CHAPITRE IV
Dav d, Salornon, les rois, et les prophètes.
[Sommaire. —Indication générale des faits; caractère des deux règnes de Daviu et de Salornon; récit ripide des actions de David; le temple projeté. — Coostrui tion du temple sous Salornon ; grandeur de ce roi. L'auteur revient de l'élévation de la maison de Juda, et de la race de David, à la promesse du Messie. De la il passe aux prophéties qui annonçaient ce grand événement : d'abord il analyse les prophéties renfermées dans les psaumes, touchant la grandeur du Messie, et ensuite, touchant son abaissement sur la terre. Il contrnue ce sujet en donnant la substance des autres prophètes qui ont aussi annoncé le Christ. — Persécutions exercées contre 1rs prophètes ; leurs souffrances sont l'image de celles de Jésus-Christ. — Prophétierelatives à la conversion et au salut des Gentils. — Le caractère de Jésus-Christ ei de sa doctrine exprimé parles prophètes; caractère et universalité du culte nouveau que le Sauveur répandra sur toute la terre : en finissant ce magnifique exposé, l'auteur se résume en peu de mots. Il revient ensuite à l'histoire du peuple juif, et retrace, avec les réflexions que ce récit suggère, les faits principaux de David et de Salornon, et le schisme des dix tribus. — La liaison des temps le conduit à l'histoire de Tobie qu'il analyse, et dont il fait voir le sens. ]
Ici le peuple de Dieu prend une forme plus auguste1. La royauté est affermie dans la maison de David. Celte maison commence par deux rois de caractère différent, mais admirables tous deux. David, belliqueux et conquérant, subjugue les ennemis du peuple de Dieu, dont il fait craindre les armes par tout l'Orient; et Salornon, renommé par sa sagesse au dedans et au dehors, rend ce peuple heureux par une paix profonde. Mais la suite de la religion nous demande ici quelques remarques particulières sur la vie de ces deux grands rois.
David régna d'abord sur Juda, puissant et victorieux, et ensuite il fut "reconnu par tout Israël. Il prit sur les Jébuséens la forteresse de Sion, qui étoit la citadelle de Jérusalem. Maître de cette ville, il y établit, par ordre de Dieu, le siège de la royauté et celui de la religion. Sion fut sa demeure : il bâtit autour, et la nomma la cité de David 2. Joab, fils de sa sœur 3, bâtit le reste de la ville, et Jérusalem prit une nouvelle forme. Ceux de Juda occupèrent tout le pays; et Benjamin, petit en nombre, y demeura mêlé avec eux.
1 Dans le premier alinéa, style coupé, propre à détacher nettement le» faus. —*// fiey., v, 6, 7, 8, 9; 1 Par., Xi, 6, 7, S. B. — 5 lbid.t n, 16. B.
L'arche d'alliance bâtie par Moïse, où Dieu reposoit sur les Chérubins, et où les deux tables du Décalogue étoient gardées, n'avoit point de place fixe. David la mena en triomphe dans Sion1, qu'il avoit conquise par le tout-puissant secours de Dieu, afin que Dieu régnât dans Sion, et qu'il y fût reconnu comme le protecteur de David, de Jérusalem et de tout le royaume. Mais le Tabernacle où le peuple avoit servi Dieu dans le désert, étoit encore à Gabaon2 ; et c'étoit là que s'offroient les sacrifices, sur l'autel que Moïse avoit élevé. Ce n'étoit qu'en attendant qu'il y eût un temple où l'autel fût réuni avec l'arche, et où se fit tout le service. Quand David eut défait tous ses ennemis, et qu'il eut poussé les conquêtes du peuple de Dieu jusqu'à FEuphrate3, paisible et victorieux, il tourna toutes ses pensées ;: l'établissement du culte divin4; et sur la même montagne où Abraham, prêt à immoler son lils unique, fut retenu par ! 1 main d'un ange 5, il désigna par ordre de Dieu le lieu du tempî . .
