‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 49 sur 110 · X. NAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

X. NAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST

qui en ont parlé aux Romains comme d'un prodige marqué, non-seulement par leurs auteurs, mais encore par les registres publics1, ont fait voir que ni au temps de la pleine lune où Jésus-Christ étoit mort, ni dans toute Tannée où cette éclipse est observée, il ne pouvoit en être arrivé aucune qui ne fût suraa 'urelle. Nous avons les propres paroles de Phlégon, affranchi d'Adrien, citées dans un temps où son livre étoit entre les mains de tout le monde, aussi bien que les Histoires syriaques de Thallus qui l'a suivi ; et la quatrième année de la deux cent deuxième olympiade, marquée dans les Annales de Phlégon, est constamment2 celle de la mort de notre Seigneur.

Pour achever les mystères, Jésus-Christ sort du tombeau le troisième jour; il apparoît à ses disciples; il monte aux cieux en leur présence; il leur envoie le Saint-Esprit, l'Église se forme ; la persécution commence ; saint Etienne est lapidé ; saint Paul est converti.

Un peu après, Tibère meurta. Caligula, son petit-neveu, son fils par adoption, et son successeur, étonne l'univers par sa foie cruelle et brutale : il se fait adorer, et ordonne que sa statue soit placée dans le temple de Jérusalem6. Chéréas délivre le mond" de ce monstre0.

Claudius règne malgré sa stupidité. Il est déshonoré par Messanne, sa femme, qu'il redemande après l'avoir fait mourir'3. On le remarie e avec Agrippine, fille de Germanicus.

Les apôtres tiennent le concile de Jérusalem f4, où saint Pierre parle le premier, comme il fait partout ailleurs. Les Gentils convertis y sont affranchis des cérémonies de la loi. La sentence en est prononcée au nom du Saint-Esprit et de l'Église. Saint Paul et saint Barnabe portent le décret du concile aux églises, et enseignent aux fidèles à s'y soumettre5. Telle fut la forme du premier concile.

Le stupide empereur déshérita son filsBritannicus, et adopta Néron, fils d' Agrippine. En récompense, elle empoisonna s ce trop facile mari. Mais l'empire de son fils ne lui fut pas moins funeste à elle-même qu'à tout le reste de la république. Cor-

« ANS DE J.-C. 57. — b 40. — c 41. — d **. — e 49. — t 50. — 9 54.

1 Tertull., Apol., iv, xxi ; Oiïg. cont. Cels., lib. il, n. 35, t. i, p. 414; et Tract, xxxv in Math.,n. 154, t. m, p. 925; Euseb. el Hieron., in Chron. Jul. Afric, ibid. B. — 8Var. « Estcelle de, » etc. — « Constamment. nSans aucun doute. En ce sens, qui a vieilli, il dérive de constant, certain. — % C'esi-^à- Qire : il la fait mourir, puis il la redemande. — * Act., X¥. B. — ■ Hid., rvi, k. D.

bulon lit tout l'honneur de ce règne, par les victoires0 qu'il remporta sur les Parthcs et sur les Arméniens b.

Néron commença dans le môme temps la guerre contre ies Juifs c, et la persécution contre les chrétiens. C'est le premier empereur qui ait persécuté l'Église. Il fit mourir à Rome saint Pierre et saint Paul*. Mais comme dans le même temps il persécutoit tout le genre humain, on se révolta contre lui de tous côtés : il apprit que le sénat l'avoit condamné, et se tua luimême6. Chaque armée fit un empereur; la querelle se décida auprès de Rome, et dans Rome même, par d'effroyables combats. Galba, Othon et Yitellius y périrent f; l'empire affligé1 se reposa sous Vespasien s. Mais les Juifs furent réduits à l'extrémité; Jérusalem fut prise et brûlée. Tite, lils et successeur * de Vespasien, donna au monde une courte joie; et ses jours, qu'il croyoit perdus quand ils n'étoient pas marqués de quelque bienfait2, se précipitèrent trop vite. On vit revivre Néron en la personne de Domitien.

