XI. CONSTANTIN, OU LA PAIX DE L'EGLISE
bler1 parmi les miracles continuels que Dieu faisoit par son ministère '.Berthe, princesse de France, attira au christianisme le roi Edhilbert son mari. Les rois de France et la reine Brunehaut protégèrent la nouvelle mission. Les évêques de France entrèrent dans cette bonne œuvre, et ce furent eux qui, par Tordre du pape, sacrèrent saint Augustin. Le renfort que saint Grégoire envoya au nouvel évêquea produisit de nouveaux fruits et l'Eglise anglicane prit sa forme63. L'empereur Maurice, ayant éprouvé la fidélité du saint pontife, se corrigea par ses avis, et reçut de lui cette louange, si digne d'un prince chrétien, que la bouche des hérétiques n'osoit s'ouvrir de son temps U*- si pieux empereur fit pourtant une grande faute. Un
mûre infini de Romains périrent entre les mains des barbares, faute d'être rachetés à un écu par tète c. On voit, incontinent après, les remords du bon empereur ; la prière qu'il fait ï Dieu de le punir en ce monde plutôt qu'en l'autre ; la révolte de Phocas, qui égorge à ses yeux toute sa famille d ; Maurice, tué le dernier, et ne disant autre chose parmi tous ses maux, que ce verset du Psalmiste : « Vous êtes juste, ô Seigneur, et tous vos jugements sont droits 4 ! » Phocas, élevé à l'empire par une action si détestable, tâcha de gagner les peuples en honorant le saint-siége, dont il confirma les privilèges». Mais sa sentence étoit prononcée f. Héraclius, proclamé empereur par l'armée d'Afrique, marcha contre lui. Alors Phocas éprouva que souvent les débauches nuisent plus aux princes que les cruautés ; et Photin, dont il avoit débauché la femme, le livra à Héraclius, qui le fit tuer.
La France vit un peu après une tragédie bien plus étrange5. La reine Brunehaut, livrée à Clotaire II, fut immolée 0 à l'ambition de ce prince : sa mémoire fut déchirée ; et sa vertu, tant louée par le pape saint Grégoire, a peine encore à se défendre.
L'empire cependant étoit désolé. Le roi de Perse Chosroès II, sous prétexte de venger Maurice, avoit entrepris de
« Ans J.-C. 601. — b 604. — c 601, ou 600. BÉNÉD. — <* 602. — « 60S. - f 610. — 9 614, ou 615. Bénéd.
1 « A trembler. » A éviter l'orgueil, à demeurer dans l'humilité et la crainte de Dieu. — 2 Greg., Iib. ix, ep. lviii ; mine lib xi, ind. 4, ep. xxvm, t. 11, toi. 1110. B. — 3 Fut constituée. Le mot anglicane étant réservé à l'Eglise actuelle d'Angleterre, séparée au seizième siècle, par le schisme et l'hérésie, de l'Eglise catholique ; on dirait mieux ici, l'Eglise d'Angleterre.— * P$ai, cxviii, 157. B. — 6 Etrange ne signifie pas ici singulière, mais atryrtcr«*W/e, etc. -s^x
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ferdre Phocas. Il poussa ses conquêtes sous Héraclius. On vit empereur battu, et la vraie croix enlevée par les Infidèles a ; puis, par un retour admirable, Héraclius cinq fois vainqueur, Ja Perse pénétrée par les Romains *, Chosroès tué par son fils, et la sainte croix reconquise.
Pendant que la puissance des Perses étoit si bien réprimée, un plus grand mal s'éleva contre l'empire et contre toute la chrétienté. Mahomet s'érigea en prophète 2 parmi les Sarrasins b ; il fut chassé de la Mecque par les siens. A sa fuite commence la fameuse hégire, d'où les mahométans comptent leurs années. Le faux prophète donna ses victoires pour toute marque de sa mission. Il soumit en neuf ans toute l'Arabie, de gré ou de force, et jeta les fondements de l'empire des califes.