Il en fit tous les desseins 6 ; il en amassa les riches et précieux matériaux ; il y destina les dépouilles des' peuples et des rois vaincus. Mais ce temple, qui devoit être disposé parle conquérant, devoit être construit par ïe pacifique. Salomon le bâtit sur le modèle du Tabernacle. L'autel des holocaustes, l'autel des parfums, le chandelier d'or, les tables des pains de proposition, tout le reste des meubles sacrés du temple fut pris sur des pièces semblables7 que Moïse avoit fait faire dans le désert8. Salomon n'y ajouta que la magnificence et la grandeur. L'arche que l'homme de Dieu8 avoit construite fut posée dans le Saint des saints, lieu inaccessible, symbole de l'impénétrable majesté de Dieu, et du ciel interdit aux hommes jusqu'à ce que Jésus-Christ leur en eût ouvert l'entrée par son sang. Au jour
HlReg., vi, 18. B.-* I Par., xvi, 59 ; xxi, 29. B.-3/7 Reg., vm ; I Par., xviii.B.— '■* II Reg., mit, 25; / Par.. xxi,xxii et sqq. B.— 3 Joseph., Ànt.Jud. lib. vu, e. x, al. xni. B.— ^Plusieurs éditions modernes portent le mot dessiné sans e muet, ce qui est contraire à la vraie leçon. Du temps de Bossuct le mot dessein s'écrivait d'une manière uniforme, c'est-à-dire avec Ve muet, dans toutes ses acceptions; plus tard on voulut distinguer les deux acceptions par des orthographes différentes. L'étymologie est designatio. Ce mot, dans !o passage auquel il se rapporte ici, comprend la pensée, la conception, l'ordre, la distribution du bâtiment. Au dix-huitième siècle on écrivait encore dessein • les deux sens. (Voy. le Dictionn. de Trévoux.) — * Pour faire les meubles sacrés. . on prit pour modèles les meubles, les vases sacrés que .Moïse, etc. —III Reg., vi, vu, vin ; // Par., m, IV, v, vi, vu. B. — 8 L'homme de Dieu u'est pas ici un mot d'enflure ou de simple ornement, il est rigoureuseroeiH exact, et indique la raison qui déterminait Salomon à celle imitat'Oi» scrupuleuse des modèles donnés par Moïse.
de la dédicace du temple, Dieu y parut dans sa majesté. Il choisit ce lieu pour y établir son nom et son culte. Il y eut défense de sacrifier ailleurs. L'unité de Dieu fut démontrée 1 par l'unité de son temple. Jérusalem devint une cité sainte, image de FÉ^lise, où Dieu devoit habiter comme dans son véritable temple, et du ciel, où il nous rendra éternellement heureux par la manifestation de sa gloire.
Après que Salomon eut bâti le temple2, il bâtit en: palais des rois3, dont l'architecture étoit digne d'un si grand prince. Sa maison de plaisance, qu'on appela le Bois du Liban, étoit également superbe et délicieuse. Le palais qu'il éleva v la reine fut une nouvelle décoration à Jérusalem. Tout grand dans ces édifices : les salles, les vestibules, les galerie?, les promenoirs, le trône du roi et le tribunal où il rendoit la justice; le cèdre fut le seul bois qu'il employa dans ces 01: Tout y reluisoit d'or et de pierreries. Les citoyens ei étrangers admiroient la majesté des rois d'Israël. Le reste répondoit à cette magnificence, les villes, les arsenaux, les chevaux, les chariots, la garde du prince4. Le commerce, la navigation et le bon ordre, avec une paix profonde, avoient r: Jérusalem la plus riche ville de l'Orient. Le royaume étoit tranquille et abondant : tout y représentoit la gloire céleste. Dans les combats de David, on voyoit les travaux par lesquels il la falloit mériter; et on voyoit dans le règne de Salomon combien la jouissance en étoit paisible.
Au reste, l'élévation de ces deux grands rois et de la : royale, fut l'effet d'une élection5 particulière. David célèbre lui-même la merveille de cette élection par ces paroles 5 : a Die:; « a choisi les princes dans la tribu de Juda. Dans la maison « de Juda, il a choisi la maison de mon père. Parmi les en- « fants de mon père, il lui a plu de m'élire roi sur tout son « peuple d'Israël ; et parmi mes enfants (car le Seigneur m'en « adonné plusieurs), il a choisi Salomon, pour être assis sur « le trône du Seigneur et régner sur Israël. »
CeLta élection divine avoit un objet plus haut que celui qui
1 Fut représentée: au sens du latin démon strare.—ï « Après que Salomon, etc. » On pourrait désirer un style plus pittoresque, plus de couleur locale: mais peut-être y perdrait-on, sous le rapport essentiel, de l'unité dans le but et la nature de ce discours, qui est surtout d'éclairer l'esprit.— 3 llllisg., vu, x. B.— * Ibid., x; // Par., vin, x. B.— 3 «D'une élection,» d'un choix; mais l'expression de Bossuot, prise dans le langage de l'Écriture, a plus de force et de noblesse.—*5 / Par xvm, 4. 5. U.
