Polybe, lib. I, c. vi; iib. II, c. xviu, xsii
eo PARTIE I, EPOQUE VIII
Alexandre, à l'âge de dix-huit ans, enfoncer les troupes thébaines de la discipline d'Épaminondas, et entre autres la troupe Sacrée qu'on appelait des amis, qui se croyait invincible. Ainsi maître de la Grèce et soutenu par un fils d'une si grande espérance, il conçut de plus hauts desseins, et ne médita rien moins que la ruine des Perses contre lesquels il fut déclaré capitaine général (417 — 326). Mais leur perte était réservée à Alexandre. Au milieu des solennités d'un nouveau mariage, Philippe fut assassiné (418—336) par Pausanias, jeune homme de bonne maison à qui il n'avait pas rendu justice. L'eunuque Bagoas tua dans la même année Arsès, roi de Perse, et fit régner à sa place Darius, fils d'Arsame, surnommé Codomanus. Il mérite par sa valeur qu'on se rangea l'opinion, d'ailleurs la plus vraisemblable, qui le fait sortir de la famille royale.
Ainsi deux rois courageux commencèrent ensemble leur règne, Darius, fils d'Arsame, et Alexandre, fils de Philippe. Ils se regardaient d'un oeil jaloux, et semblaient nés pour se disputer l'empire du monde. Mais Alexandre voulut s'affermir avant que d'entreprendre son rival. Il vengea la mort de son père; il dompta les peuples rebelles qui méprisaient sa jeunesse; il battit les Grecs qui tentèrent vainement de secouer le joug, et ruina Thèbes (419— 335) ovi 1 n'épargna que la maison et les descendants de Pindare, dont la Grèce admirait les odes. Puissant et victorieux, i! marche après tant d'exploits à la tète des Grecs (420 — 334) contre Darius, qu'il défait en trois batailles rangées (421 — 333), entre triomphant dans Babylone et dans Susc (423 — 331), détruit Persépolis, ancien siège des rois de Perse (424 — 330), pousse ses conquêtes jusqu'aux Indes (427— 327), et vient mourir à Babylone âgé de trente-trois ans (430—324).
De son temps Manassès, frère de Jaddus, souverain pontife, excita des brouilleries parmi les Juifs. Il avait épousé (421—333) la fille de Sanaballat, samaritain, que Darius avait fait satrape de ce pays.. Plutôt que de répudier cette étrangère, à quoi le conslyi jde Jérusalem et son frère Jaddus voulaient l'obliger, il embrassa Je schisme des Samaritains. PlusieursJuifs, pour éviter de pareilles censures, se joignirent à lui. Dès lors il résolut de bâtir un temple près de Samarie, sur la montagne de Garizim, que les Samaritains croyaient bénite, et de s'en faire le pontife. Son beau-
GYRUS M
père très accrédité auprès de Darius, l'assura de la protection de ce prince, et les suites lui furent encore plus favorables. Alexandre s'éleva; Sanaballat quitta son maître, et mena des troupes aux victorieux durant le siège de Tyr (422 — 332). Ainsi il obtint tout ce qu'il voulut; le temple de Garizim fut bâti, et l'ambition de Manassès fut satisfaite. Les Juifs cependant, toujours fidèles aux Perses, refusèrent à Alexandre le secours qu'il leur demandait. Il allait à Jérusalem, résolu de se venger; mais il fut changé à la vue du souverain pontife, qui vint au-devant de lui avec les sacrificateurs revêtus de leurs habits de cérémonie et précédés de tout le peuple habillé de blanc. On lui montra des prophéties qui prédisaient ses victoires : c'était celles de Daniel. Il accorda aux Juifs toutes leurs demandes, et ils lui gardèrent la même fidélité qu'ils avaient toujours gardée aux rois de Perse.
Durant ces conquêtes, Rome était aux mains avec les Samnites, ses voisins (428 — 429 — 430), et avait une peine extrême à les réduire malgré la valeur et la conduite de Papyrius Cursor, le plus illustre de ses généraux.
