X. NAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST
Sixième mois de son règnea. Ainsi son élévation ne fi que précipiter le cours de sa vie. Son frère Florien prétendit l'empire1 par droit de succession, comme le plus proche héritier. Ce droit ne fut pas reconnu : Florien fut tué, et Prohus forcé par les soldats à recevoir l'empire, encore qu'il les menaçât de les faire vivre dans Tordre.
Tout fléchit sous un si grand capitaine6 : les Germains et le:- Francs, qui vouloient entrer dans les Gaules, furent repousses0 ; et, en Orient aussi bien qu'en Occident, tous les barbares respectèrent les armes romaines'*. Un guerrier si redoutable aspiroit à la paix, et fit espérer à l'empire de n'avoir plus besoin de gens de guerre. L'armée se vengea de cette parole et de la règle sévère que son empereur lui faisoit garder. Un moment après, étonnée de la violence qu'elle exerça sur un si grand prince, elle honora sa mémoire, et lui donna pour successeur Carus% qui n'étoit pas moins zélé que lui pour la discipline. Ce vaillant prince vengea son prédécesseur, et réprima les barbares, à qui la mort de Prohus avoit rendu le courage. Il alla en Orient combattre les Perses, avec Numérien, son second fils, et opposa aux ennemis, du côté du Nord, son fils aîné Carinus, qu'il fit césar. C'était la seconde dignité, et le plus proche degré pour parvenir à l'empire. Tout l'Orient trembla devant Carus : la Mésopotamie se soumit; les Perses divisés ne purent lui résister. Pendant que tout lui cédoit, le ciel l'arrêta par un coup de foudre. A force de le pleurer, Numérien fut prêt à perdre les yeux. Que ne fait dans les cœurs l'envie de régner! Loin d'être touché de ses maux, son beau-père Aper le tua'' ; mais Dioclétien vengea sa mort, et parvint enfin à l'empire, qu'il avoit désiré avec tant d'ardeur. Carinus se réveilla malgré sa mollesse, et battit Dioclétien; mais, en poursuivant les fuyards, il
a Ans de J.-C. 276. — & 277. — * 278. — <* 280, 282. — « 285. — r 28-i.
1 « Prétendit l'empire.» Prétendre veut la préposition à dans le sens d'aspirer : il prétend à cette charge, a dit l'Académie. Cependant les poêles s'affranchissent de cette régie, quand ils y trouvent leur commodité. On lit dans Racine :
Il crut que sans prétendre une plu» haute gloire.
(Mithridtlc, acte i. se. i. ) {Gram. des Gram.)
Il paraît que du temps de Louis XIV cette règle n'était pas encore établie, car La Fontaine (liv. i. fab. G) a fait dire au Lion, s'attribuant toutes les parts du butin :
La seconde, par droit, me doit échoir oncor :
Ce droit, tous le savez, c'est le droit du plu» fort.
Comme le plus raillant, je prétends la troisien*.
Voy. aussi le Dicttonn. de Trévoux.
fut tué* par un des siens, dont il avoit corrompu la femme. Ainsi l'empire fut défait du plus violent et du plus perdu de tous les hommes ■ .
Dioclétien gouverna avec vigueur, mais avec une insupportable vanité. Pour résister à tant d'ennemis, qui s'élevoient de tous côtés au dedans et au dehors, il nomma Maximien empereur avec lui&, et sut néanmoins se conserver l'autorité principale. Chaque empereur fit un césar. Constantius Chlorus et Galérius furent élevés à ce haut rang*. Les quatre princes soutinrent à peine le fardeau de tant de guerres. Dioclétien fuit Rome, qu'il trouvoit trop libre, et s'établit à Nicomédie, où il se fit adorer, à la mode des Orientaux. Cependant les Perses, vaincus par Galérius d, abandonnèrent aux Romains de grandes provinces et des royaumes entiers. Après de si grands succès, Galérius ne veut plus être sujet, et dédaigne le nom de césar. Il commence par intimider Maximien. Une longue maladie avoit fait baisser l'esprit de Dioclétien; et Galérius, quoique son gendre, le força de quitter l'empire8. Il fallut que Maximien suivît son exemple.
Ainsi l'empire vint entre les mains de Constantius Chlorus et de Galérius'; et deux nouveaux césars, Sévère et Maximin , furent créés en leur place par les empereurs qui se déposoient3. Les Gaules, l'Espagne et la Grande-Bretagne, furent heureuses, mais trop peu de temps, sous Constantius Chlorus. Ennemi des exactions, et accusé par là de ruiner le fisc, il montra qu'il avoit des trésors immenses dans la bonne volonté de ses sujets. Le reste de l'empire souffroit beaucoup sous tant d'empereurs et tant de césars : les officiers se multiplioient avec les princes ; les dépenses et les exactions étoient infinies.
Le jeune Constantin, fils de Constantius Chlorus, se rendoit illustre*; mais il se trouvoit entre les mains de Galérius. Tous les jours cet empereur, jaloux de sa gloire, l'exposoit à de nouveaux périls. Il lui falloit combattre les bêtes farouches par une espèce de jeu : mais Galérius n'étoit pas moins à craindre qu'elles. Constantin, échappé de ses mains, trouva son père expirant. En ce temps f, Maxence, fils de Maximien, et gendre
° Ans de J.-C. 285.— * 280. — • 291, ou 292. BÉNÉD.— d 297, ou 302. BÉNÉD. — « 504, ou 305. BÉNÉD. — f 306.
1 « Du plus perdu de tous les hommes. » Perdu en ce sens demande un complément, Perdu de crimes. — 2 Euseb., Ilist. ceci., lib. vin, c xin; Orat. Const. nd sanct. cœt., 25; Lsrt., de Mort, persec., c. xvn , xvui, B. — 3 Qui abdiquaient. — * Lad., de Mort, persec. c. xxiv B.