XI. CONSTANTIN, OU LA PAIX DE L'EGLISE. S
de leurs sièges; toute l'Eglise est remplie de confusion et de trouble ; la constance du pape Libère cède aux ennuis de l'exil a ; les tourments font succomber le vieil Osius, autrefois le soutien de l'Eglise ; le concile de Ri mini, si ferme d'abord, fléchit à la fin par surprise et par violence 6 : rien ne se fait dans les formes ; l'autorité de i'empereur est la seule loi ; mais les ariens, qui font tout par là, ne peuvent s'accorder entre eux et changent tous les jours leur symbole : la foi de Nicée subsiste i ; saint Athanase et saint Kiîaire, évoque de Poitiers, ses principaux défenseurs, se rendent célèbres par toute la terre.
Pendant que l'empereur Constance, occupé des affaires de l'arianisme, faisoit négligemment celles de l'empire, les Perses remportèrent de grands avantages. Les Allemands et les Francs tentèrent de toutes parts l'entrée des Gaules ; Julien, parent de i'empereur, les arrêta et les battit c. L'empereur lui-même délit les Sarmates, et marcha contre les Perses d. Là paroît la révolte de Julien contre l'empereur, son apostasie, la mort de Constance \ le règne de Julien, son gouvernement équitable, et le nouveau genre de persécution qu'il fit souffrir à l'Eglise. 11 en entretint les divisions; il exclut les chrétiens, non-seulement des honneurs, mais des études ; et, en imitant la sainte discipline de l'Église, il crut tourner contre elle ses propres armes. Les supplices furent ménagés, et ordonnés sous d'autres prétextes que celui de la religion. Les chrétiens demeurèrent lidèles à leur empereur : mais la gloire, qu'il cherehoit trop, le lit périr' ; il fut tué dans la Perse, où il s'étoit engagé témérairement. Jovien, son successeur, zélé chrétien, trouva les affaires désespérées, et ne vécut que pour conclure une paix honteuse.
Après lui 3, Yalentinien fit la guerre en grand capitaine h; il y mena son fils Gratien dès sa première jeunesse, maintint la discipline militaire, battit les barbares, fortifia les frontière? de l'empire, et protégea en Occident la foi de Nicée. Yalens, son frère, qu'il lit son collègue, la persécutoit en Orient; et, ne pouvant gagner ni abattre saint Basile et saint Grégoire de
a ANS DE J.-C. 557. — 6 359. — c 357 à 5o9. — <* 3go. e 361. — f 363. — 9 364. — h 566 à 568, 570, 571, etc.
1 « La foi de Nicée subsiste. » Cette expression, analogue au latin, paraîtrait faible aujourd'hui. On dirait : demeure triomphante, subsiste avec force, etc. On remarquera que certains mots, à force de servir, perdent de leur force primitive, et ont besoin, ou d'être renouvelés, ou d'être fortifiés par des qualifications ou des compléments.
Nazianze, il désespéroitde la pouvoir vaincre. Quelques ariens joignirent de nouvelles erreurs aux anciens dogmes de la secte. \ërius, prêtre arien, est noté dans les écrits des saints Pères comme l'auteur d'une nouvelle hérésie l, pour avoir égalé la prêtrise à l'épiscopat, et avoir jugé inutiles les prières et les oblations que toute l'Église faisoit pour les morts. Une troisième erreur de cet hérésiarque étoit de compter parmi les servitudes de la loi l'observance de certains jeûnes marqués, et de vouloir que le jeûne fût toujours libre. Il vivoit encore quand saint Épiphane se rendit célèbre par son Histoire des hérésies, où il est réfuté avec tous les autres. Saint Martin fut fait évêque de Tours, et remplit tout l'univers du bruit de sa sainteté et de ses miracles, durant sa vie et après sa mort. Valentinien mourut a après un discours violent qu'il fit aux ennemis de l'empire ; son impétueuse colère, qui le faisoit redouter des autres, lui fut fatale à lui-même. Son successeur Gratien vit sans envie l'élévation de son jeune frère, Valentinien II, qu'on fit empereur, encore qu'il n'eût q-ue neuf ans. Sa mère Justine, protectrice des ariens, gouverna durant son bas âge.
On voit ici, en peu d'années, de merveilleux événements: la révolte des Goths contre Valens6; ce prince quitter les Perses pour réprimer les rebelles ; Gratien accourir à lui après avoir remporté une victoire signalée sur les Allemands. Valens, qui veut vaincre seul, précipite le combat, où il est tué auprès d'Andrinoplec; les Goths, victorieux, le brûlent dans un village où il s'étoit retiré. Gratien, accablé d'affaires, associe a l'empire le grand Théodose, et lui laisse l'Orient*. Les Goths sont vaincus ; tous les barbares sont tenus en crainte ; et, ce que Théodose n'estimoit pas moins, les hérétiques macédoniens, qui nioient la divinité du Sain [-Esprit, sont condamnés au concile de Constantinoplee. Il ne s'y trouva que l'Eglise grecque; le consentement de tout l'Occident, et du pape saint Damase, le fit appeler second concile général.
Pendant que Théodose gouvernoit avec tant de force et tant Je succès, Gratien, qui n'étoit pas moins vaillant ni moins pieux, abandonné de ses troupes, toutes composées d'étrangers, lut immolé au tyran Maxime >\ L'Église et l'empire pleurent ce
« Ans de J -C 375. — b 377. — « 378. - « 379. - ' 381. — ' 58!. 1 Epiph., lib. m, har. lxxv, t. i, p. 906 ; Auç. hser. lui, t. vin, col 18 B.