A ces maux se joignit c l'hérésie des monothélites, qui, par une bizarrerie presque inconcevable, en reconnoissant deux natures en notre Seigneur, n'y vouloient rcconnoître qu'une seule volonté. L'homme, selon eux, n'y vouloit rien, et il n'y avoit en Jésus-Christ que la seule volonté du Verbe. Ces hérétiques cachoient leur venin sous des paroles ambiguës : un faux amour de la paix leur fit proposer qu'on ne parlât ni d'une ni de deux volontés. Ils imposèrent par ces artifices au pape Honorius Ier, qui entra avec eux dans un dangereux ménagement d, et consentit au silence, où le mensonge et la vérité furent également supprimés. Pour comble de malheur, quelque temps après % l'empereur Héraclius entreprit de décider ja. question de son autorité, et proposa son Ecthèse ou Exposition, favorable aux monothélites : mais les artifices des hérétiques furent enfin découverts. Le pape Jean IV condamna l'Ecthèse f. Constant, petit-fils d'Héraclius, soutint l'édit de son aïeul par le sien appelé Type ». Le saint-siége et le pape Théodore s'opposent à cette entreprise ; le pape saint Martin Ier as-
a Ans de J.-C. 620 à 626. — & G22. — c 629. — <* 635. — « 639. - 1" 640. — 9 648.
1 Pénétrée, pour envahie, ne se dirait plus aujourd'hui. On dit bien : l'eau avait pénétré ses habits, mais on ne peut dire qu'une armée a pénétré unpay s. Il faudrait : dans un pays. — 2 Bossuet aurait dû ici, ce semble, faire connattra brièvement les dogmes et l'esprit de l'islamisme. Cette religion consiste dans la croyance en un seul Dieu, qui, absolument séparé du monde, s'est seulement révélé à quelques prophètes et surtout à Mahomet. Le mahométisme rejette la Trinité, l'Incarnation et la Rédemption. Il permet la pluralité des femmes ; enseigne le fatalisme, offre pour récompense la volupté sur la terre et au ciel ; s'établit par la violence ; proscrit tout développement élevé de l'esprit, et soumet ses sectateurs à des pratiques minutieuses. C'est, en un mot, nn théisme abstrait, mêlé de superstitions nombreuses.
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semble le concile de Latran, où il anathéniatise le Type et les chefs des monothéîites a. Saint Maxime, célèbre par tout i'Orient pour sa piété et pour sa doctrine, quitte la cour infectée de la nouvelle hérésie, reprend ouvertement les empereurs qui avoient osé prononcer sur les questions de la foi, et souffre des maux infinis pour la religion catholique b. Le pape, traîné d'exil en exil, et toujours durement traité par l'empereur, meurt enfin c parmi les souffrances, sans se plaindre ni se relâcher de ce qu'il doit à son ministère.
Cependant la nouvelle Eglise anglicane, fortifiée par les soins des papes Boniface V et Honorius, se rendoit illustre par toute la terre. Les miracles y abondoient avec les vertus, comme dans les temps des apôtres ; et il n'y avoit rien de plus éclatant que la sainteté de ses rois. Edwin embrassa, avec tout son peuple d, la foi qui lui avoit donné la victoire sur ses ennemis, et convertit ses voisins. Oswalde servit d'interprète aux prédicateurs de l'Evangile e ; et renommé par ses conquêtes, il leur préféra la gloire d'être chrétien. Les Merciens furent convertis par le roi de Northumberland Oswin r ; leurs voisins et leurs successeurs suivirent leurs pas ; et leurs bonnes œuvres furent immenses. Tout périssoit en Orient. Pendant que les empereurs se consument dans des disputes de religion et inventent des hérésies, les Sarrasins pénètrent l'empire ; ils occupent la Syrie et la Palestine » ; la sainte cité leur est assujettie ; la Perse leur est ouverte par ses divisions, et ils prennent ce grand royaume sans résistance'1. Ils entrent en Afrique aa, en état d'en faire bientôt une de leurs provinces ; l'île de Chypre leur1 obéit 66, et ils joignent, en moins de trente ans, toutes ces conquêtes à celles de Mahomet.
