Herod., i
ment en cruauté. Comme les rois de Babylone traitaient inhumainement leurs sujets, des peuples entiers aussi-bien que des principaux seigneurs de leur empire se joignirent* à Gyrus et auxMèdes^. Babylone, trop accoutumée à commander et à vaincre pour craindre lant d'ennemis ligués contre elle, pendant qu'elle se croit invincible, devint captive des Mèdes^, qu'elle prétendait subjuguer, et périt enfla par son orgueil.
La destinée de cette ville fut étrange, puisqu'elle périt par ses propres inventions. L'Euphrate faisait à peu près dans ses vastes plaines le même effet que le Nil dans celles d'Egypte ; mais, pour le rendre commode*, il fallait encore plus d'art et plus de travail que l'Egypte n'en employait pour le Nil. L'Euphrate était droit dans son cours, et jamais ne se débordait^. Il lui fallut faire dans tout le pays un nombre infini de canaux, afin qu'il en pût arroser les terres, dont la fertilité devenait incomparable par ce secours. Pour rompre la violence de ses eaux trop impétueuses, il fallut le faire couler par mille détours et lui creuser de grands lacs qu'une sage reine revêtit^ avec une magnificence incroyable. Nitocris, mère de Labynithe, autrement nommé Nabonide ou Balthazar, dernier roi de Babylone, fit ces grands ouvrages. Mais cette reine entreprit un travail bien plus merveilleux : ce fut d'élever sur l'Euphrate un pont de pierre, afin que les deux côtés de la ville, que l'immense largeur de ce fleuve séparait trop, pussent communiquer ensemble. Il fallut donc mettre à sec une rivière si rapide et si profonde, en détournant ses eaux dans un lac immense que la reine avait fait creuser. En même temps on bâtit le pont, dont les solides matériaux étaient préparés, et on revêtit de brique les deux bords du fleuve jusqu'à une hauteur étonnante, en y laissant des descentes revêtues de même, et d'un aussi bel ouvrage
i. Des principaiia; seigneurs... se joignirent, c'est-à-dire, des seigneurs, parmi les principaux, se joignirent.