X. NAISSANCE DE JESUS-CHRIST
Romains a . Auguste acheva son règne avec beaucoup de gloire b .
Tibère, qu'il avoit adopté1, lui succéda sans contradiction, et l'empire fut reconnu pour héréditaire dans la maison des Césars. Rome eut beaucoup à souffrir de la cruelle politique de Tibère : le reste de l'empire fut assez tranquille. Germanicus, neveu de Tibère, apaisa les armées rebelles, refusa l'empire, battit le fier Arminius, poussa ses conquêtes jusqu'à l'Elbe c ; et s'étant attiré avec l'amour de tous les peuples la jalousie de sononcled, ce barbare le fit mourir ou de chagrin, ou parle poison6. A la quinzième année de Tibère, saint Jean-Baptiste paroîK ; Jésus-Christ se fait baptiser par ce divin précurseur^ ; le Père éternel reeonnoît2 son fils bien-aimé par une voix qui vient d'en haut ; le Saint-Esprit descend sur le Sauveur, sous la figure pacifique d'une colombe; toute la Trinité se manifeste. Là commence, avec la soixante-dixième semaine de Daniel, la prédication de Jésus-Christ. Cette dernière semaine étoit la plus importante et la plus marquée. Daniel favoit séparée des autres, comme la semaine où l'alliance devoit être confirmée, et au milieu de laquelle les anciens sacrifices dévoient perdre leur vertu3. Nous la pouvons appeler la semaine des mystères. Jésus-Christ y établit sa mission et sa doctrine par des miracles innombrables, et ensuite par sa mort'1. Elle arriva la quatrième année de son ministère, qui fut aussi la quatrième année de la dernière semaine de Daniel; et cette grande semaine se trouve, de cette sorte, justement coupée au milieu par cette mort.
Ainsi le compte des semaines est aisé à faire, ou plutôt il est tout fait. Il n'y a qu'à ajouter à quatre cent cinquante-trois ans, qui se trouveront depuis l'an 500 de Rome, et le vingtième d'Artaxerxe, jusqu'au commencement de l'ère vulgaire, les trente ans de cette ère qu'on voit aboutir à la quinzième année de Tibère, et au baptême de notre Seigneur; il se fera de ces
a Ans de J.-C. 8. — b 14. — e 16. — d 17. - « 19. - f 28. — 0 30. — h 35. La chronologie des Bénédictins ne différant plus désormais de celle de Bossuet que (Î3ns quelques endroits, nous nous contenterons de l'indiquer à l'occasion, sans marquer celle de Bossuet de son initiale (B.), comme nous avons fait jusqu'à présent.
1 Tibère était fils de Livic, femme, en secondes noces, d'Auguste. Il fut adopté par son beau-pére l'an de Rome 754. Il succéda a Auguste, non per les droits du sang que l'adoption lui avait donnés, mais par le vœu du sénat, provoqué par une foule d'intrigues. Voy. Tac, Ann., liv. i} 7; édit. classiq, de M. J. NauJet.— 2 Fait voir qu'il reconnaît. Latinisme. Incipe, pzrvo puer, ri'su cognoicere tnàtrem. Virg. — 3 Dan ix. 27. B.
deux sommes quatre cent quatre-vingt-trois ans, des sept ans qui restent encore pour en achever quatre cent quatre-vingtdix, le quatrième, qui fait le milieu, est celui où Jésus-Christ e:-t mort; et tout ce que Daniel a prophétisé est visiblement renfermé dans le terme qu'il s'est prescrit. On n'auroit pas même besoin de tant de justesse, et rien ne force à prendre dans cette extrême rigueur le milieu marqué par Daniel. Les plus difficiles se conlenteroient de le trouver en quelque point que ce fût entre les deux extrémités; ce que je dis, aiin que ceux qui croiroient avoir des raisons pour mettre un peu plus haut ou un peu plus bas le commencement d'Àrtaxerxe, ou la mort de notre Seigneur, ne se gênent pas dans leur calcul; et que ceux qui voudroient tenter d'embarrasser une chose claire, par des chicanes de chronologie, se défassent de leur mutile subtilité.
Voilà ce qu'il faut savoir pour ne se point embarrasser des auteurs profanes, et pour entendre autant qu'on en a besoin les antiquités judaïques. Les autres discussions de chronologie sont ici fort peu nécessaires. Qu'il faille mettre de quelques années plus tôt ou plus tard la naissance de notre Seigneur, et ensuite prolonger sa vie un peu plus ou un peu moins, c'est une diversité qui provient autant des incertitudes des années du monde que ae celles de Jésus-Christ. Et quoi qu'il en soit, un lecteur attentif aura déjà pu reeounoître qu'elle ne fait rien à la suite ni à l'accomplissement des conseils de Dieu. Il faut éviter les anachronismes qui brouillent l'ordre des affaires, et laisser les savants disputer des autres.
Quant à ceux qui veulent1 absolument trouver dans les hisxùres profanes les merveilles de la vie de Jésus-Christ et de ses apôtres, auxquels le monde ne vouloit pas croire, et qu'au contraire il entreprenoit de combattre de toutes ses forces, comme une ehose qui le condanmoit, nous parlerons ailleurs de leur injustice. INous verrons aussi qu'il se trouve dans les auteurs profanes plus de vérités qu'on ne croit, favorables au christianisme; et je donnerai seulement ici pour exemple l'éclipsé av- ■ au crucifiement de notre Seigneur.
Les ténèbres qui couvrirent toute la face de la terre en plein midi, et au moment que Jésus-Christ fut crucifié*, scjit prises pour une éclipse ordinaire par ies auteurs païens, qui ont remarqué ce mémorable événement3. .Mais les premiers chrétiens,
i Qui voudraient. — i Malt., xxv, 45. — 3 l'tileg. xm; Olymp. ThaH.., ¥«i. in. B.