‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 215 sur 339 · PhUip.,n,l · texte numérisé non relu

PhUip.,n,l

Toutes nos pensées se confondent, et, comme disait saint Paul, il n'y a rien qui paraisse plus insensé à ceux qui ne sont pas éclairés d'en haut.

Tel était le remède que Dieu préparait à l'idolâtrie. Il connaissait l'esprit de l'homme, et il savait que ce n'était pas par raisonnement qu'il fallait détruire une erreur que le raisonnement n'avait pas établie. Il y a des erreurs où nous tombons en raisonnant, car l'homme s'embrouille souvent à force de raisonner ; mais l'idolâtrie était venue par l'extrémité opposée : c'était en éteignant tout raisonnement, et en laissant dominer les sens qui voulaient tout revêtir des qualités dont ils sont touchés. C'est par là que la Divinité était devenue visible et grossière. Les hommes lui ont donné leur figure, et, ce qui était plus honteux encore, leurs vices et leur passions. Le raisonnement n'avait point de part à une erreur si brutale. C'était un renversement du bon sens, un délire, une frénésie. Raisonnez avec un frénétique et contre un homme qu'une fièvre ardente fait extra vaguer ; vous ne faites que l'irriter et rendre le mal irrémédiable : il faut aller à la cause, redresser le tempérament, et calmer les humeurs dont la violence cause de si étranges transports. Ainsi ce ne doit pas être le raisonnement qui guérisse le délire de l'idolâtrie. Qu'ont gagné les philosophes avec leurs discours pompeux, avec leur style sublime, avec leurs raisonnements si artificieusement* arrangés? Platon, avec son éloquence qu'on a cru divine, a-t-il renversé un eul autel où ces monstrueuses divinités étaient adorées? Au contraire, lui et ses disciples et tous les sages du siècle ont sacrifié au mensonge : « ils se sont perdus dans leurs pensées ; leur cœur insensé a étéP rempli de ténèbres, et, sous le nom de sages qu'ils se sont donné, ils sont devenus plus fous que les autres^ », puisque, contre leurs propres lumières, ils ont adoré les créatures.

N'est-ce donc pas avec raison que saint Paul s'est écrié dans notre passage ^ : « Où sont les sages, où sont les' docteurs? Qu'ont opéré ceux qui recherchaient les sciences de ce siècle »? ont-ils pu seulement détruire les fables de l'idolâtrie? ont-ils seulement soupçonné qu'il fallût s'opposer ou-

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