La persécution se renouvela aa. Saint Jean, sorti de l'huile bouillante, fut relégué dans File de Patmos, où il écrivit son Apocalypse hb. Un peu après il écrivit son évangile, âgé de quatre-vingt-dix ans, et joignit la qualité d'évangéliste à celle d'apôtre et de prophète.

Depuis ce temps, les chrétiens furent toujours persécuté.-, tant sous les bonsquesous les mauvais empereurs. Ces persécutions sefaisoient, tantôt par les ordres des empereurs et par la naine particulière des magistrats, tantôt par le soulèvement des peuples, et tantôt par des décrets prononcés authentiquement dans le sénat sur les rescrits3 des princes, ou en leur présence. Alors la persécution étoit plus universelle et plus sanglante ; et ainsi la haine des infidèles, toujours obstinée à perdre l'Église, s'excitoit de temps en temps elle-même à de nouvelles fureur-. C'est par ces renouvellements de violence que les historiens ecclésiastiques comptent dix persécutions sous dix empereurs. Dans de si longues souffrances, les chrétiens ne firent jamais la .noindre sédition. Parmi tous les fidèles, les évêques étoient touj jurs les plus attaqués. Parmi toutes les églises, l'église de Rome

a Ans DE J.-C. 58, ou 55. BÉNÉD. — b 60, 61, 63, etc. — « 66. — à 67, OU 66. BÉNKD. — « 68. — f 69. — 0 70. — A 79. — aa 93. bb 95.

1 « L'empire affligé se reposa sous Vespasien. » Afflige, voy. Epoque IX, note 5. — * « De quelque bienfait.» Par est plus usité : l'auteur encadre ici avec une heureuse facilité le mot célèbre de Titus. — 3 Décrets des empef.iits en réponse aux demandes des magistrats.

ï. NAISSANCE bK JÉSUS-CHRIST. 73

fut DersécutL-vj avec le plus de violence; et les papes confirmèrent souvent par leur sang1 l'Evangile qu'ils annonçoien't ï toute la terre .

Domitien est tué; l'empire commence à respirer sous Nerva°. Son grand âge ne lui permet pas de rétablir les affaires; mais, pour faire durer le repos public, il choisit ïrajan pour son successeur6. L'empire, tranquille au dedans et triomphant au dehors, ne cesse d'admirer un si bon prince0. Aussi avoit-iî pour maxime qu'il falloit que ses citoyens le trouvassent tel qu'il eût voulu trouver. l'empereur s'il eût été simple citoyen. Ce prince dompta les Daees, et Décébaie leurroid ; étendit ses conquêtes en Orient6; donna un roi aux Par thés f, et leur fit craindre la puissance romaine s : heureux que l'ivrognerie et ses infâmes amours, vices si déplorables dans un si grand prince, ne lui aient rien fait entreprendre contre la justice.

A des temps si avantageux pour la république succédèrent* ceux d'Adrien, mêlés de bien et de mal. Ce prince maintint la discipline militaire"'1, vécut lui-même militairement2 et avec beaucoup de frugalité66, soulagea les provinces" fit fleurir les arts, et la Grèce qui en étoitïa mèredi. Les barbares furent tenus en crainte par ses armes et par son autorité". Il rebâtit Jérusalem f, à qui il donna son nom , et c'est de là que lui vient le nom d'/Elia; mais il en bannit les Juifs, toujours rebelles à l'empire. Ces opiniâtres trouvèrent en lui un impitoyable vengeur, il déshonora par ses cruautés, et par ses amours m trueuses, un règne si éclatant. Son infâme Antinous, dont il fit un dieu 09, couvre de honte toute sa vie. L'empereur sembla réparer ses fautes et rétablir sa gloire effacée en adoptant Antonin le Pieux'1'», qui adopta Marc Aurèle, le sage et le philosophe.

