XI. CONSTANTIN, OU LA PAIX DE L'EGLISE
l'Italie et Rome ; mais l'empereur, jaloux de leur gloire, sans Youloir prendre part à leurs travaux, les embarrassoit toujours plus qu'il ne leur donnoit d'assistance.
Le royaume de France s'augmentoit. Après une longue guerre, Childebert et Clotaire, enfants de Clovis, conquirent le rovaume de Bourgogne a, et en même temps immolèrent à leur ambition les enfants mineurs de leur frère Clodomir, dont ils partagèrent entre eux le royaume. Quelque temps après, et pendant que Bélisaire attaquoit si vivement les Ostrogoths, ce qu'ils avoient dans les Gaules fut abandonné aux François. La France s'étendoit alors beaucoup au delà du Rhin ; mais les partages des princes, qui faisoient autant de royaumes1, l'empèchoient d'être réunie sous une même domination. Ses principales parties furent la Neustrie, c'est-à-dire la France occidentale ; et l'Austrasie, c'est-à-dire la France orientale.
La même année que Rome fut reprise par Narsès 6, Justinien fit tenir à Constanlinople le cinquième concile général, qui confirma les précédents, et condamna quelques écrits favorables à Nestorius. C'est ce qu'on appeloit les trois Chapitres, à cause des trois auteurs, déjà morts il y avoit longtemps, dont il s'agissoit alors. On condamna la mémoire et les écrits de Théodore, évêque de Mopsueste; une lettre d'ïbas, évêque d'Edesse ; et parmi les écrits de Théodoret, ceux qu'il avoit composés contre saint Cyrille. Les livres d'Origène, qui troubîoien!; tout l'Orient depuis un siècle, furent aussi réprouvés. Ce concile, commencé avec de mauvais desseins, eut une heureuse conclusion, et fut reçu du saint-siége, qui s'y étoit opposé d'abord c.
Deux ans après le concile, Narsès, qui avoit ôté l'Italie aux Goths, la défendit contre les François, et remporta une pleine victoire sur Bucelin, général des troupes d'Austrasie. Maigre5 tous ces avantages, l'Italie ne demeura guère aux empereur?. Sous Justin II, neveu de Justinien, et après la mort de Narsès, le royaume Je Lombardie fut fondé par ; Iboïn d. Il prit Milan et Pavie"; Rome et Ravenne se sauvèrent à peine de ses mains'', et les Lombards firent souffrir aux Romains des maux extrêmes. Rome fut mal secourue par ses empereurs, que les Avares, nation scythique, les Sarrasins, peuples d'Arabie, et les Perses plus que tous les autres, tourmentoient de tous côtés en Orient *. Justin, qui ne croyoit que lui-même et
« ANS de J.-C. 532. — * 553. — c 555 é 563. — « 370. — f 57L
* Qui faisaient un royaume de chaque portion de l'héritage paternal.
ses passions, fut toujours battu par les Perses et par leur roi Cbosroès. Il se troubla de tant de pertes, jusqu'à tomber en frénésie1. Sa femme Sophie soutint l'empire. Le malheureux prince revint trop tard à son bon sens, et reconnut en mourant la malice de ses flatteurs °. Après lui, Tibère II, qu'il avoit nommé empereur, réprima les ennemis, soulagea les peuples, et s'enrichit par ses aumônes 6. Les victoires de Maurice, Cappadocien, général de ses armées, firent mourir de dépit le superbe Chosroès c. Elles furent récompensées de l'empire, que Tibère lui donna en mourant, avec sa fille Constantined.
En ce temps, l'ambitieuse Frédégonde, femme du roi Chilpéric Ier, mettoit toute la France en combustion, et ne cessoit d'exciter des guerres cruelles entre les rois françois.
Au milieu des malheurs de l'Italie, et pendant que Rome étoit affligée d'une peste épouvantable, saint Grégoire le Grand fut élevé, malgré lui, sur le siège de saint Pierre*. Ce grand pa e apaise la peste par ses prières ; instruit les empereurs, et tout ensemble leur fait rendre l'obéissance qui leur est due; c nsole l'Afrique, et la fortifie ; confirme en Espagne les Visigot^s convertis de l'arianisme, et Recarède le Catholique, qui venoit de rentrer au sein de l'Eglise; convertit l'Angleterre, réforme la discipline dans la France, dont il exalte les rois, toujours orthodoxes, au-dessus de tous les rois de la terre ; fléchit les Lombards; sauve Rome et l'Italie, que les empereurs ne pouvoient aider ; réprime l'orgueil naissant des patriarches de Constantinople ; éclaire toute l'Eglise par sa doctrine ; gouverne l'Orient et l'Occident avec autant de vigueur que d'humilité, et donne au monde un parfait modèle du gouvernement ecclésiastique.
L'histoire de l'Eglise n'a rien de plus beau que l'entrée du saint moine Augustin dans le royaume de Kent avec quarante de ses compagnons f, qui, précédés de la croix et de l'image du grand roi notre Seigneur Jésus-Christ, faisoient des vœux solennels pour la conversion de l'Angleterre *. Saint Grégoire, qui les avoit envoyés, les instruisoit par des lettres véritablement apostoliques, et apprenoit à saint Augustin à trem-
« Ans de J.-C. 579, ou 578. Bénéd. — h 580. — c 581, ou 579. BÉNÉD — <* 585, ou 582. BÉNÉD. — « 590. — f 597.
1 «Frénésie.» Démence furieuse, de fpfoçt esprit. — 2 Dcda, Wtl ângl., lib. I, c. xxv. B.