paroit d'abord. Ce Messie tant de fois promis comme le fils d'Àtraham, devoit aussi être le fils de David et de tous les rois de Juda. Ce fut en vue du Messie et de son règne éternel que Dieu promit à David que son trône subsisteroit éternellement. Salomon, choisi pour lui succéder, étoit destiné à représenter la personne du Messie. C'est pourquoi Dieu dit de lui : « Je « serai son père, et il sera mon fils ■ ; » chose qu'il n'a jamais dite avec cette force d'aucun roi ni d'aucun homme.
\ du temps de David et sous les rois ses enfants, le mystère se déciare-t-il plus que jamais par des prophéignifiques, et plus claires que le soleil. David l'a vu de loin et l'a chanté dans ses Psaumes* avec une magnificence que rien n'égalera jamais. Souvent il ne pensoit qu'à célébrer la gloire de Salomon son fils ; et tout d'un coup, ravi hors de lui-même, et transporté bien loin au delà, il a vu celui qui est plus que Salomon en gloire aussi bien qu'en sagesse*. Le Messie lui a paru assis sur un trône plus durable que le soleil et que la lune. 11 a vu à ses pieds toutes les nations vaincues, et ensemble bénites en lui *, conformément à la
lesse faite à Abraham. 11 a élevé sa vue plus haut encore : il l'a vu dans les lumières des saints, et devant l'aurore, sortant éternellement du sein de son père, pontife éternel et sans succes-
, ne succédant aussi à personne, créé extraordinairement, non selon l'ordre d'Aaron, mais selon l'ordre de Melchisédech,
1 // Reg., vn, 14; 1 Par., xxn, 10. B.— 2 « David l'a vu de loin, etc. » Dans ce passage et dans ceux qui suivent, P.ossuet, pénétré de la lecture des textes sacrés, déroule rapidement devant nous les prophéties des Psaumes; et, sans art, sans effort, sans s'écarter de sa mâle simplicité, il s'élève jusqu'à la hauteur de celte poésie inspirée. Trois caractères signalent le style des Psaumes, indépendamment de ce qui est particulier à la langue et à la versification hébraïques ; et ces caractères se retrouvent, jusqu'à certain poin^ le style de Bossuet. Ce sont: premièrement, le désordre apparent des pensées et le défaut de liaison continue dans l'exposition qui en est faite ; secondement, la rapidité a^e^- laquelle elles se succèdent, et la vivacité des mouvements ; troisièmement, la hardiesse des figures. Le beau désordre dont il sagit ici n'est point un effet de l'art; il est naturel et involontaire ; on conçoit en effet qu'un esprit à qui Dieu révèle les secrets les plus importants enir. voyant passer en peu d'instants devant soi tant de merveilles inatenduesel incompréhensibles, ne puisse en retracer le souveniravec un calme dique. Le stjle, l'ordre accoutumé pour l'exposition des observations et des pensées humaines se trouve insuffisant pour l'expression des pensées divises; il se brise pour ainsi dire comme un instrument fragile dont on voudrait lirer un son trop éclatant. Celte insuffisance de l' esprit humain à rendre ce qu'il perçoit, le porte de même à employer les métaphores, les comparaisons les plus hardies. — 3 Math., fi. 29; xii, M. IJ. — * Psal uxxi, 5, 11. t7. B.
LA SUITE DE [«à RELIGION. 161
ordre nouveau, que la loi ne eoimoissoit pas. Il l'a vu assis à h droite de Dieu, regardant du plus haut des cieux mus
abattus. Il est étonné d'un si grand spectacle: et ravi de la gloire de son fils, il l'appelle son Seigneur1.
