‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 93 sur 110 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Réflexions particulières sur la conversion des Gentils. Profond conseil de Dieu, qui les vouloit convertir par la croix de Jésus-Christ. Raisonnement de saint Paul sur cette manière de les convertir.

[Sommaire. Dans ce chapitre, dont les pensées sont tirées en grande partie de saint Paul, et qui renferme une théologie très-élevée, l'auteur s'attache à développer

1 Matth., xxvm, 2.". P. — 2 Joann., xix, 15. B. — 3 Rom., xi, 25, 26. B. Deux apostrophes terminent ce chapp e, l'une de saint Jérôme, l'autre de Bossuet; elles sont en parallèle et se succèdent avec une force croissante. Ici, par le seul mouvement de la pensée, l'auteur est amené à pnrterson style au ton de la péroraison oratoire.

les poiuls suivants : Le second signe de l'animée du Messie devait être la conversion des Gentils, ainsi que les prophètes l'avaient annoncé. Elle a été opérée par les apôtres, hommes simples et d'une basse condition. — Le Christ et les apôtres devaient sortir du sein de la nation juive. Citation du prophète Isue. — Mais pourquoi le# Gentils devaient-ils être convertis et l'idolâtrie détruite, au nom de Jésus crucifié Bossuet, pour répondre à cette question, cite un passage étendu de l'apôtre sain! Paul, puis y revient et le développe. L'homme, devant le spectacle de la création, avait méconnu le Créateur, pour alcrer de fausses divinités, rejetant ainsi l'enseignement clair de sa raison ; il devait être rimené à la vérité par un mystère qui révolte le sens humain, celui de la Croix. Comment concevoir ce plan de la sagesse divine qui paraît si étrange? Bossuet essaie de le pénétrer. L'idolâtrie ne pouvait être renversée par le raisonnement; eu effet elle s'était élevée sans le concours du railement, et malgré la raison. Les philosophes, avec toute leur sagesse, n'avaient pu la détruire, n'avaient pas même osé la combattre. Il fallait donc un moyen étranger à la sagesse humaine pour guérir ce mal. — L'idolâtrie était venue de l'amour excessif de l'homme pour lui-même : delà des dieux faits semblables à lui, comme lui faibles et vicieux. La doctrine de Jésus-Christ, toute contraire, repose sur le renoncement à soi-même et la mortification; pur là tombent à la fois les passions et les idoles, le cœur se purifie, l'âme s'élève vers Dieu. La divinité devait cependant s'unir à l'humanité : ce mystère s'opère en Jésus-Christ. Dieu a pris del'homme, nonses vices, qui ne sont pas l'œuvre de Dieu, mais la s-eule nature humaine; et Jésus-Christa posé le modèle de toute vertu, en se soumettant à la plus dure épreuve. Ce mystère choquait la raison humaine : les Juifs voulaient des miracles pompeux, les Gentils des raisonnements habiles : la sagesse divine était au-dessus de tout. — L'auteur achève en montrant le triomphe de la doctrine chrétienne, venant de la croix, confié aux mains des faibles et des ignorants, puis il conclut par un rapprochemer t entre la création du monde et la création de l'Eglise.]

Cette conversion des Gentils étoit la seconde chose qui devoit arriver au temps du Messie, et la marque la plus assurée de sa venue. Nous avons vu comme les prophètes Favoient clairement prédite ; et leurs promesses se sont vérifiées dans les temps de notre Seigneur. Il est certain qu'alors seulement, et ni plus tôt ni plus tard, ce que les philosophes n'ont osé tenter, ce que les prophètes ni le peuple juif, lorsqu'il a été le plus protégé et le plus fidèle, n'ont pu faire, douze pêcheurs, envoyés par Jésus-Christ et témoins de sa résurrection, l'ont accompli. C'est que la conversion du monde ne devoit être l'ouvrage ni des philosophes, ni même des prophètes : il * étoit réservé au Christ, et c'étoit le fruit de sa croix.

