‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 326 sur 339 · Constamment, avec constance · texte numérisé non relu

Constamment, avec constance

ruineuses à l'État et voulait que le prix des terres fût adjugé au trésor public.

Le peuple se laissait conduire à ses magistrats* séditieux*, et conservait néanmoins assez d'équité pour admirer la vertu des grands hommes qui lui résistaient.

Contre ces dissensions domestiques, le sénat ne trouvait point de meilleur remède que de faire naître continuellement des occasions de guerres étrangères. Elles empêchaient les divisions d'être poussées à l'extrémité, et réunissaient les ordres dans la défense de la patrie.

Pendant que les guerres réussissent et que les conquêtes s'augmentent, les jalousies se réveillent.

Les deux partis, fatigués de tant de divisions qui menaçaient l'État de sa ruine, conviennent de faire des lois pour donner le repos aux uns et aux autres et établir l'égalité qui doit être dans une ville libre.

Chacun des ordres prétend que c'est à lui qu'appao'tient l'établissement de ces lois.

La jalousie augmentée par ces prétentions fait qu'on résout d'un commun accord une ambassade en Grèce pour y rechercher les institutions des villes de ce pays, et surtout les lois de Solon qui étaient les plus populaires^. Les lois des Douze-Tables sont établies, mais les décemvirs qui les rédigèrent furent privés du pouvoir dont ils abusaient.

Pendant que tout est tranquille et que des lois si équitables semblent établir pour jamais le repos public, les dissensions se réchauffent par les nouvelles prétentions du peuple, qui aspire aux honneurs et au consulat, réservé jusqu'alors au premier ordre.

La loi pour les y admettre est proposée. Plutôt que de rabaisser le consulat, les Pères consentent à la création de trois nouveaux magistrats qui auraient l'autorité de consuls sous le nom de tribuns militaires, et le peuple est admis à cet honneur.

Content d'établir son droit, il use modérément de sa victoire, et continue quelque temps à donner le commandement aux seuls patriciens.

Après de longues disputes on revient au consulat, et peu

1. Se laissait conduire à ses magistrats, par ses magistrats.

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