On dirait aujourd'hui: < Fait du royaume
de relever la gloire de la Grèce, n'aurait pas oublié cette circonstance ; et on peut croire que les Assyriens étaient peu connus du côté de l'Occident, puisqu'un poète si savant et si curieux d'orner son poème de tout ce qui appartenait à son sujet ne les y fait point paraître.
Cependant, selon la supputation que nous avons jugé la plus raisonnable, le temps du siège de Troie était le beau temps des Assyriens, puisque c'est celui des conquêtes de Sémiramis; mais c'est qu'elles s'étendirent seulement vers l'Orient ^ Ceux qui la flattent le plus lui font tourner ses armes de ce côté-là. Elle avait eu trop de part aux conseils et aux victoires de Ninus pour ne pas suivre ses desseins, si convenables, d'ailleurs, à la situation de son empire ; et je ne crois pas qu'on puisse douter que Ninus ne se soit attaché à l'Orient, puisque Justin même, qui le favorise autant qu'il peut, lui fait terminer aux frontières de la Libye les entreprises qu'il fit du côté de l'Occident.
Je ne sais donc plus en quel temps Ninive aurait poussé ses conquêtes jusqu'à Troie, puisqu'on voit si peu d'apparence que Ninus et Sémiramis ayant rien entrepris de semblable, et que tous leurs successeurs, à commencer depuis leur fils Ninyas, ont vécu dans une telle mollesse et avec si peu d'action qu'à peine leur nom est-il venu jusqu'à nous, et qu'il faut plutôt s'étonner que leur empire ait pu subsister que de croire qu'il ait pu s'étendre ^.
Il fut sans doute beaucoup diminué par les conquêtes de Sésostris; mais, comme elles furent de peu de durée et peu soutenues par ses successeurs, il est à croire que les pays qu'elles enlevèrent aux Assyriens, accoutumés de longtemps à leur domination, y retournèrent naturellement : de sorte que cet empire se maintint en grande puissance et en grande paix, jusqu'à ce qu'Arbace ayant découvert la mollesse de ses rois si longtemps cachée dans le secret du palais, Sardanapale, célèbre par ses infamies, devînt non seulement méprisable, mais encore insupportable à ses sujets.
Vous avez vu les royaumes qui sont sortis du débris de ce premier empire des Assyriens, entre autres celui de Ni-
l.Just, I;Diod., II.
2. Les découvertes modernes permettent de rectifier ce qu'il y a d" exagéré dans ce paragraphe.
nive et celui de Babylone. Les rois de Ninive retinrent le nom de rois d'Assyrie, et furent les plus puissants. Leur orgueil s'éleva bientôt au delà de toutes bornes par les conquêtes qu'ils firent, parmi lesquelles on compte celle du royaume des Israélites ou de Samarie. 11 ne fallut rien moins que la main de Dieu et un miracle visible pour les empêcher d'accabler la Judée sous Ézéchias ; et on ne sut plus quelles bornes on pourrait donner à leur puissance, quand on leur vit envahir un peu après dans leur voisinage le royaume de Babylone, où la famille royale était défaillie.
Babylone semblait être née pour commander à toute la terre. Ses peuples étaient pleins d'esprit et de courage. De tout temps la philosophie * régnait parmi eux avec les beauxarts, et l'Orient n'avait guère de meilleurs soldats que les Chaldéens'. L'antiquité admire les riches moissons d'un pays que la négligence de ses habitants laisse maintenant sans culture ; et son abondance le fit regarder sous les anciens rois de Perse comme la troisième partie d'unsi grand empire ^. Ainsi les rois d'Assyrie, enflés d'un accroissement qui ajoutait à leur monarchie une ville si opulente, conçurent de nouveaux desseins. Nabuchodonosor ler crut son empire indigne de lui, s'il n'y joignait tout l'univers. Nabuchodonosor II, superbe plus que tous les rois ses prédécesseurs, après des succès inouïs et des conquêtes surprenantes, voulut plutôt se faire adorer comme un dieu que commander comme un roi. Quels ouvrages n'entreprit-il point dans Babylone ! Quelles murailles, quelles tours, quelles portes et quelle enceinte y vit-on paraître I II semblait que l'ancienne tour de Babel allât être renouvelée dans la hauteur prodigieuse du temple de Bel, et que Nabuchodonosor voulût de nouveau menacer le ciel. Son orgueil, quoique abattu par la main de Dieu, ne laissa pas de revivre dans ses successeurs. Ils ne pouvaient souffrir autour d'eux aucune domination; et, voulant tout mettre sous le joug, ils devinrent insupportables aux peuples voisins. Cette jalousie réunit contre eux avecles rois de Médie et les rois de Perse une grande partie des peuples d'Orient. L'orgu«il se tourne *isé-