Luc, m, 15 ; Joann., i
246 PARTIE H, CHAPITRE XXUI
qui ne pouvaient être pris que par les sens et qui, d'ailleurs, éloignés d'une conversion sincère, ne voulaient rien admirer que ce qu'ils regardaient comme inimitable. De cette sorte, saint Jean-Baptiste, qu'on jugea digne d'être le Christ, n'en lut pas cru quand il montra le Christ véritable, et Jésus-Christ, qu'il fallait imiter quand on y croyait, parut trop humble aux Juifs pour être suivi.
Cependant l'impression qu'ils avaient conçue que le Christ devait paraître en ce temps était si forte qu'elle denjeura près d'un siècle parmi eux. Ils crurent que l'accomplissement des prophéties pouvait avoir une certaine étendue, et n'était pas toujours toute renfermée dans un point précis; de sorte que près de cent ans il ne se parlait parmi eux que des faux Christs qui se faisaient suivre, et des faux prophètes qui les annonçaient. Les siècles précédents n'avaient rien vu de semblable ; et les Juifs ne prodiguèrent le nom de Christ, ni quand Judas le Machabée remporta sur leur tyran tant de victoires, ni quand son frère Simon les affranchit du joug des gentils, ni quand le premier Hyrcan lit tant de conquêtes. Les temps et les autres marques ne convenaient pas, et ce n'est que dans le siècle de Jésus- Christ qu'on a recommencé à parler de tous ces Messies. Les Samaritains, qui lisaient dans le Pentateuque la prophétie de Jacob, se firent des Christs aussi bien que les Juifs, et un peu après Jésus-Christ ils reconnurent leur Dosithée ^ Simon le Magicien, de même pays, se vantait d'être le Fils de Dieu, et Ménandre, son disciple, se disait le Sauveur du monde *. Dès le vivant ■' de Jésus-Christ, la Samaritaine avait cru que le Messie « allait venir* j: tant il était constant dans la nation, et parmi tous ceux qui lisaient l'ancien oracle de Jacob, que le Christ devait paraître dans ces conjonctures.
Quand le terme fut tellement passé qu'il n'y eut plus rien à attendre, et que les juifs eurent vu par expérience que tous les Messies qu'ils avaient suivis, loin de les tirer de leurs maux, n'avaient fait que les y enfoncer davantage,
1. Orig.. Tract, xxxii. in Matth., t. XIV, in Joann. -, co7it. Cels., 1. 3. Iren., I, xx, xxi.