‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 316 sur 339 · Polyb., Xl.xvn · texte numérisé non relu

Polyb., Xl.xvn

forces. Il fallut rappeler Annibal, à qui il ne restait plus que des troupes affaiblies plus parleurs propres victoires que par celles des Romains, et qui achevèrent de se ruiner par la longueur du voyage. Ainsi Annibal fut battu, et Carthage, autrefois maîtresse de toute l'Afrique, de la mer Méditerranée et de tout le commerce de l'univers, fut contrainte de subir le joug que Scipion lui imposa.

Voilà le fruit glorieux de la patience romaine. Des peuples qui s'enhardissaient et se fortifiaient par leurs malheurs avaient bien raison de croire qu'on sauvait tout pourvu qu'on ne perdît pas l'espérance ; et Polybe a très bien couclu que Carthage devait à la fin obéir à Rome par la seule nature des deux républiques.

Que si les Romains s'étaient servis de ces grandes qualités politiques et militaires, seulement pour conserver leur État en paix, ou pour protéger leurs alliés opprimés comme ils en faisaient le semblant, il faudrait autant louer leur équité que leur valeur et leur prudence. Mais, quand ils eurent goûté la douceur de la victoire, ils voulurent que tout leur cédât, et ne prétendirent à rien moins qu'à mettre premièrement leurs voisins, et ensuite tout l'univers, sous leurs lois.

Pour parvenir à ce but, ils surent parfaitement conserver leurs alliés, les unir entre eux, jeter la division et la jalousie parmi leurs ennemis, pénétrer leurs conseils, découvrir leurs intelligences et prévenir leurs entreprises.

Ils n'observaient pas seulement les démarches de leurs ennemis, mais encore tous les progrès de leurs voisins : curieux surtout ou de diviser, ou de contre-balancer par quelque autre endroit les puissances qui devenai»nt trop redoutables, ou qui mettaient de trop grands obstacles à leurs conquêtes.

Ainsi les Grecs avaient tort de s'imaginer du temps de Polybe que Rome s'agrandissait plutôt par hasard que par conduite*. Ils étaient trop passionnés pour leur nation, et trop jaloux des peuples qu'ils voyaient s'élever au-dessus d'eux ; ou peut-être que, voyant de loin l'empire romain s'avancer si vite, sans pénétrer les conseils qui faisaient mouvoir ce grand corps, ils attribuaient au hasard, selon la coutume des hommes, les effets dont les causes ne leur

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