Il falloit à la vérité que ce Christ et ses apôtres sortissent des Juifs, et que la prédication de l'Evangile commençât à Jérusalem. « Une montagne élevée devoit paroître dans les der- ,« niers temps, » selon Isaïe 2 : c'étoit l'Eglise chrétienne. « Tous les Gentils y dévoient venir, et plusieurs peuples de- « voient s'y assemhler. En ce jour le Seigneur devoit seul être te élevé, et les idoles dévoient être tout à fait hrisées 8. » Mais Itaie qui a vu ces choses, a vu aussi en même temps que « la

* « Il » Cela. Voy. p. 256, n. 1.— 2 h., ir, 2. B.-3 Ibid., 2, 3, 17, 18. B.

« Ici qui devoit juger les Gentils sortiroU de Sion, et que la « parole du Seigneur qui devoit corriger les peuples sortiroiî « de Jérusalem V » ce qui a fait dire au Sauveur que « le sa- « lut devoit venir des Juifs2. » Et il étoit convenable que la nouvelle lumière dont les peuples plongés dans l'idolâtrie dévoient un jour être éclairés se répandit par tout l'univers, du lieu où elle avoit toujours été. C'étoit en Jésus-Christ, fils de David et d'Abraham, que toutes les nations dévoient être bénies et sanctifiées. Nous Tarons souvent remarqué ; mais nous n'avais pas encore observé la cause pour laquelle ce Jésus souffrant, ce Jésus crucifié et anéanti, devoit être le seul auteur de la conversion des Gentils, et le seul vainqueur de l'idolâtrie. Saint Paul nous a expliqué ce grand mystère au premier chapitre de la première EpiLre aux Corinthiens; et il est bon de considérer ce bel endroit dans toute sa suite. « Le Seigneur, a dit-il 3, m'a envoyé prêcher l'Evangile, non par la sagesse et « par le raisonnement humain, de peur de rendre inutile la ce croix de Jésus-Christ ; car la prédication du mystère de ia (( croix est folie à ceux qui périssent, et ne paroit un effet de la c< puissance de Dieu qu'à ceux qui se sauvent, c'est-à-dire à ce nous. En effet, il est écrit* : Je détruirai la sagesse des sages « et je rejetterai la science des savants. Où sont maintenant les ce sages? où sont les docteurs? que sont devenus ceux qui re- «. cherchoient les sciences de ce siècle? Dieu n'a-t-il pas <( convaincu de folie la sagesse de ce monde?)) Sans doute, puisqu'elle n'a pu tirer les hommes de leur ignorance. Mais voici la raison que saint Paul en donne. C'est que « Dieu voyant (( que le monde, avec ia sagesse humaine, ne P avoit point re- « connu par les ouvrages de sa sagesse, c'est-à-dire par les créa- « tares qu'il avoit si bien ordonnées, il a pris une autre voie, « et a résolu de sauver scr; fidèles par la folie de la prédica- « tion5, )) c'est-à-dire par le mystère de la croix, où la sagesse humaine ne peut rien comprendre.

Nouveau et admirable dessein de la divine providence ! Dieu avoit introduit l'homme dans le monde, où, de quelque côté qu'il tournât les yeux, la sagesse du Créateur reluisoit dans la grandeur, dans la richesse et dans la disposition d'un si bel ouvrage. L'homme cependant l'a méconnu : les créatures quf se présentaient pour élever notre esprit plus haut l'ont ar-

»/*., 5, 4. B. — * Joann., iv, 22. B. — 3/ Cor., i, 17, 18, 19, 20. B, — '» /*., xxix, 14; xxxiii, 18. li. — s / Cor , i, 21. B

rêté1 : l'homme aveugle et abruti les a servies* ; et, non content d'adorer l'œuvre des mains de Dieu, il a adoni l'œuvre de ses propres mains. Des fables plus ridicules que celles que l'on conte aux enfants ont fait sa religion : il a oublié la raison; Dieu la lui veut faire oublier d'une autre sorte. Un ouvrage dont il entendoit la sagesse 3 ne Ta point touché ; un autre ouvrage lui est présenté où son raisonnement se perd, et où tout lui paroît folie : c'est la croix de Jésus-Christ. Ce n'est point en raisonnant qu'on entend ce mystère; c'est « en capti- « vant son intelligence sous l'obéissance de la foi ; c'est en « détruisant les raisonnements humains, et toute hauteur qui « s'élève contre la science de Dieu **. »

