XI. CONSTANTIN , OU LA PAIX DE L'ÉGLISE
leurs envoyoienl en Italie. Le pape Grégoire II s'opposa au renversement des images, mais en même temps il s'opposoit aux ennemis de l'empire, et tâchoit de retenir les peuples dans Tobéissance. La paix se fit avec les Lombards", et l'empereur exécuta son décret contre les images plus violemment que jamais. Mais le célèbre Jean de Damas lui déclara que, en matière de religion, il ne connoissoit de décrets que ceux de l'Eglise, et souffrit beaucoup. L'empereur chassa de son siège le patriarche saint Germain, qui mourut en exil, âgé de quatre-\ingtdix ans6.
Un peu aorès6, les Lombards reprirent les armes, et, dans les maux qu'ils faisoient souffrir au peuple romain, ils ne furent retenus que par l'autorité de Charles Martel, dont le pape Grégoire II avoit imploré l'assistance.
Le nouveau royaume d'Espagne, qu'on appeloit dans ces premiers temps le royaume d'Oviède, s'augmentoit par les victoires et par la conduite d'Alphonse, gendre de Pelage, qui, à l'exemple de Recarède, dont il étoit descendu, prit le nom dr Catholique.
Léon mourut d, et laissa l'empire, aussi bien que l'Eglise. dans une grande agitation. Àrtabaze, préteur d'Arménie, se fit proclamer empereur, au lieu de Constantin Copronyme, fils de Léon, et rétablit les images.
Après la mort de Charles Martel, Luitprand menaça Rome de nouveau; l'exarchat de Ravenne fut en péril, et l'Italie dut son salut à la prudence du pape saint Zacnarie". Constantin, embarrassé dans l'Orient, ne songeoit qu'à s'établir ; il battit Artabaze, prit Constantinople, et la remplit de supplices''.
Les deux enfants de Charles Martel, Carloman et Pépin, avoient succédé à la puissance de leur père ; mais Carloman, aégoûté du siècle, au milieu de sa grandeur et de ses victoires, embrassa la vie monastique^. Par ce moyen, son frère Pépin réunit en sa personne toute la puissance. Il sut la soutenir par un grand mérite, et prit le dessein de s'élever à la royauté. Childéric, le plus misérable de tous les princes, lui en ouvrit le chemin *, et joignit à la qualité de fainéant celle d'insensé. Les François, dégoûtés de leurs fainéants, et accoutumés depuis tant de temps à la maison de Charles Martel, féconde en grands hommes, n'étoient plus embarrassés que du serment qu'ils avoient prêté à Childéric. Sur la réponse du pape Zacha»
« Ans ce .T.-C, 7S0. — » 739, ou 733. — « 740. — d 741. — « 742. - ' 743. — 9 74*?. h 752. BÉNÉo.
rie, ils se crurent libres, et d'autant plus dégagés du serment qu'ils avoient prêté à leur roi, que lui et ses devanciers sembloient, depuis cent ans, avoir renoncé au droit qu'ils avoient de leur commander, en laissant attacher tout le pouvoir à la charge de maire du palais. Ainsi Pépin fut mis sur le trône, et le nom de roi fut réuni avec L'autorité.
Le pape Etienne III trouva dans le nouveau roia le même zèle que Charles Martel, avoit eu pour le saint-siége contre les Lombards. Après avoir vainement imploré le secours de l'empereur, il se jeta entre les bras des François. Le roi le reçut en France avec respect, et voulut être sacré et couronné de sa main6. En même temps, il passa les Alpes, délivra Rome et l'exarchat de Ravenne, et réduisit Astoiphe, roi des Lombards, à une paix équitable. Cependant l'empereur faisoit la guerre aux images. Pour s'appuyer de l'autorité ecclésiastique, il assembla un nombreux concile à Constantinople. On n'y vit pourtant point paroître, selon la coutume, ni les légats du saintsiége, ni les évêques ou les légats des autres sièges patriarcaux1. Dans ce concile, non seulement on condamna comme idolâtrie tout l'honneur rendu aux images en mémoire des originaux, mais encore on y condamna la sculpture et la peinture comme des arts détestables*. C'étoit l'opinion des Sarrasins, dont on disoit que Léon avoit suivi les conseils quand il renversa les images. Il ne parut pourtant rien contre les reliques. Le concile de Copronyme ne défendit pas de les honorer, et il frappa d'anathème ceux qui refusoient d'avoir recours aux prières de la sainte Vierge et des saints 3. Les catholiques, persécutés pour l'honneur qu'ils rendoient aux images, répondoient à l'empereur qu'ils aimoient mieux endurer toute sorte d'extrémités que de ne pas honorer Jésus-Christ jusque dans son ombre.
Cependant Pépin repassa les Alpes, et châtia0 l'infidèle Astoiphe, qui refusoit d'exécuter le traité de paix. L'Église romaine ne reçut jamais un plus beau don que celui que lui fit alors ce pieux prince. Il lui donna les villes reconquises sur les Lombards, et se moqua de Copronyme qui les redemandoits lui qui n'a voit pu les défendre. Depuis ce temps, les empereurs
« Ans de J.-€. 753. — & 754. c 753.
1 Conr. Nie. II, act. vi, t. vu; Concil., col. 393. B. — * Ibid., De/in. P$eudo-syn. C. P., col. 438, 506. B. — 8 Ibid.t Pseudo-syn. C. P., Can.ix et XI, col. 523, 527. B
XI CONSTANTE,, en! LÀ PÀÏX DE L'EGLISE. ^ Kft
furent peu reconnus dans Rome ; ils y devinrent méprisables par leur foiblesse, et odieux par leurs erreurs. Pépin y fut regardé comme protecteur du peuple romain et de l'Eglise romaine. Cette qualité devint comme héréditaire à sa maison et aux rois de France.
