‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 57 sur 110 · XI. CONSTANTIN, OC LA PAIX DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

XI. CONSTANTIN, OC LA PAIX DE L'ÉGLISE

non prince. Le tyran régna dans 'les Gaules a, et sembla se contenter de ce partage. L'impératrice Justine publia, sous le nom de son fils, des e'dits en faveur de l'arianisrne. Saint Ambroise, évèque de Milan, ne lui opposa que la saine doctrine, les prières et la patience, et sut, par de telles armes, non-seulement conservera l'Église les basiliques1 que les hérétiques vouloient occuper, mais encore lui gagner le jeune empereur. Cependant Maxime remue; et Justine ne trouve rien de plus fidèle que le saint évoque, qu'elle traitoit de rebelle. Elle l'envoie au tyran, que ses discours ne peuvent fléchir. Le jeune Yalentinien est contraint de prendre la fuite avec sa mère. Maxime se : maître à Rome, où il rétablit les sacrifices des faux dieux, par complaisance pour le sénat presque encore tout païen6. Après qu'il eut occupé tout l'Occident, et dans le temps qu'il se croyoit le plus paisible, Théodose, assisté des Francs, le défit dans la Pannonie, l'assiégea dans Aquilée, et le laissa tuer par ses soldats.

Maître absolu des deux empires, il rendit celui d'Occident à Yalentinien, qui ne le garda pas longtemps. Ce jeune prince éleva et abaissa trop Arbogasie, un capitaine des Francs, vaillant, désintéressé, mais capable de maintenir par toutes sortes de crimes le pouvoir qu'il s'étoit acquis sur les troupes. Il éleva le tyran Eugène, qui ne savoit que discourir, et tua Yalentinien c, qui nevouloit plus avoir pour maître le superbe Franc. Ce coup détestable fut fait dans les Gaules, auprès de Yienne. Saint Ambroise, que le jeune empereur avoit mandé pour recevoir de lui le baptême, déplora sa perte, et espéra bien de son salut. Sa mort ne demeura pas impunie. Un miracle visible donna la victoire à Théodose sur Eugène, et sur les faux dieux dont ce tyran avoit rétabli le culte. Eugène fut pris : il fallut le sacrifier à la vengeance publique, et abattre la rébellion par sa mort*. Le fier Arbogaste se tua lui-même, plutôt que d'avoir recours à la clémence du vainqueur, que tout le reste des rebelles venoit d'éprouver.

Théodose, seul empereur, fut la joie et l'admiration de touf

■ Ans de J.-C. 386, 587. — & 388. — « 392. — * 39-i.

1 « On appelait primitivement Basiliques, des édifices publics où l'on rendait la justice. Depuis l'établissement du christianisme, plusieurs de ces édiSces furent consacrés au culte, et par suite, on a nommé Basiliques certaines églises principales construites selon le plan des anciennes basiliques. » Acad. Cne basilique avait une nef principale, flanquée de bas côtés, au-dessoa desquels régnait une galerie

9G PARTIE I. LES ÉPOOUES.

l'univers. Il appuya la religion; il fit taire les hérétique*; i

abolit les sacrifices impurs des païens ; il corrigea la mollisse, et réprima les dépenses superflues. Il avoua humblement se? fautes, et il en fit pénitence". Il écouta saint Ambroise, céle- .re docteur de l'Église, qui le reprenoit de sa colère, seul vice d'un si grand prince. Toujours victorieux, jamais il ne fit la guerre que par nécessité. Il rendit les peuples heureux, et mourut en paix&, plus illustre par sa foi que par ses victoires

De son temps", saint Jérôme, prêtre, retiré dans la sainte grotte de Bethléem, entreprit des travaux immenses pour expliquer l'Écriture, en lut tous les interprètes, déterra toutes les histoires saintes et profanes qui la peuvent écîaircir, et composa, sur l'original hébreu, la version de la Bible que toute l'Église a reçue sous le nom de Vulgate.

