‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 183 sur 339 · Jerem., xxvn, ii, il · texte numérisé non relu

Jerem., xxvn, ii, il

les vaisseaux sacrés qu'il a enlevés au temple' ». Le peuple, séduit par ces promesses, souffrait la faim et la soif et les plus dures extrémités, et fit tant par son audace insensée qu'il n'y eut plus pour lui de miséricorde. La ville fut renversée, le temple fut brûlé, tout fut perdu ^,

A ces marques, les Juifs connurent que la main de Dieu était sur eux. Mais, afin que la vengeance divine leur fût aussi manifeste dans la dernière ruine de Jérusalem qu'elle l'avait été dans la première, on a vu dans l'une et dans l'autre la même séduction, la même témérité et le même endurcissement.

Quoique leur rébellion eût attiré sur eux les armes romaines, et qu'ils secouassent témérairement un joug sous lequel tout l'univers avait ployé, Titus ne voulait pas les perdre ; au contraire, il leur fît souvent offrir le pardon, non seulement au commencement de la guerre, mais encore lorsqu'ils ne pouvaient plus échapper de^es mains. Il avait déjà élevé autour de Jérusalem une longue et vaste muraille munie de tours et de redoutes aussi fortes que la ville même, quand il leur envoya Josèphe, leur concitoyen, un de leurs capitaines, un de leurs prêtres qui avait été pris dans cette guerre en défendant son pays. Que ne leur dit-il pas pour les émouvoir ! Par combien de fortes raisons les invita-t-il à rentrer dans l'obéissance ! Il leur fit voir le Ciel et la terre conjurés contre eux, leur perte inévitable dans la résistance et tout ensemble leur salut dans la clémence de Titus. « Sauvez, leur disait-il^, la cité sainte; sauvez-vous vous-mêmes; sauvez ce temple, la merveille de l'univers, que les Romains respectent et que Titus ne voit périr qu'à regret », Mais le moyen de sauver des gens si obstinés à se perdre? Séduits par leurs faux prophètes, ils n'écoutaient pas ces sages discours. Ils étaient réduits à l'extrémité : la faim en tuait plus que la guerre, et les mères mangeaient leurs enfants. Titus, touché de leurs maux, prenait ses dieux à témoin qu'il n'était pas cause de leur perte. Durant ces malheurs, ils ajoutaient foi aux fausses prédictions que leur promettaient l'empire de l'univers. Bien plus, la ville était prise, le feu y était déjà de tous côtés, et ces insensés croyaient encore les

i. Jerem., xxvni,2, 3.

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