ibid., de Bello Jud., III, xjv; vil, xn
La conjoncture des temps le favorisait. Mais, pendant qu'il attribuait à Vespasien ce que Jacob avait dit du Christ, les zélés qui défendaient Jérusalem se l'attribuaient à euxmêmes. C'est sur ce seul fondement qu'ils se promettaient l'empire du monde, comme Josèphe le raconte *, plus raisonnables que lui, en ce que du moins ils ne sortaient pas de la nation pour chercher l'accomplissement des promesses faites à leurs pères.
Comment n'ouvraient-ils pas les yeux au grand fruit que faisait dès lors parmi les gentils la prédication de l'Évangile, et à ce nouvel empire que Jésus-Christ établissait par toute la terre? Qu'y avait-il de plus beau qu'un empire où la piété régnait, où le vrai Dieu triomphait de l'idolâtrie, oîi la vie éternelle était annoncée aux nations infidèles ; et l'empire même des Césars n'était-il pas une vaine pompe à comparaison" de celui-ci? Mais cet empire n'était pas assez éclatant aux yeux du monde.
Qu'il faut être désabusé des grandeurs humaines pour connaître Jésus-Christ! Les Juifs connurent les temps; les Juifs voyaient les peuples appelés au Dieu d'Abraham selon l'oracle de Jacob par Jésus-Christ et par ses disciples ; et toutefois ils le méconnurent ce Jésus qui leur était déclaré par tant de marques. Et, encore que durant sa vie et après sa mort il confirmât sa mission par tant de miracles, ces aveugles le rejetèrent, parce qu'il n'avait en lui que la sohde grandeur destituée de tout l'appareil qui frappe les sens, et qu'il venait plutôt pour condamner que pour couronner leur ambition aveugle.
Et toutefois, forcés par les conjonctures et les circonstances du temps, malgré leur aveuglement ils semblaient quelquefois sortir de leurs préventions. Tout se disposait tellement du temps de Notre-Seigneur à la manifestation du Messie qu'ils soupçonnèrent que saint Jean-Baptiste le pouvait bien être^. Sa manière de vie austère, extraordinaire, étonnante, les frappa; et, au défaut des grandeurs du monde, ils parurent vouloir d'abord se contenter de l'éclat d'une vie si prodigieuse. La vie simple et commune de Jésus-Christ rebuta ces esprits grossiers autant que superbes,