L'empire, qui paroissoit invincible sous Théodose, changea tout à coup sous ses deux fils. Arcade eut l'Orient, et Honorius l'Occident ; tous deux, gouvernés par leurs ministres, ils tirent servir leur puissance à des intérêts particuliers1. Rufin etEutrope, successivement favoris d'Arcade*, et aussi méchants l'un Que l'autre, périrent bientôt', et les affaires n'en allèrent pas mieux sous un prince foiblef . Sa femme Eudoxe lui fit persécuter saint Jean Chrysosteme, patriarche de Constantinople*, et la lumière de l'Orient. Le pape saint Innocent, et tout POo nt, soutinrent ce grand évêque contre Théophile, patriarche d'Alexandrie, ministre des violences de l'impératrice. L'Occident étoit troublé par l'inondation des barbares'*. Radae, Goth et païen, ravagea l'Italie. Les Vandales, nation gothique et arienne, occupèrent une partie de la Gaule, et se répandirent dans l'Espagne. Alaric, roi des Visigoths, peuples ariens, contraignit Honorius à lui abandonner ces grandes provinces déjà occupées par les Vandales. Stilicon, embarrassé de tant de barbares, les bat, les ménage, s'entend, et rompt avec eux, sacrifie tout à son intérêt, et conserve néanmoins l'empire qu'il avoit dessein d'usurper2.

Cependant Arcade mourut™, et crut l'Orient si dépourvu de

« ANS DE J.-C. 390. — b 395. — « S6G, 387. — * 395. — « 309. — f 403. — 9 404. — * 406 et suiv. — aa 408.

1 Cette phrase a quelque obscurité; le sens est : Ils laissèrent leurs ministres employer la puissance impériale à servir leurs propres intérêts. Aa lieu de tous deux, la grammaire exigerait tous les deux.— 2 « Stilicon, er&barrasse, elc. » Ifotea 1° mouvement et la concision de cette phrase.

XL CONSTANTIN, OU LA PAIX DE L'EGLISE. £l

bons sujets1, qu'il mit son fils Théodose, âgé de huit ans, sous la tutelle d'Isdegerde, roi de Perse. Mais Pulchérie, sœur du jeune empereur, se trouva capable des grandes affaires. L'empire de Théodose se soutint par la prudence et par la piété de cette princesse.

Celui d'Hoaorius sembloit proche de sa ruine. Il lit mourir Stilicon, et ne sut pas remplir la place d'un si habile ministre. La révolte de Constantin, la perte entière de la Gaule et de l'Espagnea, la prise et le sac de Piome6 par les armes d'Alaric et des Visigoths, furent la suite de la mort de Stilicon. Atauiphe, plus furieux qu'Alaric, pilla Rome de nouveau, et il ne songeoit qu'à abolir le nom romain ; mais, pour le bonheur du l'empire, il prit Placidie, sœur de l'empereur. Cette princesse captive, qu'il épousa, l'adoucit. Les Goths traitèrent avec les Romains0, et s'établirent en Espagne d, en se réservant dans les Gaules les provinces qui tiroient vers les Pyrénées. Leur roi Vaiiia conduisit sagement ces grands desseins. L'Espagne montra sa constance; et sa foi ne s'altéra pas sous la domination de ces ariens.

Cependant les Bourguignons, peuples germains, occupèrent le voisinage du Rhin, d'où, peu à peu, ils gagnèrent le pays qui porte encore leur nom. Les Francs ne s'oublièrent pas résolus de faire de nouveaux efforts pour s'ouvrir les Gaules, ils élevèrent à la royauté Pharamond', fils de Marcomir ; et la monarchie de France, la plus ancienne et la plus noble de toutes celles qui sont au monde, commença sous lui.

Le malheureux Honorius mourut f sans enfants, et sans pourvoir a l'empire. Théodose nomma empereur » son cousin Valen tinien III, fils de Placidie et de Constance, son second mari, c! ie mit, durant son bas âge, sous la tutelle de sa mère, à qui il donna le titre d'impératrice.