Il l'a vu Dieu, que Di\ u avoit oint pour le faire régner sur toute la terre par sa doue :. Il
a assisté en esprit au conseil de Dieu, et a oui de la propre bouche du Père éternel cette parole qu'il adresse à son Fils unique : Je t'ai engendré air: : a laquelle Dieu joint la promesse d'un empire perpétuel, a qui s'étendra sur tous les ce Gentils et n'aura pas d'autres bornes que celles du monde3. c( Les peuples frémissent en vain : les rois et les princes fou. « complots inutiles. Le Seigneur se rit du haut des cieux* s de leurs projets insensés, et et Igré eux l'empire de son Christ. 11 l'établit sur eux-mêmes, et il faut qu'ils soient les premiers sujets de ce Christ dont ils vouïoient secouer le joug . Et encore que le reçue de ce grand Messie soit souvent prédit dans les Écritures sou- des idées magnifiques, Dieu n'a point lâché à David les ignominies de ce bénit fruit de ses entrailles. Cette instruction étoit nécessaire au peuple de Dieu. Si ce peuide encore infirme avoit besoin d'être attiré par des promesses temporelles, il ne falloit pourtant pas lui lasser regarder les grandeurs humaines comme sa souveraine félicité et comme son unique récompense : c'est pourquoi Dieu montre de loin ce Messie tant promis et tant désiré, le modèle de la perfection, et l'objet de ses complaisances, abîmé dans la douleur. La croix parolt à David comme le trône véritable de ce nouveau roi. Il voit ses mains et ses pieds perces , tous ses os marc, peau6 par tout le poids de son corps violemment suspendu, s s habits pari au sort, s i ce de fiel et de vinaigre, - rit autour de lu sant de son sang:. Mais il voit en même temps les glorieuse suites de ses humiliations : tous les peuples de la terre se ressouvenir de leur Dieu oublié depuis tant de siècles; les pauvres venir les premiers ù la table du Messie, et ensuite I
1 PsuL eu. U. -°- Psal. \l-.v. ô. i. 5. 6. 7. s. B. -? »t«I. u. 7. S. B.- !. -2. 4, 9. B.— s IhJ.. io. etc. B.-c' Mi. m, 17. 1S. 19.B.— * Mi. lwiii, -2-2: Mi \v. S. 13, 14, 17. 21, Stt. B. «Et s'assouTissaj
>on san-. » Expression hardie : ordinairement le verbe assouvir ne s'emploie pas pronominalement, et n'a pas de régime indirect caractérise pa ou à. On peut dire use '• iïUX û'>
p?.-!.* df, etc.
puissants; tous l'adorer et le bénir; lui prédisant dans la grande et nombreuse église, c'est-à-dire dans rassemblée des nations converties, et y annonçant à ses frères le nom de Dieu l et ses vérités éternelles. David, qui a vu ces choses, a reconnu, en les voyant, que le royaume de son fils n'étoit pas de ce monde. Il ne s'en étonne pas, car il sait que le monde passe; et un prince toujours si humble sur le trône voyoit bien qu'un trône n'étoit pas un bien où se dussent terminer ses espérances.
Les autres prophètes n'ont pas moins vu le mystère du Messie. Il n'y a rien de grand et de glorieux qu'ils n'aient dit de son règne. L'un voit Bethléem, la plus petite ville de Juda, illustrée par sa naissance; et en môme temps élevé plus haut, il voit une autre naissance par laquelle il sort de toute éternité au sein de son père 2 ; l'autre voit la virginité de sa mère ; un Emmanuel, un Dieu avec nous* sortir de ce sein virginal, et un enfant admirable qu'il appelle Dieu 4. Celui-ci le voit entrei dans son temple* ; cet autre le voit glorieux dans son tombeau où la mort a été vaincue 6. En publiant ses magnificences 7, ils ne taisent pas 8 ses opprobres. Ils l'ont vu vendu 9 ; ils ont su le nombre et l'emploi des irenle pièces d'argent dont il a été acheté^. En même temps qu'ils Font vu grand et èlevén, ils l'ont vu méprisé et mèconnoissable au milieu des hommes; l'élonnement du monde, autant par sa bassesse que par sa grandeur; le dernier des hommes; l'homme de douleurs chargé de tous nos péchés; bienfaisant et méconnu ; défiguré par ses plaies, et par là guéiissant les nôtres ; traité comme un criminel ; mené au supplice avec des méchants, et se livrant, comme un agneau innocent, paisiblement à la mort ; une longue postérité naître de lui l2 par ce moyen, et la vengeance déployée sur son peuple incrédule. Afin que rien ne manquât à la prophétie, ils ont compté les années jusqu'à sa venue13; et, à moins que de s'aveugler, il n'y a plus moyen de le méconnoître.
