Herod. et Diod., loc. cit
322 PARTIE lll, CHAPITRE III
statues sont innombrables ^ On y admire surtout un palais dont les restes semblent n'avoir subsisté que pour effacer la gloire de tous les plus grands ouvrages. Quatre allées à perte de vue, et bornées de part et d'autre par des sphinx d'une matière aussi rare que leur grandeur est remarquable, servent d'avenues à quatre portiques dont la hauteur étonne les yeux. Quelle magnificence et quelle étendue! Encore ceux qui nous ont décrit ce prodigieux édifice n'ont-ils pas eu le temps d'en faire le tour et ne sont pas même assurés d'en avoir vu la moitié ; mais tout ce qu'ils y ont vu était surprenant. Une salle, qui apparemment faisait le milieu de ce superbe palais, était soutenue de vingt-six colonnes de six brassées de grosseur, grandes à proportion-, et entremêlées d'obélisques^ que tant de siècles n'ont pu abattre. Les couleurs mêmes, c'est-à-dire ce qui éprouvele plus tôt le pouvoir da temps, se soutiennent encore parmi les ruines de cet admirable édifice, et y conservent leur vivacité : tant l'Ésypte savait imprimer le caractère d'immortalité à tous ses ouvrages. Maintenant que le nom du roi pénètre aux parties du monde les plus inconnues *, et que ce prince étend aussi loin les recherches qu'il fait faire des plus beaux ouvrages de la nature et de l'art, ne serait-ce pas un digne objet de cette noble curiosité', de découvrir les beautés que la Thébaïde renferme dans ses déserts, et d'enrichir notre architecture des inventions de l'Egypte? Quelle puissance et quel art a pu faire d'un tel pays lamerveille de l'univers? Et quelles beautés ne trouverait-on si on pouvait aborder la ville royale, puisque si loin d'elle^ on découvre des choses si merveilleuses?
Il n'appartenait qu'à l'Egypte de dresser des monuments pour la postérité. Ses obélisques font encore aujourd'hui,