En ces temps, Célestius et Pelage2 nièrent le péché origine, et la grâce par laquelle nous sommes chrétiens h. Malgré leurs dissimulations, les conciles d'Afrique les condamnèrent aa. Les

3 Ans de J.-C. 409. — b 410. — ■ 415. — «* 414, 415. — c 420. — f 425. — 9 424. — h 412, 415. — aa 41ô.

* « Cependant Arcade, etc. » Phrase Irôs-négligée. Z?oh3 mjeis, lier, pour d'hommes dignes de confiance. — *« Céleslius et Pelage. » Pelage, moine de la Grande-Bretagne, niait la transmission dn péché originel, et la nécessité de la grâce ; il fut condamné par plusieurs conciles, c: définitivement par te concile général d'Eplièso, en 451. Céleslius, ami et sec'.atear «i$ Péiage.

papes saint Innocent0 et saint Zozimc, que le pape saint Célestin suivit depuis, autorisèrent la condamnation, et retendirent par tout l'univers. Saint Augustin confondit ces dangereux hérétiques, et éclaira toute l'Église par ses admirables écrits. Le même Père, secondé de saint Prosper, son disciple, ferma la bouche aux demi-pélagicns, qui atlribuoient le commencement delà justification et de la foi aux seules forces du libre arbitre.

Un siècle si malheureux à l'empire, et où il s'éleva tant d'hérésies, ne laissa pas d'être heureux au christianisme. Nul trouble ne rébranla, nulle hérésie ne le corrompit. L'Eglise , féconde en grands hommes, confondit toutes les erreurs. Après les persécutions, Dieu se plut à faire éclater la gloire de ses martyrs ; toutes les histoires et tous les écrits sont pleins de miracles que leur secours imploré et leurs tombeaux honorés opéraient par toute la terre *. Vigilance *, qui s'opposoit à des sentiments si reçus, réfuté par saint Jérôme, demeura sans suite. La foi chrétienne s'afïèrmissoit et s'étendoit tous les jours.

Mais l'empire d'Occident n'en pouvoit plus. Attaqué par tant d'ennemis^ il fut encore affoibli par les jalousies de ses généraux. Par les artifices d'Aétius, Boniface, comte d'Afrique, devint suspect à Placidie c. Le comte, maltraité, fit venir d'Espagne Genséric et les Vandales, que les Goths en chassoient, et se repentit trop tard de les avoir appelés. L'Afrique fut ôtée à l'empire.

L'Eglise souffrit des maux infinis par la violence de ces ariens, et vit couronner une infinité de martyrs d. Deux furieuses hérésies s'élevèrent : Nestorius *, patriarche de Constantinople, divisa la personne de Jésus-Christ; et, vingt ans après, Eutychès 3, abbé, en confondit * les deux natures. Saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, s'opposa à Nestorius, qui fut

« Ans de J.-C. 417. — & 406. — « 427. — d 429.

1 Hier., Cont. Yirgil., t. iv, part, n, col. 282 et sqq. ; Gennad., de Script, eccl. B. — 2 « Nestorius » distinguait en Jésus-Christ deux personnes, .'une divine, et l'autre humaine, et refusait à la sainte Vierge le litre de more de Dieu. Il niait ainsi l'union du Verbe avec la nature humaine, et attaquait le dogme de l'Incarnation. Condamne par le pape saint Cyrille, et par le concile général d'Ephéso, 4SI. Le nestorianisme a encore des partisans en Orient ; ils &*ut connus sous le nom de chaldéens, ou nestoriens de Syrie. — 3 « Eutychès, abbé, » répandit ses erreurs en Orient, vers 448 ; il ne reconnaissait en Jésus-Christ qu'une seule nature. Son hérésie est l'inverse de celle de Nestorius. Condamné au concile général de Chalcédoine en 450. — 4 En confondit est ici trés-incorrect. Le pronom en ne s'emploie qu'avec les choses iiui ne sont pas personnifiées. Ex. : J'ai sondé cette rivière, le lit en est

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