Polyb., I, III, VI, xux. etc
lions irréconciliables ; et la perte d'Annibal eut fait lajoie de la plus notable partie des grands seigneurs. Rome, encore pauvre et attachée à l'agriculture, nourrissait une milice admirable, qui ne respirait que la gloire et ne songeait qu'à agrandir le nom romain. Carthage, enrichie par son trafic, voyait tous ses citoyens attachés à leurs richesses et nullement exercés dans la guerre. Au lieu que les armées romaines étaient presque toutes composées de citoyens, Carthage au contraire tenait pour maxime de n'avoir que des troupes étrangères souvent autant à craindre à ceux qui les payent qu'à ceux contre qui on les emploie.
Ces défauts venaient en partie de la première institution de la république de Carthage, et en partie s'y étaient introduits avec le temps. Carthage a toujours aimé les richesses ; et Aristote l'accuse d'y être attachée jusqu'à donner lieu à ses citoyens de les préférer à la vertu*. Par là une République toute faite pour la guerre, comme le remarque le même Aristote, à la fin en a négligé l'exercice. Ce philosophe ne la reprend pas de n'avoir que des milices étrangères ; et il est à croire qu'elle n'est tombée que longtemps après dans ce défaut. Mais les richesses y mènent naturellement une république marchande : on veut jouir de ses biens, et on croit tout trouver dans son argent. Carthage se croyait forte, parce qu'elle avait beaucoup de soldats, et n'avait pu apprendre par tant de révoltes arrivées dans les derniers temps- qu'il n'y arien.de plus malheureux qu'un État qui ne se soutient que par les étrangers, où il ne trouve ni zèle, ni sûreté, ni obéissance.
Il est vrai que le grand génie d'Annibal semblait avoir remédié aux défauts de sa république. On regarde comme un prodige que, dans un pays étranger, et durant seize ans entiers, il n'ait jamais vu, je ne dis pas de sédition, mais de murmure dans une armée toute composée de peuples divers, qui sans s'entendre entre eux s'accordaient si bien à entendre les ordres de leur général^. Mais Thabilefé d'Annibal ne pouvait pas soutenir Carthage, lorsque, attaquée dans ses murailles par un général comme Scipion elle se trouva sans