'>un-seulement les prophètes voyoient Jésus-Christ, mais encore ils en étoient la figure, et représentoient ses mystères, principalement celui de la croix. Presque tous ils ont souffert persécution pour la justice, et nous ont figuré dans leurs souffrances l'innocence et la vérité persécutée en notre Seigneur.
1 I'sal. xxi, 26, 27 et sqq. I). — 2 Mich.t v, 2. B. - 3 /*., vu, 14. B. - * 7itJ.,ix, 6. B.— s Mil., m, 1. B.— 8 /«., xi, 10; lui, 9. B.— 7 Ses magnificences, pluriel poétique, pour ses grandeurs.—9 « Ils ne taisent pas. » Poéti- T>our ils ne gardent pas le silence sur. — s Var. « A son peuple. » — ™Zach., xi, 12,13. B.— « /s., lu, 15. H.- ^ Ibid.,uu. B.- M Dan.,ix.B
}À SUITE DE LA RELIGION. îfô
On voit Éîie et Elisée toujours menacés. Combien de fois ïsaïe a-t-il été la risée du peuple et des rois, qui à la lin, comme porte la tradition constante des Juifs, Font immolé à leur fureur? Zacbarie, fils de Joïada, est lapidé; Ézéchiel paroît ton jours dan? l'affliction; les maux de Jérémie sont continuels et inexplicables ; Daniel se voit deux fois au milieu des lions. Tous ont été contredits et maltraités ; et tous nous ont fait voir, par leur exemple, que si l'infirmité de l'ancien peuple demandoit en général d'être soutenue par des bénédictions temporelles, néanmoins les forts d'Israël et les hommes d'une sainteté extraordinaire étoient nourris dès lors du pain d'affliction1, et buvoient par avance, pour se sanctifier, dans le calice préparé au Fils de Dieu; calice d'autant plus rempli d'amertume, que la personne de Jésus-Cbrist étoit plus sainte.
Mais ce que les prophètes ont vu le plus clairement, et ce qu'ils ont aussi déclaré dans les termes les plus magnifiques, c'est la bénédiction répandue sur les Gentils par le Messie. Ce rejeton de Jessé et de David a paru au saint prophète Isaïe, comme un signe donné de Dieu aux peuples et aux Gentils, afin qu'ils l'invoquent*. L'homme de douleur3, dont les plaies dévoient faire notre guérison, étoit choisi pour laver les Gentils par une sainte aspersion, qu'on reconnoît dans son sang et dans le baptême. Les rois, saisis de respect en sa présence, n'osent ouvrir la bouche devant lui. Ceux qui n'ont jamais ouï parler de lui, le voient; et ceux à qui il étoit inconnu sont appelés pour le contempler'4. C'est le témoin donné aux peuples; c'est le chef et le précepteur des Gentils. Sous lui un peuple inconnu se joindra au peuple de Dieu, et les Gentils y accourront de tous côtés 5. C'est le juste de Sion, qui s'élèvera comme une lumière ; c'est son sauveur, qui sera allumé comme un flambeau. Les Gentils verront ce juste, et tous les rois connoitront cet homme tant célébré dans les prophéties de Sion*.
Le voici mieux décrit encore7, et avec un caractère particulier. Un homme d'une douceur admirable, singulièrement choisi de Dieu, et l'objet de ses complaisances, déclare aux Gen-
1 « Nourrie du pain d'affliction. » Poétique, métaphore biblique. — 2 /s., xi, 10. B. — 3 « L'homme de douleur, etc. » La fin de cette phrase, dans sa concision elliptique, es* obscure; elle doit signifier: Celte ar.persion désigne le sang purificateur qui coula du sang de Jésus-Christ, et l'eau du baptême. — * J*.,l:i, 15, 14, 15; lui. B.— 3 Ibid., ly, 4, »,B.— * Itrid., LUI, i, 2. ?-. — 7 «Le voici mieux décrit, etc. » Dans cet alinéa on retrouve l'éclat el îa hardiesse du prophète Isaïe.
f64 PARTIE II. — CHAP. IV.