En ces deux princes paroissent deux beaux caractères0*. Le père, toujours en paix, est toujours prêt, dans le besoin, à faire la guerre; le fils est toujours en guerre, toujours prêt à donner la paix à ses ennemis et à l'empire. Son père, Antonin, lui avoit appris qu'il valoit mieux sauver un seul citoyen que de défaire mille ennemis. Les Parthes6* etlesMarcomansc* éprouvèrent la valeur de Marc Aurèle : les derniers étoient des Ger-

a Ans DE J.-C. 96. — b 97. — c 08. — <* 102. — « 106. ou 107. r.ÉvÉo.

— f 115. — 9 116. — >' 117. — aa 120. — 6b 123. — "125. — &* 123.

— «« 130. — /T 135. — 99 151. — hh 13g. — «' 139, 161. — 6* 162. — •* 169.

1 Var. « Et trente papes confirmèrent par leur sang,» etc.— f C'ost-à-dir* étant en campagne, se nourrit comme srs soldats.

mains que cet empereur achevoit de dompter quand il mourut. Par la vertu des deux Antonin, ce nom devint les délices des Romains.

La gloire d'un si beau nom ne fut effacée ni par la mollesse de Lucius Verus, frère de Marc Aurèle, et son collègue dans l'empire, ni par les brutalités de Commode, son fils et son successeur0. Celui-ci, indigne d'avoir un tel père, en oublia les enseignements et les exemples. Le sénat et les peuples le détestèrent6; ses plus assidus courtisans et sa maîtresse le firent mourir. Son successeur, Pertinax, vigoureux défenseur de la discipline militaire, se vit immolé6 à la fureur des soldats licencieux, qui l'avoient, un peu auparavant, élevé malgré lui à la souveraine puissance.

L'empire, mis à l'encan par l'armée, trouva un acheteur1. Le jurisconsulte Didius Julianus hasarda ce hardi marché; il lui en coûta la vie : Sévère, Africain, le fit mourir, vengea Pertinax, passa de l'Orient en Occident, triompha en Syrie*, en Gaule % et dans la Grande-Bretagne''. Rapide conquérant, il égala César par ses victoires; mais il n'imita pas sa clémence. Il ne put mettre la paix parmi ses enfants». Bassien ou Caracalla, son fils aîné, faux imitateur d'Alexandre, aussitôt après la mort de son père*, tua son frère Géta, empereur comme lui, dans le sein de Julie, leur mère commune00, passa sa vie dans la cruauté et dans le carnage, et s'attira à lui-même une mort tragique. Sévère lui avoit gagné le cœur des soldats et des peuples, en lui donnant le nom d1 Antonin; mais il n'en sut pas soutenir la gloire66. Le Syrien Héliogabale, ou plutô. Alagabale, son fils, ou du moins réputé pour tel, quoique le nom d'Antonin lui eût donné d'abord le cœur des soldats et la victoire sur Macrin, devint aussitôt après, par ses infamies, l'horreur du genre humain, et se perdit lui-même. Alexandre Sévère, fils de Marnée, son parent et son successeur cc, vécut trop peu pour le bien du monde, il se plaignoit d'avoir plus de peine à contenir ses soldats qu'à vaincre ses ennemis. Sa mère, qui le gouvernoit, tut cause de sa perte*4, comme elle l'avoit été de sa gloire. Sous lui, Artaxerce, Persien, tua son maître Ariaban, dernier roi des Parthes, et rétablit l'empire des Rerses en Orient".

« A.ns DE J.-C. 180. - 6 192. — « 193. — <* 194, 195. — « 197. r 207, 209. — 9 208. — * 211. — M 212. — f>b 218. — " 222. — «M 23S. — «e 253, ou 223. BÉNÉD.

« L'empire misa l'encan, etc. » Notez l'étendue et la prclondeur de sens t.e cette phrase si courte et si simple.

Page 1