En effet, que comprenons-nous dans ce mystère où le Seigneur de gloire est chargé d'opprobres; où. la sagesse divine es. traitée de folie; où celui qui, assuré en lui-même de sa naturelle grandeur, « n'a pas cru s'attribuer trop quand il s'est dit « égal à Dieu, s'est anéanti lui-même jusqu'à prendre la forme « d'esclave, et à subir la mort de la croix5? » Toutes nos pensées se confondent; et, comme disoit saint Paul, il n'y a rien qui paroisse plus insensé à ceux qui ne sont pas éclairés d'en haut.

Tel étoit le remède que Dieu préparoit à l'idolâtrie. Il connoissoit l'esprit de l'homme, et i! savoit que ce n'étoit pas par raisonnement qu'il falloit détruire une erreur que le raisonnement n'avoit pas établie. 11 y a des erreurs où nous tombons en raisonnant , car l'homme s'embrouille souvent à force de raisonner : mais l'idolâtrie étoit venue par l'extrémité opposée; ■ 'étoit en éteignant tout raisonnement et en laissant dominer les 3ens qui vouloient tout revêîir des qualités dont ils sont touchés. C'est par là que la divinité est devenue visible et grossière. Les hommes lui ont donné leur ligure, et, ce qui étoit plus honteux encore, leurs vices et leurs passions. Le raisonnement n'avoit point de part à une erreur si brutale. C'étoit un renversement du bon sens, un délire, une frénésie. Raisonnez avec un frénétique et contre un homme qu'une fièvre ardente fait extravaguer, vous ne faites que l'irriter et rendre le mal

1 Expression admirable pour sa eonrision et sa justesse. Le sens est : l'homme s'est arrflé à admirer cl mt-me à adorer les œuvres créées, au lieu que relie admiration aurait dû le conduire à en reconnaître l'auteur. — 2 C'est-à-dire, adorées, s'en est fait l'esclave; iis serviit.— 3 C'est-à-dire, le monde où il devait aisément reconnaître un dessein plein de sagesse. -* // Cor., x, H, 5. B > Philip., n, 7, 8. B.

irrémédiable : il faut aller à la cause, redresser le tempérament et calmer les humeurs dont la violence cause de si étranges transports. Ainsi ce ne doit pas être le raisonnement qui guérisse le délire de l'idolâtrie. Qu'ont gagné les philosophes avec leurs discours pompeux, avec leur style sublime, avec leurs raisonnements si artiiieieusement arrangés? Platon, avec son éloquence qu'on a crue divine, a-t-il renversé un seul autel où ' ces monstrueuses divinités étoient adorées ? Au contraire, lui et ses disciples, et tous les sages du siècle, ont sacrifié au mensonge : « ils se sont perdus dans leurs pensées ; leur cœur in- « sensé a été rempli de ténèbres, et, sous le nom de sages qu'ils « se sont donné, ils sont devenus plus fous que les autres 5, » puisque, contre leurs propres lumières, ils ont adoré les créatures.

N'est-ce donc pas avec raison que saint Paul s'est écrié dans notre passage3 : « Où sont les sages, où sont les docteurs? « Qu'ont opéré ceux qui recherchoient les sciences de ce siè— « cle? » ont-ils pu seulement détruire les fables de l'idolâtrie? ont-ils seulement soupçonné qu'il fallût s'opposer ouvertement à tant de blasphèmes, et souffrir, je ne dis pas le dernier supplice, mais le moindre affront pour la vérité? Loin de le faire, « ils ont retenu la vérité captive*, » et ont posé pour maxime qu'en matière de religion, il faîloit suivre le peuple : le peuple, qu'ils méprisoient tant, a été leur règle dans la matière la plus importante de toutes, et où leurs lumières sembloient le plus nécessaires. Qu'as-tu donc servi, ô philosophie? « Dieu <( n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse de ce monde? » comme nous disoit saint Paul 5. « N'a-t-il pas détruit la sacr. gesse des sages et montré l'inutilité de la science des sa- « vants? »

C'est ainsi que Dieu a fait voir, par expérience, que la ruine de l'idolâtrie ne pouvoit pas être l'ouvrage du seul raisonnement humain. Loin de lui commettre 6 la guérison d'une telle maladie, Dieu a achevé de le confondre par le mystère de la croix ; et tout ensemble il a porté le remède jusqu'à la source du mal.

