X. NAISSANTE DE JESUS-CHRIST
En ces temps, l'Eglise encore naissante remplissent toute la terre ! ; et non-seulement l'Orient , où elle avoit commencé , c'est-à-dire la Palestine, la Syrie, l'Egypte, l'Asie Mineure et la Grèce; mais encore dans l'Occident, outre l'Italie, les diverses nations des Gaules, toutes les provinces d'Espagne, l'Afrique, la Germanie, la Grande-Bretagne dans les endroits impénétrables aux armes romaines; et encore hors de l'empire, l'Arménie, la Perse, les Indes, les peuples les plus barbares, les Sarmates , les Daces , les Scythes , les Maures , les Gétuliens , et jusqu'aux îles les plus inconnues. Le sang de ses martyrs la rendoit féconde. Sous Trajan, saint Ignace, évêque d'Antioche, fut exposé aux bêtes farouches0. Marc-Aurèle, malheureusement prévenu des 2 calomnies dont on chargeoit le christianisme, fit mourir saint Justin le Philosophe, et l'apologiste de la religion chrétienne6. Saint Polycarpe, évêque de Smyrne , disciple de saint Jean, à l'âge de quatre-vingts ans, fut condamné au feu sous le même prince c. Les saints martyrs de Lyon et de Vienne endurèrent des supplices inouïs d, à l'exemple de saint Photin3, leur évêque, âgé de quatre-vingt-dix ans. L'Eglise gallicane remplit, tout l'univers de sa gloire. Saint Irénée, disciple de saint Polycarpe , et successeur de saint Photin , imita son prédécesseur, et mourut martyr sous Sévère, avec un grand nombre de fidèles de son Eglise e.
Quelquefois la persécution se ralentissoit. Dans une extrême disette d'eau, que Marc Aurèle souffrit en Germanie, une légion chrétienne obtint une pluie capable d'étancher la soif de son armée, et accompagnée de coups de foudre qui épouvantèrent ses ennemis ' '. Le nom de Foudroyante fut donné ou confirmé à la légion par ce miracle. L'empereur en fut touché, et écrivit au sénat en faveur des chrétiens. A la fin, ses devins lui persuadèrent d'attribuer à ses Dieux et à ses prières un miracle que les païens ne s'avisoient pas seulement de souhaiter.
D'autres causes suspendoient ou adoucissoient quelquefois la persécution pour un peu de temps ; mais la superstition, vice que Marc Aurèle ne put éviter, la haine publique, et les calomnies qu'on imposoit aux chrétiens* prévaloient bientôt. La fureur des païens se rallumoit , et tout l'empire ruisselait du
a Ans de J.-C. 107, ou 116. BénÉd. — * 163, ou 167. BÉnéd. — « 167. — A 177. — « 205. — f 174.
1 Tertull., Adv. Jud., c. vu ; Âpolog., c. xxxvn. B. — 9 « Prévenu de. Trompé par les calomnies.— 3 Ou Polhin. B.— * « Qu'on imposoit aux chrétiens. » Dont on chargeait les chrétiens.
sang des martyrs. La doctrine1 accompagnoit les souffrances.
Sous Sévère , et un peu après, Tertullien , prêtre de Cartilage, éclaira l'Eglise par ses écrits, la défendit par une admirable Apologétique, et la quitta enfin, aveuglé par une orgueilleuse sévérité, et séduit par les visions du faux prophète Montanus". A peu près dans le même temps, le saint prêtre Clément Alexandrin déterra les antiquités du paganisme, pour le confondre. Origène, fils du saint martyr Léonide, se rendit célèbre par toute l'Eglise dès sa première jeunesse, et enseigna de grandes vérités, qu'il mêloit de beaucoup d'erreurs. Le philosophe Ammonius fit servir à la religion la philosophie platonicienne, et s'attira le respect même des païens. ,
Cependant les Valentiniens, les Gnostiques2, et d'autres sectes impies, combattoient l'Evangile par de fausses traditions ; saint Irénée leur oppose la tradition et l'autorité des églises apostoliques, surtout de celle de Rome , fondée par les apôtres saint Pierre et saint Paul , et h principale de toutes 3. Tertullien fait la même chose4. L'Eglise n'est ébranlée ni par les hérésies, ni par les schismes, ni par la chute de ses docteurs les plus illustres. La sainteté de ses mœurs est si éclatante, qu'elle lui attire les louanges de ses ennemis.
Les affaires de l'empire se brouilloient d'une terrible manière. Après la mort d'Alexandre *, le tyran Maximin, qui l'avoit tué, se rendit le maître, quoique de race gothique. Le sénat lui opposa quatre empereurs, qui périrent tous en moins de deux ans c. Parmi eux étoient les deux Gordien , père et fils , chéris du peuple romain. Le jeune Gordien , leur fils , quoique dans une extrême jeunesse d, montra une sagesse consommée, défendit h peine contre les Perses' l'empire aifoibli par tant de divisions. Il avoit repris sur eux beaucoup de places importantes. Mais Philippe, Arabe, tua un si bon prince f; et de peur d'être accablé par deux empereurs , que le sénat élut l'un après l'autre, il fi' une paix honteuse? avec Sapor, roi de Perse. C'est le premier des Romains qui ait abandonné, par
a Ans de J.-C. 215, ou 205. Bénéd. — b 255. — « 256, ou 257. BÉBÉD — d 257, 258. — * 242. — f 244. — 3 245, ou 244. BÉNÉD.
1 « La doctrine. » La science de la religion, la foi éclairée et orthodoxe.— 1 Sont ainsi appelés, parée qu'ils prétendaient avoir sur la religion une connaissance supérieure, gnose-yv^s- Ils se divisent en plusieurs sectes. Lenr3 nés s'éloignent beaucoup du christianisme : ce sont des j-liilosophes mystiques qui accommodent les dogmes chrétiens aux inventions de leur esprit. — 3 Ircn., adv, Uœr., lib. m, c. i, il, in. B. — * De S'rœsc. adv. Hœr., c. xxïti. c.