L'Italie, toujours malheureuse et abandonnée, gémissoit sous les armes des Lombards. Constant désespéra de les chasser, et se résolut à ravager ce qu'il ne put défendre. Plus cruel que les Lombards mêmes, il ne vint à Piome que pour en pilier les trésors cc ; les églises ne s'en sauvèrent pas ; il ruina la Sardaigne et la Sicile, et, devenu odieux à tout le monde, il périt de la main des siens dd. Sous son fils Constantin Pogonat, c'està-dire le Barbu, les Sarrasins s'emparèrent de la Cilicie et de la Lycie ee. Constantinople assiégée ne fut sauvée que par un
« Ans de J.-C. 649. — & 650. — c 654. — d 627. — « 634. — .' 655
— f 65*, 635. — » 636, 637. — aa 647. — *>*> 648. — « 663. — <^ 668.
1 Incorrection : leur, pronom personnel, ne s'applique qu'aux personnes.
miracle*. Les Bulgares, peuples venus de l'embouchure du Volga, se joignirent à tant d'ennemis dont l'empire étoit accablé, et occupèrent b cette partie de la Thrace appelée depuis Bulgarie, qui étoit l'ancienne Mysie. L'Eglise anglicane enfantait de nouvelles églises; et saint Wilfrid, évêque d'York, chassé de son siège, convertit la Frise.
Toute l'Eglise reçut une nouvelle lumière par le concile de Constantinople c, sixième général, où le pape saint Agathon
fjrésida par ses légats, et expliqua la foi catholique par une ettre admirable. Le concile frappa d'analhème un évêque célèbre par sa doctrine, un patriarche d'Alexandrie, quatre patriarches de Constantinople c'est-à-dire tous les auteurs de la secte des monothélites, sans épargner le pape Honorius, qui les avoit ménagés. Après la mort d' Agathon, qui arriva durant le concile, le pape saint Léon II en confirma les décisions, et en reçut * tous les anathèmes. Constantin Pogonat, imitateur du grand Constantin et de Marcien, entra au concile à leur exemple ; et comme il y rendit les mêmes soumissions, il y fut honoré des mêmes titres d'orthodoxe, de religieux, de pacifique empereur, et de restaurateur de la religion. Son fils, Justinien II, lui succéda encore enfant d. De son temps, la foi s'étendoit et éclatoit vers le Nord. Saint Kilien, envoyé par le pape Conon, prêcha l'Evangile dans la Franconie «. Du temps du pape Serge, Ceadual, un des rois d'Angleterre, vint reconnoître en personne l'Eglise romaine, d'où la foi avoit passé en son île ; et, après avoir reçu le baptême par les mains du pape, il mourut f selon qu'il l'avoil lui-même désiré.
La maison de Clovis étoit tombée dans une foiblesse déplorable : de fréquentes minorités avoient donné occasion de jeter les princes dans une mollesse dont ils ne sortaient point étant majeurs. De là sort une longue suite de rois fainéants qui n'avoient que le nom de roi, et laissoient tout le pouvoir aux maires du palais. Sous ce titre, Pépin Héristel gouverna tout s, et éleva sa maison à de plus hautes espérances. Par son autorité, et après le martyre de saint Vigbert, la foi s'établit dans la Frise, que la France venoit d'ajouter à ses conquêtes. Saint Swibert, saint Willebrod^et d'autres hommes apostoliques, répandirent l'Evangile dans les provinces voisines.
Cependant la minorité de Justinien s'était heureusement pas-
« ANg DE J.-C. 672. — *> 678. — c 680. — d G*5. — « 686. — f 68», — 9 693. — >» 695.
* a En reçut. » B .', approuva