L'idolâtrie, si nous l'entendons7, prenoit sa naissance de ce profond attachement que nous avons à nous-mêmes. C'est ce

1 On dirait plus correctement, un seul des autels où.— 2 Rom , i, 21, -2-2. fi. -3 / Cor., i, 20. B.— * Rom., i, 18. B.— 3 I Cor., i, 19, 20. B.-6 De lui ronfler, nzdum et commilteret — 1 C'est-à-dire, si nous en péndtrms bie* la nahror

qui nous avoit fait inventer des dieux semblables à nous ; des dieux qui, en effet, n'étoient que des hommes sujets à nos passions, à nos foiblesses et à nos vices : de sorte que, sous le nom des fausses divinités, c'étoit en effet leurs propres pensées, leurs plaisirs et leurs fantaisies que les Gentils adoroient.

Jésus-Christ nous fait entrer dans d'autres voies. Sa pauvreté, ses ignominies et sa croix le rendent un objet horrible à nos sens. Il faut sortir de soi-même, renoncer à tout, tout crucifier pour le suivre. L'homme arraché à lui-même, et à tout ce que sa corruption lui faisoit aimer, devient capable d'adorer Dieu et sa vérité éternelle, dont il veut dorénavant suivre les règles.

Là périssent et s'évanouissent1 toutes les idoles, et celles qu'on adoroit sur des autels, et celles que chacun servoit dans son cœur. Celles-ci avoient élevé les autres. On adoroit Vénus, parce qu'on se laissoit dominer à l'amour sensuel2, et qu'on en aimoit la puissance. Bacchus, le plus enjoué de tous les dieux, avoit des autels, parce qu'on s'abandonnoit et qu'on sacrifioit, pour ainsi dire, à la joie des sens, plus douce et plus enivrante que le vin. Jésus-Christ, par le mystère de sa croix, vient imprimer dans les cœurs l'amour des souffrances, au lieu de l'amour des plaisirs. Les idoles qu'on adoroit au dehors furent dissipées, parce que celles qu'on adoroit au dedans ne subsistoicnt plus : le cœur purifié, comme dit Jésus-Christ luimême3, est rendu capable de voir Dieu ; et l'homme, loin de faire Dieu semblable à soi, tâche plutôt, autant que le peut souffrir son infirmité, à devenir semblable à Dieu.

Le mystère de Jésus-Christ nous a fait voir comment la divinité pouvoit, sans se ravilir, être unie à notre nature, et se revêtir de nos foiblesses. Le Verbe s'est incarné : celui qui avoit la forme et la nature de Dieu, sans perdre ce qu'il étoit, a pris la forme d'esclave1*. Inaltérable en lui-même, il s'unit et il s'approprie une nature étrangère. 0 hommes, vous vouliez des dieux qui ne fussent, à vrai dire, que des hommes, et encore des hommes vicieux ! c'étoit un trop grand aveuglement. Mais voici un nouvel objet d'adoration qu'on vous propose : c'est un Dieu et un homme tout ensemble ; mais un homme qui n'a rien perdu de ce qu'il étoit, en prenant ce que nous sommes. La

1 Antithèse; mais non cherchée Pt Artificielle : ce rapprochement est tout sérieux et résuma \a pensée de l'auteur.— 2 Var. « A l'amour, e», qu'on en aimoit. etc. » - 3 Matth., v, 8. B.— * Philip., », 6, 7. D.

î.À SUITE DE LA RELIGION. 27i

divinité demeure immuable, et sans pouvoir se dégrader, elle ne peut qu'élever ce qu'elle unit avec elle.

