‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 63 sur 110 · XI. CONSTANTIN, OU LA PAIX DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

XI. CONSTANTIN, OU LA PAIX DE L'ÉGLISE

sée ; les victoires de Léonce avoient abattu les Sarrasins et rétabli la gloire de l'empire en Orient0. Mais ce vaillant capitaine, arrêté injustement et relâché mal à propos, coupa le nez à son maître et le chassa b. Ce rebelle souffrit un pareil traitement de Tibère, nommé Àbsimare, qui lui-même ne dura guère. Justinien rétabli c fut ingrat envers ses amis; et, en se vengeant de ses ennemis, il s'en fit de plus redoutables qui le tuèrent d. Les images de Philippique, son successeur, ne furent pas reçues dans Rome, à cause qu'il favorisoit les monothélites, et se déclaroit ennemi du concile sixième. On élut à Constantinople Anastase II, prince catholique, et on creva les yeux à Philippique e.

En ce temps, les débauches du roi Rodenc ou Rodrigue firent livrer l'Espagne aux Maures : c'est ainsi qu'on appeloit les Sarrasins d'Afrique. Le comte Julien, pour venger sa fille, dont Roderic abusoit, appela ces infidèles. Ils viennent avec des troupes immenses; ce roi périt, l'Espagne est soumise, et l'empire des Goths y est éteint. L'Eglise d'Espagne fut mise alors à une nouvelle épreuve ; mais comme elle s'étoit conservée sous les ariens, les mahométans ne purent l'abattre. Ils la laissèrent d'abord avec assez de liberté ; mais dans les siècles suivants il fallut soutenir de grands combats ; et la chasteté eut ses martyrs aussi bien que la foi, sous la tyrannie d'une nation aussi brutale qu'infidèle.

L'empereur Anastase ne dura guère : l'armée força Théodose III à prendre la pourpre f. Il fallut combattre ; le nouvel empereur gagna la bataille, et Anastase fut mis dans un monastère.

Les Maures, maîtres de l'Espagne, espéroient s'étendre bientôt au delà des Pyrénées; mais Charles Martel, destiné à les réprimer, s'étoit élevé en France, et avoit succédé, quoique bâtard, au pouvoir de son père, Pépin Héristel, qui laissa l'Austrasie à sa maison comme une espèce de principauté sou • veraine, et le commandement en Neustrie, par la charge de maire du palais. Charles réunit tout par sa valeur.

Les affaires d'Orient étoient brouillées. Léon Isaurien, préfet d'Orient, ne reconnut pas Théodose, qui quitta sans répugnance 9 l'empire qu'il n' avoit accepté que par force, et, retiré à Ephèse, ne s'occupa plus que des véritables grandeurs.

Les Sarrasins reçurent de grands coups durant l'empire de

• Ans de J.-C. 694. — b 696, ou 695. Bénéd. — c 702, ou 705. Béh*p> - * 71*. - * 713. - f 715, ou 716. BÉNÉD. — 9 716, OU 717. BÉNï».

Léon. Ils levèrent honteusement le siège de Constantinople" Pelage, qui se cantonna dans les montagnes d'Asturie 6, avec ce qu'il y avoit de plus résolu parmi les Goths, après une victoire signalée, opposa à ces infidèles un nouveau royaume, par lequel ils dévoient un jour être chassés de l'Espagne. Malgré les efforts et l'armée immense d'Abdérame, leur général, Charles Martel gagna sur eux la fameuse bataille de Tours0. îl y périt un nombre infini de ces infidèles , et Abdérame lui-même y demeura sur la place. Cette victoire fut suivie d'autres avantages, par lesquels Charles arrêta les Maures, et étendit le royaume jusqu'aux Pyrénées. Alors les Gaules n'eurent presque rien qui n'obéît aux François, et tous reconnoissoient Charles Martel* Puissant en paix, en guerre, et maître absolu du royaume, il régna sous plusieurs rois, qu'il fit et défit à sa fantaisie, sans oser prendre ce grand titre. La jalousie des seigneurs françois vouloit être ainsi trompée.

La religion s'établissoit en Allemagned. Le prêtre saint Boni face convertit ces peuples, et en fut fait évoque par le pape Grégoire II, qui l'y avoit envoyé.

L'empire étoit alors assez paisible ; mais Léon y mit le trouble pour longtemps. Il entreprit de renverser, comme des idoles, les images de Jésus-Christ et de ses saints e. Comme il ne put attirer à ses sentiments saint Germain, patriarche de Constantinople, il agit de son autorité; et, après une ordonnance du sénat, on lui vit1 d'abord briser une image de Jésus-Christ, qui étoit posée sur la grande porte de l'église de Constantinople. Ce fut par là que commencèrent les violences des iconoclastes, c'est-à-dire des brise-images. Les autres images, que les empereurs, les évcques, et tous les fidèles, avoient érigées depuis la paix de l'Église, dans les lieux publics et particuliers, furent aussi abattues. A ce spectacle le peuple s'émut. Les statues de l'empereur furent renversées en divers endroits. Il se crut outragé en sa personne ; on lui reprocha un semblable outrage qu'il faisoit à Jésus-Christ et à ses saints, et que, de son aveu propre, l'injure faite à l'image rctomboit sur l'original. L'Italie passa encore plus avant; l'impiété de l'empereur fut cause qu'on lui refusa les tributs ordinaires. Luitprand, roi des Lombards, se servit du même prétexte pour prendre Ravenne, résidence •les exarques. On nommoit ainsi les gouverneurs que les empe-

« Ans de I.-C 718. — & 719. — « 725. ou 732. Bivip. -- d 725. — • 726.

1 L'exactitude grammaticale demande: on le vit

Page 1