‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 217 sur 339 · Rom., I · texte numérisé non relu

Rom., I

2. Aujourd'hui : « A quoi as-tu donc servi... »4 3. 1 Cor., 1, 19, 20.

et qu'on sacrifiait, pour ainsi dire, à la joie des sens, plus douce et plus enivrante que le vin. Jésus-Christ par le mystère de sa croix vient imprimer dans les cœurs l'amour des souffrances au lieu de l'amour des plaisirs. Les idoles qu'on adorait au dehors furent dissipées, parce que celles qu'on adorait au dedans ne subsistaient plus; le cœur purifié, comme dit Jésus-Christ lui-même*, est rendu capable de voir Dieu; et l'homme, loin de faire Dieu semblable à soi, tâche plutôt, autant que le peut souffrir son infirmité, à devenir semblable à Dieu.

Le mystère de Jésus-Christ nous a fait voir comment la Divinité pouvait, sans se ravilir, être unie à notre nature et se revêtir de nos faiblesses. Le Verbe s'est incarné ; celui qui avait « la forme » et la nature « de Dieu », sans perdre ce qu'il était, î a pris la forme d'esclave^ ». Inaltérable en lui-même, il s'unit et il s'approprie une nature étrangère. 0 hommes, vous vouliez des dieux qui ne fussent, à dire vrai, que des hommes, et encore des hommes vicieux I c'était un trop grand aveuglement. Mais voici un nouvel objet d'adoration qu'on vous propose : c'est un Dieu et un homme tout ensemble, mais un homme qui n'a rien perdu de ce qu'il était en prenant ce que nous sommes. La Divinité demeure immuable, et, sans pouvoir se dégrader, elle ne peut qu'élever ce qu'elle unit avec elle.

Mais encore qu'est-ce que Dieu a pris de nous ? nos vices et nos péchés ? A Dieu ne plaise t il n'a pris de l'homme que ce qu'il y a fait, et il est certain qu'il n'y avait fait ni le péché ni le vice. Il y avait fait la nature, il l'a prise. On peut dire qu'il avait fait la mortalité avec l'infirmité qui l'accompagne, parce qu'encore qu'elle ne fût pas du premier dessein, elle était le juste supplice du péché, et en cette qualité elle était l'œuvre de la justice divine. Aussi Dieu n"a-t-ii pas dédaigné de la prendre; et, en prenant la peine du péché sans le péché même, il a montré qu'il était, non pas un coupable qu'on punissait, mais le juste qui expiait les péchés des autres.

De cette sorte, au lieu des vices que les hommes mettaient dans leurs dieux, toutes les vertus ont paru dans ce-Dieu -

l.Matth;, v, 8.

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