livres saints, pour les raisons que l'on vient de voir.
Ces peuples ainsi instruits ont toujours persisté dans la haine que les dix tribus avoient contre les Juifs ; et lorsque Cyrus permit aux Juifs de rétablir le temple de Jérusalem', les Sa-
« Av. J.-C. 973 ans. B. ou §G2 ans. Bénéd. — b 924 ans. B. ou 9U ans. Déséd. — c ou 4209 ans. Bénéd. — d ou 4242 ans. Bénéd. — e 677 a&3. B. ou 672 ans. Bénéd. — f 535 ans. B.
* IY Rcg. , xvu, 24 ; I Esdr . iv, 2. b
maritams traversèrent autant qu'ils purent leur dessein1, en faisant semblant, néanmoins, d'y vouloir prendre part, sous prétexte qu'ils adoroient le Dieu d'Israël, quoiqu'ils en joignissent le culte avec celui de leurs fausses divinités.
^ls persistèrent toujours à traverser les desseins des Juifs, lorsqu'ils rebâtissoient leur ville sous la conduite de Néhémias, et les deux nations furent toujours ennemies.
On voit ici la raison pourquoi ils ne changèrent pas avec les Juifs les caractères hébreux en caractères chaldaïques. Ilsn'avoient garde d'imiter les Juifs, non plus qu'Esdras leur grand docteur, puisqu'ils les avoient en exécration : c'est pourquoi leur Pentateuque se trouve écrit en anciens caractères hébraïques, ainsi qu'il a été dit.
Alexandre leur permit de bâtir le temple de Garizim0. Mariasses, frère de Jaddus, souverain pontife des Juifs, qui embrassa le schisme des Samaritains, obtint la permission de bâtir ce temple; et c'est apparemment sous lui qu'ils commencèrent à quitter le culte des faux dieux, ne différant d'avec )es Juifs qu'en ce qu'ils le vouloient servir, non point dans Jérusalem, comme Dieu l'avoit ordonné, mais sur le mont Galizim.
On voit ici la raison pourquoi ils ont falsifié, dans leur Pentateuque, l'endroit où il est parlé de la montagne de Garizim, dans le dessein de montrer que cette montagne étoit bénite de Dieu et consacrée à son culte, et non pas Jérusalem.
La haine entre les deux peuples subsista toujours : les Samaritains soutenoient que leur temple de Garizim devoit être préféré à celui de Jérusalem. La contestation fut émue devant Plolomée Philométor, roi d'Egypte. Les Juifs, qui avoient pour eux la succession et la tradition manifeste, gagnèrent leur cause par un jugement solennel8.
Les Samaritains, qui, durant la persécution d'Antiochus& et des rois de Syrie, se joignirent toujours à eux contre les Juifs, furent subjugués par Jean Hircan, fils de Simon, qui renversa leur temple de Garizim0, mais qui ne les put empêcher de continuer leur service sur la montagne où il étoit bâti, ni réduire ce peuple opiniâtre à venir adorer dans le temple de Jérusalem.
a Av. J.-C 333 ans. B. — * 167 ans. B. — ° 130 ans. B. ou 129 ans.
BÙNÉD.
1 I Esdr., iv, 2 3. B, — « Joseph., Ant. Jttd., lib xiu, c. v;, ai. m. B