Mais encore qu'est-ce que Dieu a pris de nous 1 ? nos vice: et nos péchéV? à Dieu ne plaise! il n'a pris de l'homme que ce qu'il y a fait, et il est certain qu'il n'y avoit fait ni le péché ni le vice". Il y avoit fait2 la nature ; il Ta prise. On peut dire qu'il avoit fait la mortalité avec l'infirmité qui l'accompagne, parce qu'encore qu'elle ne fût pas du premier dessein, elle étoit le juste supplice du péché, et en cette qualité elle étoit l'œuvre de la justice divine. Aussi Dieu n'a-t-il pas dédaigné de 3 a prendre ; et, en prenant la peine du péché sans le péché même, il a montré qu'il étoit, non pas un coupable qu'on punissoit, mais le juste qui expioit les péchés des autres.

De cette sorte, au lieu des vices que les hommes mettaient dans leurs dieux, toutes les vertus ont paru dans ce Dieuhomme ; et afin qu'elles y parussent dans les dernières épreuves, elles y ont paru au milieu des plus horribles tourments. Ne cherchons plus d'autre Dieu vivant après celui-ci : il est seul digne d'abattre toutes les idoles ; et la victoire qu'il devoit remporter sur elles est attachée à sa croix.

C'est-cà-dire qu'elle est attachée à une folie apparente. « Car « les Juifs, poursuit saint Paul3, demandent des miracles, » par lesquels Dieu, en remuant avec éclat toute la nature, comme il fit à la sortie d'Egypte, les mette visiblement au-dessus de leurs ennemis; « et les Grecs ou les Gentils cherchent la sa- « gesse » et des discours arrangés, comme ceux de leur Platon et de leur Socrate. « Et nous, continue l'apôtre, nous prêchons « Jésus-Christ crucifié, scandale aux Juifs, » et non pas miracle ; <(, folie aux Gentils, » et non pas sagesse : « mais qui « est aux Juifs et aux Gentils appelés à la connoissance de [a « vérité, la puissance et la sagesse de Dieu, parce qu'en Dieu, « ce qui est fou est plus sage que toute la sagesse humaine, « et ce qui est foible est plus fort que toute la force humaine. » Voilà le dernier coup qu'il falloit donner à notre superbe ignorance. La sagesse où l'on nous mène est si sublime, qu'elle paroit folie à notre sagesse ; et les règles en sont si hautes, qretg tout nous y paroit un égarement.

Mais si celte divine sagesse nous est impénétrable en ellemême, elle se déclare par ses effets. Une vertu sort de la croix,

1 Interrogations; formes mes de raisonnement qui animent une discussion — 2 On dirait plus correctement, il n'avait fait en b.u\ etc., il ariit fatt tm lui. — 8 / Cor., i, 22, 25, 24, 25. B.

et toutes le* idoles sont ébranlées. Nous les voyons tomber par terre, quoique soutenues par toute la puissance romaine. Ce ne sont point les sages, ce ne sont point les nobles, ce ne sont point les puissants qui ont fait un si grand miracle. L'œuvre de Dieu a été suivie; et ce qu'il avoit commencé par les humiliations de Jésus-Christ, il Ta consommé par les humiliations de ses disciples, ce Considérez, mes frères, » c'est ainsi que saint Paul achève son admirable discours1, « considérez ceux que Dieu a « appelés" parmi vous, » et dont il a composé cette Eglise victorieuse du monde. « Il y a peu de ces sages » que le monde admire ; « il y a peu de puissants et peu de nobles2 : mais Dieu « a choisi ce qui est fou selon le monde, pour confondre les « sages ; il a choisi ce qui étoit foible, pour confondre les puis- « sants ; il a choisi ce qu'il y avoit de plus méprisable et de « plus vil, et enfin ce qui n 'étoit pas, pour détruire ce qui a étoit; afin que nul homme ne se glorifie devant lui. » Les apôtres et leurs disciples, le rebut du monde, et le néant même, à les regarder par les yeux humains, ont prévalu à3 tous les empereurs et à tout l'empire. Les hommes avoient oublié la création, et Dieu l'a renouvelée en tirant de ce néant son Eglise, qu'il a rendue toute-puissante contre l'erreur. Il a confondu avec les idoles toute la grandeur humaine qui s'intéressoit à les défendre; et il a fait un si grand ouvrage, comme il avoit fait l'univers, par la seule force de sa parole4.

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