tils leur jugement : les iles attendent sa loi. C'est ainsi que les Hébreux appellent l'Europe et les pays éloignés. 77 ne fera aucun bruit : à peine l'entendra-t-on, tant il sera doux et paisible. Il ne foulera pas aux pieds un roseau brisé, ni n'éteindra un reste fumant de toile bridée. Loin d'accabler les infirmes et les pécheurs, sa voix charitable les appellera, et sa main bienfaisante seia leur soutien. Il ouvrira les yeux des aveugles, et tirera les captifs de leur prison1. Sa puissance ne sera pas moindre que sa bonté. Son caractère essentiel est de joindre ensemble la douceur avec l'efficace : c'est pourquoi cette voix si douce passera en un moment d'une extrémité du monde à l'autre ; et, sans causer aucune sédition parmi les hommes, elle excitera toute la terre. 77 n'est ni rebutant ni impétueux ; et celui que l'on connoissoit à peine quand il étoit dans la Judée, ne sera pas seulement le fondement de l'alliance du peuple, mais encore la lumière de tous les Gentils*. Sous son règne admirable les Assyriens et les Egyptiens ne seront plus avec les Israélites qu'un même peuple de Dieu3. Tout devient Israël, tout devient saint. Jérusalem n'est plus une ville particulière : c'est l'image d'une nouvelle société, où tous les peuples se rassemblent : l'Europe, l'Afrique et l'Asie, reçoivent des prédicateurs dans lesquels Dieu a mis son signe, afin qu'ils découvrent sa gloire aux Gentils. Les élus, jusques alors appelés du nom d'Israël, auront un autre nom où sera marqué l'accomplissement des promesses, et un amen bienheureux. Les prêtres et les lévites, qui jusques alors sortoient d'Aaron, sortirent dorénavant du milieu de la gentilitè*. Un nouveau sacrifice, plus pur et plus agréable que les anciens, sera substitué à leur place5; et on saura pourquoi David avoit célébré un pontife d'un nouvel ordre6. Le juste descendra du ciel comme une rosée, la terre produira son germe ; et ce sera le Sauveur avec lequel on verra naître la justice 7. Le ciel et la terre s'uniront pour produire, comme par un commun enfantement, celui qui sera tout ensemble céleste et terrestre : de nouvelles idées de vertu paroîtront au monde dans ses exemples et dans sa doctrine ; et la grâce qu'il répandra les imprimera dans les cœurs. Tout change par sa venue, et Dieu jure par lui-même que tout
1 /*., xlii, 1, 2, 3, 4, 5, 6. B. — * Ibid., xlix, 6. B. — 3 Ibid., XIX , 24 25. B.— * Ibid.,L\, 1, 2, 3, 4, 11 ; fcXI, 1, 2, 3, 11; lxii, 1, 2,11; lxv, 1, i 15, 16:txvi, 19, 20, 21. B. — ^Malach., i, 10, 11. H. — «J»«., cix, 4 —"»/«, XLV, 8, 23. B.
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genou fléchira devant lui, et que toute langue reconnoitra sa souveraine puissance l.
Voilà une partie des merveilles que Dieu a montrées aux prophètes sous les rois enfants de David, et à David avant tous les autres. Tous ont e'crit par avance l'histoire du fils de Dieu, qui devoit aussi être fait le fils d'Abraham et de David. C'est ainsi que tout est suivi dans Tordre des consens divins. Ce Messie montré de loin comme le fils d'Abraham, est encore montré de plus près comme le fils de David. Un empire éternel lui est promis : la connoissance de Dieu répandue par tout l'univers est marquée comme le signe certain et comme le fruit de sa venue : la conversion des Gentils, et la bénédiction de tous les peuples du monde, promise depuis si longtemps à Abraham, à Isaac et à Jacob, est de nouveau confirmée, et tout le peuple de Dieu vit dans cette attente.
