‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 60 sur 110 · XI. CONSTANTIN , OU LA PAIX DE L'ÉGLISE. 9o · texte numérisé non relu

XI. CONSTANTIN , OU LA PAIX DE L'ÉGLISE. 9o

périt sans ressource. Auguste, qu'on nomme Augustule, fils d'Oreste, fut le dernier empereur reconnu à Rome, et incontinent après il fut dépossédé par Odoacre, roi des Hérules. C'étaient des peuples venus du Pont-Euxin, dont la domination ne fut pas longue.

En Orient, l'empereur Zenon entreprit de se signaler d'une manière inouïe. Il fut le premier des empereurs qui se mêla de régler les questions de la foi. Pendant que les demi-euty chiens s'opposoient au concile de Chalcédoine, il publia contre le concile son Hénotique % c'est-à-dire son décret d'union, détesté par les catholiques, et condamné par le pape Félix III \ Les Hérules furent bientôt chassés de Rome par Théodoric, roi des Ostrogoths, c'est-à-dire Goths orientaux, qui fonda le royaume d'Italie c, et laissa, quoique arien, un assez libre exercice à la religion catholique. L'empereur Anastase la troubloit en Orient d. Il marcha sur les pas de Zenon, son prédécesseur, et appuya les hérétiques '. Par là il aliéna ■ les esprits des peuples, et ne put jamais les gagner, même en ôtant des impôts fâcheux. L'Italie obéissoit à Théodoric. Odoacre, pressé dans Ravenne, tâcha de se sauver par un traité que Théodoric n'observa pas ; et les Hérules furent contraints de tout abandonner. Théodoric, outre l'Italie, tenoit encore la Provence. De son temps f, saint Benoit, retiré en Italie dans un désert, commençât, dès ses plus tendres années, à pratiquer les saintes maximes dont il composa depuis cette belle règle que tous les moines d'Occident reçurent avec le même respect que les moines d'Orient ont pour celle de saint Basile 2.

Les Pxomains achevèrent de perdre les Gaules par les victoires de Clovis, fils de Childéric. Il gagna aussi sur les Allemands la bataille de Tolbiac s, par le vœu qu'il fit d'embrasser la religion chrétienne, à laquelle Clotiïde, sa femme, ne cessoit de le porter. Elle étoit de la maison des rois de Bourgogne, et catholique zélée, encore que sa famille et sa nation fût arienne 3. Clovis, instruit par saint Vaast, fut baptisé à Reims, avec ses François, par saint Rémi, évêque de cette ancienne métropole. Seul de tous les princes du monde, il soutint la foi catholique, et mérita le titre de très-chrétien h à ses succes-

a Ans DE J.~C. 482. — *> 483. — c 490, 491. — <* 492. e 493. f 49*. — 9 495, ou 49Ô. BÉNÉD. — h 506.

1 « Aliéna les esprits. » La grammaire et l'analogie exigent s'aliéna.— * Construction négligée : cette phrase est défectueuse en ce qu'elle renferme deux idées principales, et deux que trop rapproché?, l'un relatif et l'autre conjonction.— 3 Auj. on dirait : fitxsert arienv.es. Vcy. p. 52, note 2.

seurs. Par la bataille a où il tua de sa propre main Alaric, roi des Visigoths,Tolose et l'Aquitaine furent jointes à son royaume. Mais la victoire des Ostrogoths l'empêcha de tout prendre jusqu'aux Pyrénées, et la fin de son règne b ternit la gloire des commencements. Ses quatre enfants partagèrent le royaume c, et ne cessèrent d'entreprendre les uns sur les autres. Anastase mourut frappé du foudre d l.

Justin, de basse naissance, mais habile et très-catholique, fut fait empereur par le sénat. Il se soumit avec tout son peuple aux décrets du pape saint Hormisdas, et mit fin aux troubles de l'Eglise d'Orient. De son temps, Boëce, homme célèbre par sa doctrine aussi bien que par sa naissance, et Symmaque, son beau-père, tous deux élevés aux charges les plus éminentes, furent immolés aux jalousies de Théodoric, qui les soupçonna, sans sujet, de conspirer contre l'Etat. Le roi, troublé de son crime, crut voir la tête de Symmaque dans un plat qu'on lui servoit, et mourut quelque temps après e. Amalasonte, sa fille, et mère d'Atalaric, qui devenoit roi par la mort de son aïeul, est empêchée, par les Goths, de faire instruire le jeune prince comme méritoit sa naissance ; et, contrainte de l'abandonner aux gens de son âge, elle voit qu'il se perd sans pouvoir y apporter de remède.

L'année d'après, Justin mourut ', après avoir associé à l'empire son neveu Justinien, dont le long règne est célèbre par les travaux de Tribonien, compilateur du droit romain ^2, et par les exploits de Bélisaire et de l'eunuque Narsès. Ces deux fameux capitaines réprimèrent les Perses *, défirent les Ostrogoths"0 et les Vandales, rendirent à leur maître l'Afrique,

« A>s de J.-C. 507. — b 508. — ' 510. — d 518. — e 526. — f 527. — 9 52S, 542, 543. — h 556, 539, 540, 555. — «<» 534.

1 Foudre, pris au propre comme ici, est maintenant toujours féminin; pris au fi^aié, il est masculin ; on dit d'un grand guerrier, d'un grand orateur : c'est DM foudre de guerre, un foudre d'éloquence.— 2 D'après les ordres de Justinien, Tribonien réunit, en les abrégeant et en les divisant selon un certain ordre de matières, les décisions des jurisconsultes les plus renommés, lesquelles avaient force de loi ; ce recueil fut appelé le Digeste, ou les l'andectes. Il réunit de même les décrets ou rescrits des empereurs, sous le nom de Code, et y ajouta, sous celui de Novelles, les décrets de Justinien. Enfin, il composa un abrégé élémentaire du Droit, auquel on donna aussi l\;utorité légale, sous le nom à'Inslitutes. La réunion de ces livre* forms le corps du Droit romain. Le droit romain a eu longtemps en France, su/ 1 aucoup de points, l'autorité de la loi; il n'a plus aujourd'hui que celle dt» 1" raison écrite. Mais comme notre Code civil est basé en grande partie sur ce droit, l'étude en est toujours utile et recommandée.

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