Après la mort d'Alexandre (430 — 324), son empire fut partagé. Perdiccas, Ptolomée fils de Lagus, Antigonus, Séleucus, Lysimaque, Antipater et son flls Cassander, en un mot tous ses capitaines nourris dans la guerre sous un si grand conquérant songèrent à s'en rendre maîtres parles armes : ils immolèrent à leur ambition toute la famille d'Alexandre, son frère, sa mère (430 — 436 — 438), ses femmes, ses enfants (443 — 44S), et jusqu'à ses sœurs; on ne vit que des batailles sanglantes et d'effroyables révolutions.
Au milieu âe tant de désordres, plusieurs peuples de l'Asie Mineure et du voisinage s'affranchirent, et formèrent les royaumes de Pont, de Bithynie et de Pergame. La bonté du pays les rendit ensuite riches et puissants. L'Arménie secoua aussi dans le même temps le joug des Macédoniens, et devint un grand royaume. Les deux Mithridrates, père et fils, fondèrent celui de Cappadoce. Mais les deux plus puissantes monarchies qui se sont élevées alors furent celle d'Egypte fondée (431—323) par Ptolomée, fils de Lagus, d'où viennent les Lagides, et celle d'Asie ou de Syrie fondée (442 — 312) par Séleucus, d'où viennent les Séleucides. Celle-ci comprenait, outre la Syrie, ces vastes et riches provinces de la haute Asie, qui composaient l'etiipire des Perses • ainsi
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tout l'Orient reconnut la Grèce, et en apprit le langage.
La Grèce elle-même était opprimée par les capitaines d'Alexandre. La Macédoine, son ancien royaume, qui donnait des maîtres à l'Orient, était en proie au premier venu . Les enfajits de Cassander se chassèrent les uns les autres de ce royaume. Pyrrhus, roi des lipirotes, qui en avait occupé une partie (458 — 296), fut chassé (460 — 294) par Démétrius Poliorcète, lils d'Anfigonus, qu'il chassa aussi à son tour (465 — 289) ; il est lui-même chassé encore une fois par Lysimaque (468 — 286), et Lysimaque par Séleucus (473— 281) que Ptolomée Céraunus, chassé d'Egypte par sou père Ptolomée I, tua en traître malgré ses bienfaits (474 — 280). Ce perfide n'eut pas plutôt envahi la Macédoine qu'il fut attaqué par les Gaulois el périt dans un combat qu'il leur donna (475 — 279). Durant les troubles de l'Orient ils vinrent dans l'Asie Mineure, conduits par leur roi Brennus, et s'établirent dans la Gallo-Grèce ou Galatie, nommée ainsi de leur nom, d'où ils se jetèrent dans la Macédoine qu'ils ravagèrent et firent trembler toute la Grèce. Mais leur armée périt dans l'entreprise sacrilège du temple de Delphes (476 — 278). Cette nation remuciit partout, et partout elle était malheureuse.
Quelques années devant l'affaire de Delphes (471 — 283), les Gaulois d'Italie, que leurs guerres continuelles et leurs victoires fréquentes rendaient la terreur des Romains, furent excités contre eux par les Samnites, les Brutiens et les Étrurieos'. Ils remportèrent d'abord une nouvelle victoire, mais ils en souillèrent la gloire en tuant des ambassadeurs. Les Romains indignés marchent contre eux, les défont, entrent dans leurs terres où ils fondent une colonie, les battent encore deux fois, en assujettissent une partie et réduisent l'autre à demander la paix (472 — 282).
Après que les Gaulois d'Orient eurentété chassés de la Grèce (477 — 277), Antigonus Gonatas, fils de Démétrius Poliorcète qui régnait depuis douze ans dans la Grèce, mais fort peu paisible, envahit sans peine la Macédoine. Pyrrhus était occupé ailleurs. Chassé de ce royaume, il espéra de contenter son ambition par la conquête de l'Italie, où il fut appelé par les Tarentins (474 — 280). La bataille que les Romains venaient de gagner sur eux et sur les Samnites ne