Charlemagne, fils de Pépin, la soutint avec autant de courage que de piété. Le pape Adrien eut recours à lui contre Didier, roi des Lombards, qui avoit pris plusieurs villes, et menaçoit toute l'Italie0. Charlemagne passa les Alpes6. Tout fléchit ; Didier fut livré c ; les rois lombards, ennemis de Rome et des papes, furent détruits ; Charlemagne se fit couronner roi d'Italie, et prit le titre de roi des François et des Lombards. En même temps, il exerça dans Rome même l'autorité souveraine, en qualité de patrice, et confirma au saint-siége les donations du roi son père. Les empereurs avoient peine à résister aux Bulgares, et soutenoient vainement contre Charlemagne les Lombards dépossédés.
La querelle des images duroit toujours. Léon IV, fils de Cepronyme, sembloit d'abord s'être adouci ; mais il renouvela la persécution aussitôt qu'il se crut le maître. Il mourut bientôt d. Son fils Const&ntin, âgé de dix ans, lui succéda, et régna sons la tutelle de l'impératrice Irène, sa mère. Alors les choses commencèrent à changer de face. Paul, patriarche de Constantinople, déclara, sur la fin de sa vie, qu'il avoit combattu les images contre sa conscience, et se retira dans an monastère;', où il déplora, en présence de l'impératrice, le malheur de l'Église de Constantinople, séparée des quatre sièges patriarcaux, et lui proposa la célébration d'un concile universel comme l'unique remède d'un si grand mal. Taraise, son successeur, soutint que la question n'avoit pas été jugée dans l'ordre, parce qu'on avoit commencé par une ordonnance de l'empereur, qu'un concile, tenu contre les formes, avoit suivie ; au lieu qu'en matière de religion, c'est au concile à commencer, et aux empereurs à appuyer le jugement de l'Église. Fondé sur cette raison, il n'accepta le patriarcat qu'à condition qu'on tiendroit le concile universel ; il fut commencé à Constantinople, et continué à Nicéef. Le pape y envoya ses légats ; le concile des iconoclastes fut condamné ; ils sont détestés comme gens qui, à l'exemple des Sarrasins, accusoient les chrétiens d'idolâtrie. On décida que les images seroient honorées en mémoire eî
« ikNS de J.-C. 775. — * 775. — c 774. — « 780. — • 78 î. — f 787.
108 PARTIE ï. LES ÉFOQUES.
pour l'amour des originaux ; ce qui s'appelle, dans le concile culte relatif, adoration et salutation honoraire, qu'on oppose au culte suprême, et à l'adoration de latrie, ou d'entière sujétion, que le concile réserve à Dieu seul *. Outre les légats du saintsiége, et la présence du patriarche de Constantinople, il y parut des légats des autres sièges patriarcaux opprimés alors par les infidèles. Quelques-uns leur ont conteste leur mission ; mais ce qui n'est pas contesté, c'est que, loin de les désavouer, tous ces sièges ont accepté le concile sans qu'il y paroisse de contradiction , et il a été reçu par toute l'Eglise.
Les François, environnés d'idolâtres ou de nouveaux chrétiens dont ils craignoient de brouiller les idées, et d'ailleurs embarrassés du terme équivoque d'adoration, hésitèrent longtemps. Parmi toutes les images, ils ne vouloient rendre d'honneur qu'à celle de la croix, absolument différente des ligures, que les païens croyoient pleines de divinité. Ils conservèrent pourtant en lieu honorable, et même dans les églises, les autres images, et détestèrent les iconoclastes. Ce qui resta de diversité ne fit aucun schisme. Les François connurent enfin que les Pères de Nicée ne demandoient pour les images que le même genre de culte, toutes proportions gardées, qu'ils rendoient eux-mêmes aux reliques, au livre de l'Évangile, et à la croix ; et ce concile fut honoré par toute la chrétienté sous le nom de septième concile général.
Ainsi nous avons vu les sept conci/es généraux, que l'Orient et l'Occident *, l'Église grecque et l'Église latine reçoivent avec une égale révérence. Les empereurs convoquoient ces grandes assemblées par l'autorité souveraine qu'ils avoient sur tous les évoques, ou du moins sur les principaux, d'où dépendoient tous les autres, et qui étoient alors sujets de l'empire. Les voitures publiques leur étoient fournies par l'ordre des princes. Us assembloient les conciles en Orient, où ils faisoient leur résidence, et y envoyaient ordinairement des commissaires pour maintenir l'ordre. Les évêques ainsi assemblés portoient avec eux l'autorité du Saint-Esprn et la tradition des Églises. Dès l'origine du christianisme, il y avoit trois sièges principaux, qui
1 Conc. Nie. Il, aet. vu, t. vu, Cône., col. 555. B. — Bossuet îait connaître >a manière dont les conciles étaient convoqués, les fornr.es de leurs délibérations, l'esprit et les principes qui guidaient leurs décisions. L'auteur, en se servant partout d'une forme du passé (imparfait), ne veut pas dire que les régies des conciles aient été changées, car tout cela est invariable, mair. en raire voir l'ancienneté ; les formes seules, indifférentes en ellea-r^mea, ont \>u être modifiée.