Cependant Dieu continue à le gouverner d'une manière admirable. Il fait un nouveau pacte avec David, et s'oblige de le protéger lui et les rois ses descendants, s'ils marchent dans les préceptes qu'il leur a donnés par Moïse ; sinon, il leur dénonce 2 de rigoureux châtiments3. David, qui s'oublie pour un peu de temps, les éprouve le premier 4 ; mais, ayant réparé sa faute par sa pénitence, il est comblé de biens, et proposé comme le modèle d'un roi accompli. Le trône est affermi dans sa maison. Tant que Salomon, son fils, imite sa piété, il est heureux : il s'égare dans sa vieillesse, et Dieu, qui l'épargne pour l'amour de son serviteur David, lui dénonce qu'il le punira en la personne de son fils B. Ainsi il fait voir aux pères que, selon l'or: : secret de ses jugements, il fait durer après leur mort leurs récompenses ou leurs châtiments; et il les tient soumis à ses lois par leur intérêt le plus cher, c'est-à-dire par l'intérêt de leur famille. En exécution de ses décrets, Roboam, téméraire par lui-même, est livré à un conseil insensé6 : son royaume est diminué de dix tribus 7. Pendant que ces dix tribus rebelles et schismatiques se séparent de leur Dieu et de leur roi, les enfants de Juda, fidèles à Dieu et à David qu'il avoit choisi, demeurent dans l'alliance et dans la foi d'Abraham. Les lévites se joignent à eux avec Benjamin : le royaume du peuple de
• h., xlv, 1k. B. — 2 « Il leur dénonce. » Il leur annonce, il les menace de.—3 II Reg., vu, 8 et sqq.; III Reg., \\, 4 et sqq.;// Par., vu, 17 et sqq. B — *> II Reg., xi, xn et sqq. B. — 3 /// Reg., xi. B. — 6 « Est livré, etc. d Roboam, dé;à emporté de lui-même et téméraire, se laisse de plus entraîner pai des ccBceJis '«$««£«£ 'peu* ie* »eufi«i ç»bî 4e sa cour}.—" /// Reg., xn. B.
Dieu subsiste par leur union sous le nom de Royaume de Juda, et la loi de Moïse s'y maintient dans toutes ses observances. Malgré les idolâtries et la corruption effroyable des dix tribus séparées, Dieu se souvient de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Sa loi ne s'éteint pas parmi ces rebelles : il ne cesse de les rappeler à la pénitence par des miracles innombrables, et par les continuels avertissements qu'il leur envoie par ses prophètes. Endurcis dans leur crime1, il ne les peut plus supporter, et les chasse de la Terre promise, sans espérance d'y être jamais rétablis*.
L'histoire de Tobie 3 arrivée en ce même temps, et durant les commencements de la captivité des Israélites4, nous fait \oir la conduite des élus de Dieu qui restèrent dans les tribus séparées. Ce saint homme, en demeurant parmi eux avant la captivité, sut non-seulement se conserver pur des idolâtries de ces frères, mais encore pratiquer la loi, et adorer Dieu publiquement dans le temple de Jérusalem, sans que les mauvais exemples ni la crainte l'en empêchassent. Captif et persécuté à Ninive, il persista dans la piété avec sa famille5 ; et la manière admirable dont lui et son lils sont récompensés de leur foi, même sur la terre, montre que, malgré la captivité et la persécution, Dieu avoit des moyens secrets de faire sentir à se* serviteurs les bénédictions de la loi6, en les élevant toutefois par les maux qu'ils avoienl h souffrir, a de plus hautes pensées7. Par les exemples de Tobie, et par ses saints avertissements, ceux d'Israël étoient excités à reconnoîtrc du moins sous la verge la main de Dieu qui les châtioit; mais presque tous demeuroient dans l'obstination : ceux de Juda, loin de profiter des châtiments d'Israël, en imitent les mauvais e\ pies. Dieu ne cesse de les avertir par ses prophètes, qu'il leur envoie coup sur coup, s éveillant la nuit, et se levant dès le matin*, comme il dit lui-même9, pour marquer ses soins paternels. Rebuté de leur ingratitude, il s'émeut contre eux, et les menace de les traiter comme leurs frères rebelles.
1 « Endurcis dans leur crime, etc. » Ce tour où le mot endurcit est employé comme absolu, peut être critiqué comme incorrect; cependant, comice il n'y a pas l'obscurité, je ne pense pas qu'il y ait lieu de le blâmer. — * IV Reg., xvn, 6, 7 et sqq. — 3 V.\n. « Cependant l'histoire de Tobie. » Cependant et en ce m>'me ttmpt faisaient un pléonasme. — k Tob., i, 5, 6, 7. B. — 5 IbiJ., ii, 12, 21, 22. i;.— « Les bénédictions temporelle! attachéesA l'observance fidèle de l'ancienne loi.— "En élevant leur esprit à l'idée ù'u\.' vèlation plus parfaite, et des récompenses éternelles. — 8 S'éveillant la nuil, etc. » Notei la force et la simplicité familière de cette métaphore biblique — » IV Reg., xvn, 19; xxm, 2G, 27; // Par., xxxvi, 15; Jer., xxix, 19. B
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